
L’Université de Kinshasa -UNIKIN- a sacré une nouvelle voix de la recherche en République Démocratique du Congo mardi 17 mars. Anne‑Marie Akwety a été proclamée docteure à l’issue d’une soutenance brillante de sa thèse intitulée «Les cadres féminins du Mouvement Populaire de la Révolution, 1967‑1980: Contribution à l’étude de la première élite féminine de la République Démocratique du Congo». Une consécration qui sonne comme la reconnaissance d’un pan ignoré de l’histoire politique nationale.
Dans une salle attentive, où se mêlaient étudiants, universitaires et personnalités du monde intellectuel, la jeune chercheuse a déroulé une enquête serrée sur ces femmes qui, sous les projecteurs limités de l’époque, ont pourtant façonné des décisions et exercé une influence réelle au cœur du pouvoir. Sa démonstration, à la fois factuelle et incisive, a convaincu le jury et souligné la nécessité de réévaluer le rôle féminin dans la construction de l’État post‑indépendance.
«Ces femmes‑là ont été intelligentes, charismatiques et stratégiques», a déclaré la nouvelle professeure Akwety devant l’auditoire, heureuse de recevoir cette promotion en plein mois de la femme. «Elles ont été en mesure de poser des actes qui dépassaient toute attente. Elles ont influencé des décisions dans la haute sphère de la République. Ce sont des femmes compétentes avec qui il fallait compter.» Par ces mots, elle invite à lever le voile sur des parcours individuels et collectifs trop souvent relégués au second plan des récits officiels.
Au‑delà du travail d’archives et des biographies politiques, la thèse d’Akwety formule une injonction politique: cesser l’instrumentalisation des organisations féminines et laisser les femmes dirigeantes agir en autonomie. «La génération actuelle a tout intérêt à s’approcher auprès de ces femmes qui sont encore présentes dans ce pays», insiste‑t‑elle, pointant la transmission de savoirs et d’expériences comme un impératif pour la vitalité démocratique du pays.
La chercheuse plaide également pour une recomposition des pratiques partisanes. «La politique n’est pas seulement une affaire des hommes», a‑t‑elle rappelé. «Il est essentiel que les partis politiques encouragent la participation des femmes et intègrent les questions d’égalité des sexes dans leurs politiques et programmes afin d’assurer la diversité des points de vue et que personne ne soit laissé pour compte». Son propos dépasse l’histoire pour toucher au présent: l’intégration effective des femmes dans les arènes décisionnelles est, selon elle, un marqueur de modernité politique.
Cette proclamation de professeure intervient comme une alerte salutaire à l’université et au-delà: reconnaître et étudier les traces féminines dans l’histoire politique nationale n’est pas seulement une réparation académique, c’est une ressource pour repenser les modèles de leadership d’aujourd’hui. Le travail d’Anne‑Marie Akwety promet ainsi d’alimenter débats, enseignements et politiques publiques sur l’égalité et la participation citoyenne.
En concluant son oral, Akwety a lancé un appel concret: faire de la recherche historique un levier pour renforcer la place des femmes dans la cité. La nouvelle professeure entame désormais une mission de transmission non seulement vers les étudiantes et étudiants mais aussi vers les acteurs politiques qui décideront demain.



