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Atundu: «Nseya a le profil idéal pour remplacer Kabund»

André-Alain Atundu a passé au crible l’actualité politique du pays à la faveur d’un entretien choc accordé à AfricaNews. En fin politique, ce membre du Front commun pour le Congo -FCC- a rejeté les accusations portées contre sa famille politique d’avoir comploté pour l’éviction de Jean-Marc Kabund de la première vice-présidence de la Chambre basse, soutenant que c’est une décision souveraine de ses collègues députés nationaux, «révoltés par autant de témérité» et par ce «comportement indigne d’un haut responsable». A travers des propos teintés de sagesse et inspirés de son autorité morale, Joseph Kabila Kabange, Atundu a conseillé à Kabund d’avoir de la retenue, expliquant qu’en pareille circonstance, le silence vaut mille mots. Le choix de Patricia Nseya, pour succéder au speaker en second déchu, est du goût d’Atundu qui voit en cette élue de Likasi le profil d’une femme capable de faire face aux responsabilités. Dans le dossier Kamerhe, le PCA de la SNEL est d’avis que ce procès révèle au grand jour le dysfonctionnement de l’Etat, dans une ambiance de méconnaissance des lois de la République et de l’ignorance de procédure. Dans ce dysfonctionnement, le Président Félix Tshisekedi a, à son avis, une part de responsabilité. Elle est morale et non matérielle, cette dernière revenant au commettant. A la tête de la CENI, le FCC s’attend, selon Atundu, a une personnalité «moralement sécurisant, humainement et politiquement convivial». 50 ans de la SNEL, réduction du train de vie des institutions, décès de Georges Floyd, Covid-19 et ses conséquences socio-économiques tous ces sujets ont été abordés au cours de l’interview. Lisez.

Déchu, Jean-Marc Kabund a accusé le FCC d’avoir comploté pour son éviction du bureau de l’Assemblée nationale. Quelle est votre réaction?

Il n’y a pas eu machination. La décision n’est ni du FCC ni de CACH moins encore de la coalition FCC-CACH. C’est une décision souveraine d’une Assemblée nationale. La caractéristique d’un homme politique, d’un homme d’Etat de surcroit, c’est d’assumer son comportement et éventuellement ses turpitudes. Il sait très bien qu’il avait menti dans le but de perturber la sérénité au sein de la classe politique. Un député, révolté par autant de témérités, a sollicité l’avis de ses pairs par rapport à ce comportement indigne d’un haut responsable. Ce sont ses collègues qui l’ont sanctionné parmi lesquels il y a les gens de Lamuka, du FCC, de CACH. Les députés se sont prononcés en âme et conscience pour préserver l’honorabilité de leur chambre.

N’a-t-il pas eu de mot d’ordre?

Tous les députés fonctionnent par mot d’ordre parce qu’ils sont d’une certaine famille mais à l’intérieur ils ne peuvent pas être poursuivis pour leur vote, leurs opinions. C’est ce qui garantit la liberté de conscience, l’indépendance d’esprit des députés. Ils sont représentants du peuple, ils ont leur conscience nationaliste, ils ont leur propre perception de leurs devoirs d’Etat. Il doit assumer. Il n’est pas le premier dans ce cas. Il y a des antécédents célèbres en commençant par l’honorable Kamerhe, Kamitatu. Il ne pouvait pas résister face à la vague des autres députés. C’était à lui de se battre de l’intérieur.

Kabund continue de se battre en saisissant le Conseil d’Etat et la Cour constitutionnelle

C’est son droit. Il doit employer toutes les voies de droit pour défendre ce qu’il estime être son intérêt.

En agissant de la sorte, Kabund défie-t-il le Président Félix Tshisekedi, qui est aussi autorité morale de son parti, l’UDPS?

C’est un barroud d’honneur ou un combat d’arrière-garde. L’UDPS a désigné une autre personne comme candidate à ce poste. L’UNC a accompagné, le FCC évidemment, nous sommes dans une coalition. Il ne se bat pas contre le Règlement intérieur qui est conforme à la Constitution. Le comportement des députés est aussi conforme à la Constitution. Il aurait à gagner à se taire puisque dans le cas d’espèce le silence vaut mille mots.

Le Conseil d’Etat a décidé de la suspension de l’élection du 1er vice-président de l’Assemblée nationale. Le bureau de la Chambre basse a décidé de maintenir l’élection ce vendredi. Le bureau ne va-t-il pas en guerre contre une décision de justice?

