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Interview au contenu explosif: l’avocat de Kamerhe évoque une affaire politique

«Nous avons relevé quelque chose d’illogique. Après avoir posé 51 questions auxquelles le président Kamerhe a répondu avec brio, nous avons été étonnés, nous avocats, du retrait du magistrat instructeur pendant près d’une trentaine de minutes de son cabinet, nous abandonnant avec notre client. Et à sa réapparition vers 19h, après 5 heures d’instruction, il a dit que Monsieur Kamerhe, il est évident que vous avez déposé mais je suis obligé de vous garder juste pour une confrontation. Ce déplacement a crée des doutes… Nous avons supposé que la décision de le placer en détention provisoire émanerait d’une main noire», dénonce Me John Kaboto

Vital Kamerhe, le directeur de cabinet du Chef de l’Etat, a été placé en détention provisoire mercredi 8 avril après une audition de 5 heures dans le cadre du dossier 100 jours. Un jour après son arrestation, son avocat, Me John Kaboto, évoque une affaire politique, dans une interview au contenu explosif. John Kaboto fonde sa conviction au regard de la réduction du nombre des avocats de Kamerhe, la nature des questions lui posées par le magistrat instructeur, accusé de s’être retiré pendant une trentaine de minutes de son cabinet avant d’y revenir pour annoncer la surprenante décision plaçant le Dircab du Président en détention provisoire pour une confrontation avec les autres acteurs précédemment interpellés et détenus à la faveur de cette enquête judiciaire. Me John Kaboto est convaincu que la décision d’incarcérer Kamerhe à Makala «émane de l’extérieur, d’une main noire», alors qu’il n’y a aucun élément faisant craindre la fuite du Directeur de cabinet de Félix Tshisekedi. L’avocat assure surtout que son client «humilié» par cette mise en détention injustifiée alors que rien ne l’incrimine à ce stade, est prêt à coopérer avec la Justice même s’il n’est pas impliqué dans ce dossier déjà clôturé et envoyé au Parquet général près la Cour de cassation mais retourné avec des annotations après une quinzaine de jours.

Me John Kaboto, bonjour. Qu’est-ce qui s’est passé mercredi au Parquet général de Matete? Qu’est-ce qui est précisément reproché à Vital Kamerhe par le magistrat instructeur?

Il est reproché à notre client la gestion du dossier de 100 jours pour la visibilité des actions du Chef de l’Etat.

Rien que ça? Il n’y a jusque-là pas d’infraction retenue à sa charge?

Il n’y a pas encore d’infraction. Jusqu’à preuve du contraire, notre client jouit de la présomption d’innocence. Nous ne sommes pas encore au Tribunal face à une décision du Parquet montrant, d’une manière ou d’une autre, qu’il est incriminé. Nous sommes dans la phase d’instruction.

Mais qu’est-ce qui peut alors justifier sa détention provisoire à Makala?

Excusez-nous avant tout de vous faire part de notre déception mercredi. Le président Kamerhe a été invité. Il s’est présenté avant 13h30 et a été reçu au cabinet du magistrat instructeur. Il s’en est suivi la séance d’instruction. On a d’abord cherché à limiter le nombre de ses avocats, fixé à au moins trois, compte tenu des mesures sanitaires en vigueur; ce qui est normal. Nous avons négocié avec le procureur pour que le président Kamerhe soit entendu dans la grande salle au regard du nombre des avocats qui constituent son collectif, cela n’a pas été accordé. Le président Kamerhe a été finalement assisté par trois avocats. L’instruction a été sanctionnée de 51 questions posées à Kamerhe, qui y a répondu avec un grand succès distinctif.

Des questions sur quoi?

Sur les ouvrages de 100 jours, la mise en œuvre du Programme, les décaissements, le déroulement des travaux, etc. Mais, ce qui nous a étonnés, ils sont allés ultra petita, en posant même des questions qui n’avaient rien à voir avec les 100 jours.

Quelles questions, par exemple?

Il y a eu, par exemple, des questions relatives à la vie privée et familiale du Directeur de cabinet du Chef de l’Etat.

