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À Walikale, les activités minières de la société américaine Alphamin Bisie Mining/SA hors de tout contrôle!

C’est la partie du reportage du journaliste Alain Foka qui n’a pas été assez exploitée dans les officines. À dessein peut-être. Pourtant, comme celle sur l’existence des mines illégales tenues par des Chinois, elle contient une autre révélation révoltante, elle fait part d’un autre scandale: le gros nuage noir qui couvre la production du niobium, un minerai nécessaire à la stabilisation des fusées, par la société américaine Alpha Bisie Mining, qui exploite officiellement l’étain et la cassitérite à Walikale, à 135 km à l’ouest de Goma au Nord-Kivu. C’est un récit choquant.

«Après l’extraordinaire périple dans les hautes montagnes du Nord-Kivu, dans les mines de Rubaya, dans la belle et luxuriante région de Masisi, nous avons tenté de nous rendre dans les mines de Walikale, toujours dans les Nord-Kivu. Malgré la présence dans notre avion des autorités locales, des députés nationaux, du président du Conseil d’administration de la Gécamines et des administrateurs de la Fédération des entreprises du Congo -FEC-; malgré l’autorisation donnée par la Présidence de la République, la société américaine Alphamin, propriétaire de Bisie Walikale, producteur d’étain et de cassitérite, nous a clairement dit qu’ils n’acceptaient pas que nous venions chez lui, pas question de venir fouiller dans ses affaires», rapporte Alain Foka.

Puis: «Elle possède l’aérodrome, le seul du coin, cela dénote la puissance de la firme: elle est sur son territoire et pour y atterrir, même l’autorisation de la Présidence de la République ne suffit pas. Allez donc déterminer les quantités d’or et de coltan qu’elle y produit! Allez donc savoir ce qu’elle fait dans sa propriété où même l’autorité n’a pas accès».

Puis encore: «Une discrétion qui accrédite la thèse selon laquelle elle y extrait le minerai rare, très rare, le niobium, nécessaire à la stabilisation des fusées. Elle n’a d’injonction à recevoir de personne. Nous avons donc capitulé pourtant, nous sommes dans la région du Nord-Kivu qui est en état de siège avec à sa tête un gouverneur militaire. Impossible de faire plier Alphamin. C’est le roi sur place, n’en déplaise à ceux qui parlent de la souveraineté du Congo».

La société Alphamin Bisie Mining est couverte par le Permis d’exploitation n°13155 octroyé le 03 février 2015. Bénéficiant du partenariat financier et diplomatique des Etats-Unis et de l’Afrique du Sud, elle est connue et reconnue actuellement pour le plus grand projet d’exploitation de l’étain au niveau continental estampillé «Projet Bisie Tin». Mais l’illégalité à l’œuvre via la production «discrète» du niobium prive indiscutablement le gouvernement de la République Démocratique du Congo de ressources dont il a cruellement besoin. Pendant ce temps, les gouvernements occidentaux et leurs relais dans les ONG et les médias sont bouches closes et paraissent avoir choisi d’imposer le silence autour de ce scandale du «Projet Tin Bisie». Ils auraient embouché tambours et trompettes si c’étaient leurs bêtes noires: Dan Gertler et Chinois.

Soupçonnant l’opacité dans les activités de ABM/SA, un consortium d’ONG avait sonné l’alerte en 2017 en montrant comment de profondes lacunes entretenues dans la conception du contrat et la mise en œuvre du projet ont créé une situation dans laquelle, de fait, les responsables de la société ABM/SA ont fini par se superviser eux-mêmes. Cette situation a favorisé un état de non-droit dans les installations de la société, marqué par des scandales, et menace de causer de graves torts aux communautés locales affectées par cette exploitation minière hors de tout contrôle.

Dans son rapport, le consortium avait recommandé à la société américaine, entre autres, «d’adopter des méthodes transparentes, légales et légitimes de consultation des communautés, et de promouvoir l’accès aux informations nécessaires relatives au contrat -avec l’Etat congolais-, les rapports financiers, les états comptables et les différentes phases du projet conformément aux meilleures pratiques sur la bonne gouvernance des entreprises extractives».

Près de 5 ans après ces recommandations pertinentes, la noirceur décriée s’observe encore. Des officiels de premier rang, députés nationaux et autorités locales confondus, autorisation de la Présidence de la République en mains, s’en sont rendu compte… à leur dépens. Ils n’ont même pas eu droit à une seconde d’accès dans les installations de la puissante ABM/SA dont les responsables se comportent comme en pays conquis.

Tino MABADA

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