Le Conseil d’Etat, généralement, rend un avis qui n’a pas la même autorité qu’un arrêt. C’est un avis dont on a intérêt à tenir compte mais l’on continue la procédure. L’Assemblée en tirera les conséquences. Ce qui s’est passé, c’est un problème interne en Assemblée. Cette démarche de l’honorable Kabund n’est-elle pas une sorte de tactique dilatoire pour retarder le processus? Il gagne le temps. Il a le temps de saisir la Cour constitutionnelle. Ça m’a l’air de prendre une allure de saga politico-judiciaire qui ne manquera pas de laisser des traces au sein de l’UDPS d’abord, au sein de CAHC et probablement au sein de la coalition FCC-CACH. On devra se poser des questions sur la loyauté et la discipline républicaine des membres du FCC-CACH. Si d’aventure, il est réintégré au bureau, je ne sais pas dans quelle ambiance ils vont travailler. La justice a quand même un rôle d’hypotenseur social. Est-ce que c’est le droit qui doit triompher ou la sagesse politique? Il faut mettre l’intérêt du peuple RD-congolais avant les luttes pour le positionnement et l’utilisation abusive des procédures pour retarder une décision qui ne vous arrange pas.

L’Assemblée nationale, dirigée par un membre du FCC, passe outre la décision du Conseil d’Etat en maintenant l’élection du remplaçant de Kabund. Cette attitude ne donne-t-elle pas raison à Kabund qui avance la thèse d’un complot orchestré par le FCC?

Madame Mabunda exerce une fonction républicaine. Elle n’est pas là pour les intérêts du FCC ni du FCC-CACH. Elle est là pour les intérêts de la République, pour le fonctionnement normal de l’institution. Il ne faut pas éviter le fond de débat en donnant une coloration partisane à la position du bureau qui organise l’élection. L’honorable Kabund sait bien que parmi les députés ayant voté sa déchéance, il y a des élus UDPS. Nous avons intérêt, pour le bien de notre démocratie, de notre peuple, de faire preuve de retenu. Quand on appartient à un groupe, il faut faire preuve de discipline. On ne peut pas aller en rébellion contre son groupe, en tout cas impunément. Cet acte de l’honorable Kabund est un camouflet pour le Chef de l’Etat.

Kabund est en rébellion contre le Président de la République?

Je ne sais pas. C’est un problème interne au CACH. Kabund a été destitué par l’Assemblée et l’autorité morale de l’UDPS plutôt que de pratiquer la politique de la chaise vide, a choisi de désigner une autre personne pour prendre sa place. Ça signifie qu’il a avalisé cette décision de l’Assemblée. A partir de ce moment-là, ça devient un problème de loyauté politique vis-à-vis de son parti, de sa coalition.

Seule en lice, Patricia Nseya a-t-elle la voie libre vers le perchoir?

Elle doit convaincre. Nous avons connu le cas de Sankuru. L’honorable Mende était seul en lice et il y a eu des gens qui n’ont pas voulu. Elle doit se battre, convaincre ses partenaires de l’UDPS, de CACH et de la coalition. Dès qu’elle les aura convaincus, elle peut entreprendre une action de charme. Je pense qu’elle a toutes les chances de passer.

A-t-elle aussi le profil?

Dès lors que son autorité morale l’a désignée, il faut penser qu’elle a le profil. Je n’ai pas entendu des voix discordantes à l’UDPS ou au CACH. Je pense qu’elle a le profil.

Deux femmes à la tête de l’Assemblée nationale, l’audace féministe ne pousse-t-elle pas loin?

Est-ce que ça pose un problème? C’est ça la parité. Ce n’est pas seulement un fait matériel, c’est aussi mental. Il faut trouver cela normal. De tous les prétendants UDPS à cette élection, hommes comme femmes, c’est elle qui a été désignée. Il faut la féliciter. La femme peut se saisir de cette occasion pour glorifier la gente féminine. Mais ce n’est pas parce qu’elle est femme, qu’elle a été choisie. C’est parce qu’elle remplit les critères, elle a le profil, elle est capable de faire face aux responsabilités. Je crois que Kabund est tombé parce qu’il n’a pas été capable de faire face à ses responsabilités. A ce niveau-là, il faut avoir la maitrise de soi, la retenue, l’esprit d’ouverture.

Avec la destitution de Kabund, ajoutée à cela les guéguerres quasi-permanentes entre les bonzes du FCC et du CACH, la coalition ne court-elle pas le risque d’exploser avant 2023?

