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Affaire Boyau: Lihau s’enfonce 

Fondé en octobre 2005, le journal AfricaNews a su bâtir son succès et sa réputation grâce à l’excellence professionnelle de ses journalistes, soutenus par un large réseau de chercheurs et d’enquêteurs. Chaque information fait l’objet d’un examen rigoureux. Au fil des ans, AfricaNews a gagné une dimension incontestable et s’est établi comme un média sérieux et fiable. C’est cette crédibilité que nous défendons à travers notre réponse à la mise au point du cabinet du vice-premier ministre chargé de la Fonction publique, Jean-Pierre Lihau, concernant l’affaire Antoine Camille Boyau. Nous souhaitons attirer l’attention du cabinet sur le fait qu’une mise au point ou un droit de réponse ne se limite pas à une simple lettre parue dans les médias.

Son contenu doit être soutenu par des informations claires et vérifiables. Le droit de réponse doit donner à son auteur la possibilité de faire paraître sa version des faits dans les mêmes conditions que l’article initial, afin de rétablir la vérité et de sauvegarder son honneur. Il ne doit pas être utilisé pour manipuler l’opinion publique. Nous partageons le sentiment du Cabinet lorsqu’il dit: «Dans un contexte où les questions institutionnelles sont souvent politisées, il est crucial que les professionnels des médias et le public soient capables de distinguer la lecture juridique des faits des interprétations partisanes».

Pour le journal, la question essentielle qui se pose est de déterminer comment le cabinet du VPM envisage l’Administration publique, dont le caractère apolitique est affirmé par la Loi organique sur les services publics en République Démocratique du Congo, au regard du ministre de la Fonction publique, Lihau, qui fait partie d’une institution politique qu’est le Gouvernement.

Parmi les différents problèmes que rencontre l’Administration publique, soulignés lors des États généraux de la Fonction publique, figure en bonne place l’immixion des ministres et de leurs cabinets dans la gestion des carrières des fonctionnaires d’État.

Un expert de la Commission des lois du gouvernement a informé notre rédaction qu’une réforme a été introduite dans le nouveau statut afin de limiter les interventions des ministres de la Fonction publique. Celle-ci stipule que toute décision concernant un agent doit renvoyer à son administration gestionnaire, laquelle doit “initier la démarche”. Dans d’autres pays, ce poste ministériel a d’ailleurs été supprimé au profit d’un fonctionnaire de l’État, le Secrétaire Général, agissant sous la tutelle d’un ministre dont les compétences se limitent aux questions budgétaires, afin de préserver l’apolitisme de la fonction publique. À travers un courrier de son cabinet ministériel reçu par AfricaNews, le vice-premier ministre chargé de la Fonction publique a justifié sa mise au point en se référant à deux articles publiés antérieurement.

Cependant, sur le fond, le cabinet Lihau peine à prouver la légalité de l’arrêté contesté par les fonctionnaires de l’Inspection de police judiciaire des parquets, une structure sous l’autorité du ministre de la Justice. Il n’a pas non plus mentionné les bases légales qui l’ont habilité à réhabiliter et à remettre en fonction l’agent Boyau, âgé de 82 ans, recruté en 1969, considéré comme déserteur et poursuivi par le Parquet général près la Cour de cassation pour détournement de fonds secrets de recherche.

En réalité, le texte du cabinet Lihau ne conteste pas les faits révélés par AfricaNews. Lihau se contente de minimiser la décision du Conseil d’État, qui a légitimement ordonné la suspension de son arrêté illégal. Il ne fait également aucune mention des articles pertinents concernant l’agent Boyau, suspendu sur décision de l’ancienne ministre d’État à la Justice, Rose Mutombo, comme l’attestent les membres de l’Inspection de police judiciaire des parquets et d’autres auxiliaires de justice consultés par notre rédaction.

Catalogué comme déserteur récidiviste, Boyau a été réhabilité à plusieurs reprises par le biais de décisions politiques, récemment par l’arrêté en cause. Alors que toutes les tentatives de le réhabiliter via la pression sur Constant Mutamba avaient échoué, il semblerait que Boyau ait trouvé une opportunité au sein du cabinet Lihau, qui, soit ignore la situation au sein des services de l’ANR, de la Police Nationale et du Palais de Justice, soit ait choisi d’agir pour des motifs de favoritisme. Selon des sources au ministère de la Justice, la première révocation de Boyau remonterait à l’époque de la réforme de la PNC et de la Justice. En outre des détournements, il serait également impliqué dans une affaire d’usurpation de fonction.