Comme sur l’achat des parcelles…

En tant qu’avocat, je dois respecter la déontologie, en me gardant de dévoiler les secrets d’instruction. Mais c’était une déception. Nous avons relevé quelque chose d’illogique. Après avoir posé 51 questions auxquelles le président Kamerhe a répondu avec brio, nous avons été étonnés, nous avocats, du retrait du magistrat instructeur pendant près d’une trentaine de minutes de son cabinet, nous abandonnant avec notre client.

Il s’est retiré pendant 30 minutes?

Il s’est retiré pendant 30 minutes. Et à sa réapparition vers 19h, après 5 heures d’instruction, il a dit que Monsieur Kamerhe, il est évident que vous avez déposé mais je suis obligé de vous garder juste pour une confrontation. Ce déplacement a crée des doutes.

Confrontation avec qui?

Avec tous les acteurs impliqués dans ce dossier et interpellés bien avant lui. Nous étions étonnés.

Et qu’est-ce qui vous pousse à dire que c’est un complot politique?

Il y a une main noire. C’est une procédure et un dossier purement politiques. Parce que Monsieur Vital Kamerhe est un Directeur de cabinet en fonction. Il a une résidence connue. Sa fuite n’est pas à craindre. Seule l’absence de ces trois éléments pouvait motiver la décision de l’avocat général instructeur du dossier. Mais Kamerhe a été amené au Parquet général près la Cour d’appel de Matete par une invitation. C’est-à-dire que c’est quelqu’un qui a voulu coopérer et collaborer avec la Justice. Le détenir de cette façon-là, nous avons dénoté une main noire, surtout après le retrait pendant une trentaine de minutes de l’instructeur, qui est allé communiquer alors que l’instruction s’est tenue dans son cabinet. Nous avons supposé que la décision de le placer sous mandat d’arrêt provisoire émanerait de l’extérieur. Il y a quelque chose qui cloche. C’est ainsi que nous considérons qu’il s’agit d’un dossier politique et non un dossier purement judiciaire.

Que va faire la défense de Monsieur Kamerhe?

Nous nous organisons pour intervenir en chambre du Conseil lorsqu’il sera présenté pour la régularisation de sa détention. Nous allons introduire une lettre de demande pour sa mise en liberté provisoire parce qu’il va continuer à coopérer avec la Justice. Monsieur Kamerhe n’est pas un petit monsieur. Il doit se présenter à tout moment que le magistrat aura besoin de lui.

Entre-temps, il va démissionner ou pas?

La question de la démission n’est pas encore à l’ordre du jour. Monsieur Kamerhe a été amené au Parquet général près la Cour d’appel de Matete par une invitation afin de renseigner la Justice. Pour votre gouverne, le dossier 100 jours était déjà clôturé et envoyé au Parquet général près la Cour de cassation. C’est après une quinzaine de jours que le Procureur général près la Cour de cassation a pu retourner le dossier avec des annotations. Au demeurant, quand le magistrat instructeur était en train d’inviter les différents acteurs du dossier 100 jours, le président Kamerhe n’a pas été invité. Il n’avait pas trouvé l’opportunité de l’appeler parce que les dépositions des autres étaient claires. Nous avons trouvé qu’il y a une main noire qui a influencé la détention de Monsieur Kamerhe, parce c’est un responsable et sa fuite n’est pas à craindre. Nous déplorons le comportement de notre Justice. Qu’à cela ne tienne, il faut un minimum de respect des droits humains. C’est un père de famille. C’est quelqu’un qui travaille beaucoup pour le pays.

Vous demandez qu’il soit mis en résidence surveillée?

Pas en résidence surveillée. En liberté provisoire parce qu’il n’a pas été incriminé, ni de près ni de loin dans ce dossier. Il a été invité juste pour renseigner la Justice. Mais de ce renseignement, on l’a humilié. Ce sont des calculs politiciens que nous déplorons. Le dossier doit être judiciaire. Voilà notre demande.

Décryptée par Natine K.

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