La coalition a des beaux jours. Il faut espérer qu’elle tiendra jusqu’en 2023. A ce jour, il n’y a pas de problème entre les membres de la coalition. Nous du FCC, nous sommes toujours décidés à accompagner le Président Tshisekedi jusqu’à la fin de son mandat. Le CACH est décidé à collaborer avec le FCC jusqu’à la fin de cette législature. Il n’y a pas de danger en vue. Il peut y avoir des divergences dans la formation d’une décision mais la coalition est une alliance stratégique qui doit survivre aux écueils opportunistes ou malencontreux du moment.

A son arrivée, le Président Félix Tshisekedi a manifesté sa ferme volonté de travailler avec de nouvelles figures. Pourtant dans les entreprises publiques, les anciennes figures ont majoritairement été nommées. Le Président s’est-il contredit?

On ne conduit pas un pays avec de bons sentiments, de bonnes intentions. On conduit le pays avec de l’efficacité. Aujourd’hui, nous déplorons le dysfonctionnement à la présidence. C’est dû au fait que le plus gros du personnel, ce sont des nouveaux qui ne connaissent pas bien les rouages de l’Etat. Nous avons besoin de l’expérience. Ces personnes-là ont été nommées parce qu’elles sont compétentes et ont fait montre d’une certaine expérience et expertise. Quant aux jeunes, je crois qu’il y a des jeunes compétents. Seulement, il faut gravir graduellement pour aller au sommet afin d’éviter des erreurs qui vont vous précipiter dans la chute.

La jeunesse doit attendre?

Elle doit apprendre. Il m’a fallu 15 ans pour devenir l’administrateur de la sécurité extérieure à l’époque du Président Mobutu. Il faut donner au Président Tshisekedi la chance de choisir les compétences. L’efficacité vaut mieux que la nouveauté.

Mende parmi les nominés. Est-ce une récompense après le malheureux épisode de l’élection du gouverneur de Sankuru?

Ce n’est pas une récompense de loyauté sans compétence. C’est une reconnaissance d’une personne loyale et compétente.

Quelles chances donnez-vous aux mandataires nouvellement nommés?

Wait and see. C’est l’épreuve de vérité pour chacun. Ils ont été nommés sur base d’une présomption: expérience, diplôme, personnalité. Il faut leur donner la chance. Nous n’allons pas exiger d’eux le bilan aujourd’hui ou le samedi.

L’opinion accuse le FCC d’avoir empêché l’exécution de l’ordonnance portant sa nomination à la SNCC…

Je ne veux pas entrer dans les détails. Le Président nous prêche par sa sagesse vis-à-vis de ce problème. Je serais mal inspiré d’avoir une attitude contraire.

La balle est donc dans le camp du Président?

Les choses évoluent. Ce n’est pas le problème du Président. C’est un problème de la coalition. Il faut attendre. C’est un cas qui doit être résolu dans la sagesse et dans l’intérêt de la coalition.

Qu’est-ce qui bloque la machine?

Il faut se demander. Moi, je constate qu’à ce stade, la décision n’est pas exécutée. Je constate qu’à ce stade, le Président n’a pas manifesté l’énervement quelconque face à cela. Il pratique la patience. Pratiquons la patience avec lui. Il y aura la solution au bout du compte.

Après la comparution des prévenus et la déposition des témoins, pensez-vous que Kamerhe est coupable?

La culpabilité judiciaire est du ressort du juge. Elle dépend de son appréciation et de son intime conviction. De ce procès, je retiens qu’il s’agit d’un procès du dysfonctionnement de l’Etat. Dans une ambiance de méconnaissance des lois de la République et de l’ignorance de procédure.

Ce dysfonctionnement n’est-il pas un héritage du régime Kabila?

C’est depuis Kasa-Vubu. Soyons honnêtes pour dire que c’est un procès qui nous a révélés le dysfonctionnement de l’Etat, la nécessité d’un audit éthique dans le chef de nos responsables. Il y a une dimension morale dans ce procès. Il ne suffit de crier que Kamerhe est coupable pour que vous ayez raison. Les gens qui disent que Kamerhe est coupable et qu’il doit être condamné, ne regrettent-il pas de n’avoir pas été à sa place?

Certains analystes estiment que Kamerhe dérange les intérêts du deal conclu entre Félix Tshisekedi et Joseph Kabila. Qu’en pensez-vous?