Concernant l’arrêté illégal du VPM Lihau, visant à réintégrer de force un ancien fonctionnaire de 82 ans, déserteur, révoqué d’office, poursuivi pour détournement et en liberté conditionnelle, le public peut mieux comprendre l’origine des problèmes qui minent l’Administration publique RD-congolaise, en phase de réforme depuis 2003, et qui subit les conséquences des changements politiques opérés par les ministres qui se succèdent, tous prétendant soutenir la réforme, mais chacun laissant derrière lui un océan de problèmes.

S’agissant de la gestion disciplinaire, le Statut révisé en 2025 a instauré des organes internes, apolitiques, pour traiter les conflits ou autres questions d’interprétation des dispositions statutaires. Dans sa mise au point, le cabinet du VPM n’évoque aucune décision d’un organe disciplinaire qui pourrait justifier un tel arrêté. La décision est donc naturellement politique.La question que se posent certains juristes, et que la rédaction soulève, concerne la possible “méconnaissance du cadre légal“, cette fois-ci par le Cabinet de la Fonction publique.

Alors que le Conseil d’État, juge des actes administratifs, s’est déjà prononcé sur l’illégalité de cet arrêté, les efforts de Lihau pour justifier sa décision à travers sa réponse mettent notre rédaction dans une position délicate, car nous devons éclairer l’opinion publique sur ce qui n’est pas dit dans la correspondance du cabinet du VPM.

De plus, le journal remet en lumière les articles de la Loi régissant le statut du personnel des services publics de l’État, qui ont été sciemment omis dans la réaction de Lihau, renforçant ainsi notre position et notre réputation en tant que média qui SCRUTE, ENQUÊTE, ÉCOUTE, ANALYSE et DIFFUSE l’information de manière responsable pour rester compétitif sur le marché, conformément aux normes des médias sérieux.Voici ce que le cabinet du VPM a négligé de mentionner à l’opinion publique dans sa mise au point pour «l’éclairer à la lumière du droit, loin des raccourcis médiatiques et des interprétations hâtives».

Lihau et son cabinet se fondent sur les articles 41 et 66 du Statut, applicables aux agents qui ne sont pas sous poursuites judiciaires. Cependant, les experts en fonction publique consultés sur le cas de Boyau affirment que ce dernier est régi par les articles 42 et 69 du Statut.

L’article 42 stipule: «Lorsque des poursuites judiciaires sont engagées contre un agent pour des faits lui étant reprochés, la clôture de l’action disciplinaire peut être différée jusqu’à la décision de justice, et dans ce cas, la durée de la suspension peut dépasser trois mois et entraîner la privation de traitement… Toutefois, si les poursuites se soldent par un classement sans suite ou un acquittement, l’agent est rétabli dans tous ses droits, tant en matière de carrière que de rémunération…»

L’article 69, quant à lui, déclare: «… L’agent est révoqué d’office lorsqu’il a été définitivement condamné à une peine d’emprisonnement de trois mois ou plus…»

La mise au point ne conteste pas le fait que Boyau, originaire du Grand Équateur, comme le ministre Lihau, fait l’objet de poursuites pour détournement et a été incarcéré pendant six mois. Elle ne conteste pas non plus qu’il est en liberté conditionnelle. Les experts le pointent sur l’article 80 du statut qui stipule: «L’agent est mis d’office à la retraite lorsque: 1. Il a atteint l’âge de 65 ans. 2. Il a effectué une carrière de trente-cinq ans.»

Il est indéniable que Boyau, âgé de 82 ans, est en situation de retraite d’office depuis plus de 20 ans, accumulant plus de 56 ans de service dans l’administration publique. Que peut donc réaliser dans l’administration un individu au profil de Jean-Pierre Boyau, sinon s’engager à reproduire ses anciens comportements? En effet, dès ses premières démarches visant à obtenir sa réinstallation de force, nous avons appris qu’il s’est précipité vers les fonds de recherche pour lesquels il est poursuivi. Cela suscite la colère de ses anciens collègues inspecteurs et autres agents de police judiciaire des parquets.

Lihau s’enfonce donc avec cet arrêté. Le silence de sa mise au point sur les articles 42, 69 et 80 du Statut ne peut être considéré comme un simple oubli. Il révèle, au contraire, une volonté délibérée de contourner la légalité pour justifier un arrêté dont l’illégalité a déjà été reconnue par la plus haute juridiction administrative du pays.

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