Ce sont des spéculations. Le Président Tshisekedi et l’honorable Kamerhe sont dans une coalition. Malheur à celui par qui le scandale arrive. C’est un scandale qui est malheureusement arrivé par le Directeur de cabinet du Chef de l’Etat.

Si dysfonctionnement il y a, peut-on dire que le Président de la République a une part de responsabilité pour n’avoir pas joué correctement son rôle de garant du bon fonctionnement des institutions?

Il a constaté. Il a agi en laissant la justice faire son travail. Le Président est le manager de la République. A lui s’applique les principes fondamentaux et fondateurs du management, c’est-à-dire faire faire. Aujourd’hui, le Président de la République est en train de donner l’exemple de bonne gouvernance en laissant les institutions de la République faire leur travail et son Directeur de cabinet de se défendre.

Le Président n’a aucune part de responsabilité mais les actes posés par son Directeur de cabinet l’ont été «sur son instruction»?

Le Président de la République est le garant du bon fonctionnement des institutions de la République et du respect de la Constitution. C’est une responsabilité morale. En général, tous les RD-Congolais qui tuent, volent, l’on peut dire que c’est le Président de la République qui ne fait pas bien son travail de surveillance. Mais la responsabilité matérielle revient au commettant. Le Président n’a pas commis. L’inculpé doit se défendre. Ce n’est pas parce que vous dites que j’ai agi sous la responsabilité du Chef de l’Etat, qu’il est matériellement responsable. Le Chef de l’Etat vous envoie maintenir l’ordre et vous tuez. Ce n’est pas le Chef qui a tué, c’est vous.

La réduction du train de vie des institutions est de plus en plus dictée par les conséquences de la Covid-19 sur l’économie du pays. Le remaniement du gouvernement est-il programmé?

Quand on parle de la réduction du train de vie des institutions, il ne s’agit pas de la réduction de la taille du gouvernement. Il faut éviter de faire des économies de bouts de chandelle. Si la réduction du train de vie des institutions se limite à la baisse du salaire des ministres, qu’est-ce que cela représente? La réduction du train de vie des institutions veut dire que l’Etat doit décider de ce qui n’est pas essentiel pour son fonctionnement. Il faut des modalités pratiques. Il faut que l’on nous dise quels sont les secteurs, les personnes qui seront frappées par cette mesure. Au niveau du principe, c’est une attitude rationnelle compte tenu de la situation actuelle où nous sommes privés d’un pourcentage non négligeable des recettes. Ce n’est que normal que notre comportement s’adapte au budget que nous avons.

Pour son fonctionnement, la RD-Congo a besoin d’un gouvernement de 65 membres?

Même de 100. Tout dépend du contexte. Si la paix, la sérénité politique sont à ce prix, c’est mieux. La réduction du train de vie de nos institutions doit être un acte d’intelligence économique.

Est-ce opportun de dissoudre le CNSA à l’heure actuelle?

L’honorable Sessanga a motivé sa proposition par le souci de faire des économies pour la République et réduire le train de vie des institutions. Il y a un problème. Réduire le train de vie des institutions, ce n’est pas supprimer les institutions. Supprimer les institutions est une décision pour réduire le train de vie des institutions, alors on reviendrait à l’ancienne formule de la Cour suprême qui fait office de Cour constitutionnelle, Cour de cassation et Conseil d’Etat. C’est une mauvaise proposition pour un problème réel. Réduire le train de vie des institutions, c’est identifier les postes budgétaires qui ne sont pas indispensables pour le fonctionnement de la République. Il faut éviter de faire des économies de bouts de chandelle. Supprimer le CNSA aura certainement des incidences économiques immédiates. Les membres de cette institution, il faudra les dédommager. Mais, le fait que le CNSA a fonctionné, il faut évaluer son apport, son rôle. En principe, tant que les élections locales ne sont pas organisées, le CNSA a sa raison d’être.

Vous soutenez la continuité du CNSA?

Je ne soutiens rien. Ce n’est pas opportun de dissoudre le CNSA en tout cas pas au motif que l’honorable Sessanga a donné. La réduction du train de vie des institutions doit être une décision bien réfléchie pour éviter l’effet boomerang. C’est une décision stratégique qui implique une grande ouverture d’esprit et l’intérêt de notre démocratie et de la République. 

Le Coronavirus. Est-ce une réalité en RD-Congo?

Oui.

Comment cernez-vous le scepticisme de la population au sujet de cette maladie?

Le Saint Thomas, il y en a partout. Le Coronavirus, en RD-Congo, ne produit pas des hécatombes comme ailleurs. Il y a des inconscients sociaux qui pensent que tant qu’ils ne sont pas morts, la cause de la mort n’existe pas. La maladie est bien réelle. Le problème qui se pose c’est par rapport au nombre de décès chez nous. Compte tenu de ces décès, quelle est l’évolution projetée? Allons-nous atteindre les 2000 morts par jour? Cette maladie va-t-elle atteindre le niveau endémique? Certes, nous avons pris des mesures maintenant il faut les évaluer. Est-ce que le confinement a permis de mieux maitriser les statistiques des contaminés, des décès? Quel est l’impact économique du confinement? Quel est son impact sociologique? Les gens sont devenus indisciplinés. Il faut apprendre à vivre avec le virus. Il faut déconfiner tout en gardant les gestes barrières. Si l’opinion, à partir des statistiques, n’a pas conscience que nous sommes frappés par la pandémie, il y aura un contrecoup psychologique. Les gens seront de plus en plus énervés et l’on pourra connaitre des cas d’AVC. C’est une décision de haute portée stratégique qui doit impliquer d’abord nos scientifiques, qui doivent nous donner des résultats du confinement et les chiffres réels des personnes contaminées, guéries et décédées. En temps normal, nous ne saisissons qu’à peu près 25 ou 30% de nos capacités. Donc, on peut faire des projections. Nous avons aujourd’hui plus de 3000 cas et s’il faut appliquer ce principe nous avons en réalité 10.000 cas. Nous avons pratiquement 100 décès, en réalité c’est 600 morts. C’est aux hommes de science de nous donner des chiffres crédibles, fiables.

Les chiffres donnés ne les sont pas?

C’est un parallélisme. En temps normal, nos instruments de saisie statistiques ne permettent de capturer qu’à peu près 30%. Le Coronavirus est injustement considéré comme une maladie de la honte et il y a des gens qui se cachent. Nous n’avons pas de campagne de dépistage systématique. C’est vraiment une décision de haute portée stratégique qui demande de réfléchir. Ensemble, les hommes de science et les gouvernants, ils doivent décider de la conduite à suivre. Est-ce qu’il faut continuer avec le confinement? Doit-on déconfiner et instaurer le couvre-feu à partir de 20h? Ne faut-il pas modifier notre façon de travailler? Ne faut-il pas améliorer le transport? Tout cela a un impact. Il est de l’intérêt de la communauté nationale que les décisions se préparent et se prennent à l’abri des pressions.

Il y a déjà des candidats à la succession de Corneille Nangaa.  Le FCC a-t-il une préférence pour l’un d’entre ces candidats?

La CENI, c’est la compétence de la Société civile. La préférence que nous pourrions avoir c’est d’un candidat moralement sécurisant, humainement et politiquement convivial. Si le président de la CENI se considère comme un père fouettard, ça ne va arranger personne. Il faut laisser les institutions jouer démocratiquement leur jeu. Pour être élu à la tête de la CENI, il faut avoir des alliances, il faut convaincre les gens de ses compétences, de son honnêteté, de son sens d’objectivité, de neutralité, de détachement. Ce n’est pas auprès du FCC ni de CACH qu’il faut faire campagne. Ils n’ont pas de candidat. Il est évident que chaque candidat, peu importe sa confession d’appartenance, la coalition aura un regard sur lui.

Il y a un candidat des Catholiques, un autre des Protestants et un autre encore des Kimbanguistes, soutenus par d’autres confessions religieuses. Laquelle de ces sensibilités religieuses peut garantir d’une certaine manière les intérêts du FCC?

Nous sommes un Etat laïc. L’appartenance religieuse d’un responsable ne nous gêne nullement.

Quelle lecture faites-vous des 50 ans d’existence de la SNEL, société dont vous êtes le PCA?

En 50 ans d’existence, la population RD-congolaise et même l’opinion réalise que la SNEL est un grand acteur du développement du pays. Un grand moteur même de l’activité économique. Malgré la loi sur la libéralisation du secteur, la SNEL est toujours le leader incontesté et de loin dans le secteur de l’électricité. Nous sommes 22 dans le secteur, la SNEL a, elle seule, produit 2000 mégawatt l’an. Aujourd’hui, la SNEL se porte bien. Nous avons résolu le problème des journaliers, avec le concours du ministère du Travail. Je crois qu’il faut rendre hommages à tous ceux qui ont dirigé la SNEL, parce qu’à aucun moment nous avons senti la nécessité de les remplacer par un étranger. C’est un grand défi pour les jeunes de continuer à monter et à maintenir la SNEL à ce niveau-là. Nos ingénieurs, nos mandataires n’ont aucun complexe vis-à-vis de leurs collègues de l’étranger.

Il y a un mal entendu sur la gratuité de l’électricitédécrétée par le Président

Nous avons exécuté cette mesure du Chef de l’Etat avec un décalage. Pour les clients du système post-paye, la gratuité a concerné les mois de mars et avril. Pour les prépayés, c’est avril et mai. Le malentendu c’est le décalage entre la consommation et la facturation. Pendant la période de gratuité, les factures des mois précédents ont quand même été remises aux consommateurs. Les effets de gratuité seront ressentis deux mois après.

Le gouvernement n’est-il donc pas tenu de payer maintenant?

C’est une décision de haute portée sociale. Pour que la SNEL puisse continuer à fonctionner et à rendre service, il lui faut de l’argent. Le gouvernement doit payer le prix en réalité. Nous avons déposé une requête, tournant autour d’USD 25 à 26 millions, pour permettre à la SNEL de fonctionner normalement, c’est-à-dire de veiller les matériels consommables, d’assurer le fonctionnement, l’entretien et la maintenance des outils de production, continuer à payer le personnel. A ce jour, la période de gratuité que nous avons exécutée en bon nationaliste est passée.

Quelles sont les plans de la SNEL pour desservir convenablement les RD-Congolais en énergie électrique dans les années à venir?

La SNEL a l’ambition de demeurer le n°1 dans le secteur de l’électricité au moins au pays. Aucun investisseur ne peut venir au Congo sans recourir à l’expertise de la SNEL qui connait le milieu. Nous avons Zongo 2 pour renforcer Kinshasa. Il faut construire le transport et les postes de distribution. C’est dans nos projets. Nous avons Kasumbalesa, poste frontalier, que la SNEL doit pourvoir en électricité pour diminuer sa dépendance vis-à-vis de la Zambie. La SNEL doit réhabiliter certaines stations qui datent de 1953. L’avenir de la SNEL c’est aussi la maitrise de la consommation par le pré-payement. Malheureusement, la clientèle dans son ensemble préfère le post-paye. Avec le pré-payement, ils ont l’impression de payer plus. Le pré-payement montre leur niveau de consommation.

Quand vous avez appris ce qui est arrivé à Georges Floyd, quelle a été votre réaction?

Incroyable! Je n’ai pas appris. J’ai vu. Je pensais que cela était un film d’horreur et que cela se passait à Hollywood. C’est horrible. C’est un geste idiot de la part d’un corps destiné à éviter ce genre de comportement. Il est bon, au vu de la réaction aux Etats unis et dans le monde, que les autorités américaines prennent des mesures face à la gangrène qui est dans leur police. Il faut faire un audit éthique de tous les policiers. Un noir c’est une valeur. Le Président Obama fait l’honneur des noirs et même de l’homme. Georges Powell a fait l’honneur des Etats unis. La couleur de la peau, c’est un vêtement qu’on peut changer surtout avec les méthodes actuelles.

Ça fait des années que l’on lutte contre le racisme mais chaque an les noirs sont victimes d’un traitement déshonorant et cruel. Ne pensez-vous pas que ce combat ne va jamais aboutir?

Il faut continuer à se battre jusqu’à la fin de temps comme les chrétiens se battent pour l’amour. Le noir doit avoir une conscience orgueilleuse de son appartenance raciale en tant qu’égale à d’autres races. Si nous étions à l’époque où l’on considérait les noirs comme sans esprit, sans intelligence et sans âme, on n’aurait pas eu Colin Powell à la tête de l’armée la plus puissante du monde, Kofi Annan à la tête de l’organisation mondiale ni Boutros Boutros-Ghali, ni Abdou Diouf à la tête de l’UNESCO. Le noir doit continuer à défendre les droits de l’homme sans complexe.

Qu’est-ce que doivent faire les noirs, en plus de ce qu’ils font déjà, pour être valorisés par les autres races?

Ils doivent continuer. Les noirs représentent une valeur que certains personnages minimes des autres races ne veulent pas reconnaitre. A part leur peau, ils ne valent pas ce que valent les noirs. Il faut continuer. Nous devons nous imposer. Nous nous sommes imposés en musique, en sport.  Propos recueillis par Laurent OMBA

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