
Code QR, assurance santé et traçabilité: la fondation pose les jalons, mais coût, mise en œuvre et protection des données restent à préciser…
Une caravane organisée fin janvier 2026 par la Fondation Clémentine Mayimbi -Fonac- a appelé les motocyclistes de Kinshasa à se faire identifier, posant la traçabilité numérique comme première réponse à l’anarchie et aux risques liés aux motos‑taxis. L’initiative, qui s’inscrit dans le sillage de l’appel du Chef de l’État à mieux organiser le secteur, propose l’attribution d’un code QR individuel à chaque conducteur et véhicule, ainsi qu’un mécanisme d’assurance santé pour les acteurs du transport à deux‑roues.
«Cette journée de caravane visait à sensibiliser les motocyclistes à la nécessité de leur identification», a expliqué Clémentine Mayimbi, présidente de la fondation. «Le projet prévoit l’introduction d’un système d’identification basé sur un code QR attribué à chaque motocycliste et à chaque moto.» Selon elle, ce dispositif permettra, en cas d’accident, de crime ou d’incident, d’identifier rapidement le conducteur et de retracer la moto via des plateformes accessibles aux services de sécurité et au ministère des Transports.
La caravane a rassemblé conducteurs, représentants d’associations de motards, acteurs privés et quelques autorités locales. La fondation a reçu le soutien technique et financier d’Airtel, pour la partie connectivité et gestion des QR, et de la banque CDRB, qui pourrait contribuer aux mécanismes de financement et d’assurance. Les organisateurs présentent l’initiative comme non punitive: il s’agit, disent‑ils, de protéger les usagers et de professionnaliser un secteur essentiel pour la mobilité urbaine.
Pourtant, plusieurs questions pratiques demeurent. Qui assurera l’enregistrement centralisé des données? Où seront installés les centres d’identification? Quel sera le coût de l’opération pour des conducteurs souvent informels et à faibles revenus? Et surtout, comment garantir la protection des données personnelles et l’accès sécurisé aux informations par les autorités compétentes uniquement?
«L’idée est bonne», commente un responsable associatif qui a requis l’anonymat, «mais si l’on demande aux motards de payer et qu’aucune subvention n’est prévue, beaucoup resteront en dehors du dispositif, aggravant leur vulnérabilité». D’autres rappellent la nécessité d’un cadre légal clair pour encadrer l’utilisation des données et éviter les dérives. La question de la liaison entre identification et délivrance des permis reste également en suspens.
La proposition d’un mécanisme d’assurance santé pour les motocyclistes a été saluée lors de la caravane. À Kinshasa, les blessures graves et le coût des soins pèsent lourdement sur les familles après un accident de la route. Une assurance dédiée, négociée collectivement, pourrait réduire la précarité des chauffeurs blessés et offrir une protection minimale aux victimes. Toutefois, la viabilité financière d’un tel schéma dépendra du coût des primes, du taux de couverture et des modalités de gestion des sinistres.
L’initiative de la Fonac intervient dans un contexte de tensions récentes entre autorités et motards. Le 59e conseil des ministres avait rappelé la nécessité de réguler et organiser le secteur, mais aucune feuille de route publique n’avait encore été dévoilée. La suspension temporaire des opérations ciblées contre les motocyclistes, décrétée mi‑février par le gouvernement provincial, a calmé les esprits sans clarifier les étapes concrètes de réforme.
Des exemples étrangers montrent que la traçabilité associée à une formation et à des contrôles réguliers peut contribuer à réduire la sinistralité. À Kinshasa, les acteurs interrogés insistent sur une approche graduelle: commencer par un pilote dans quelques communes, tester le système QR, calibrer les coûts et prévoir des aides pour les chauffeurs les plus modestes. Ils réclament aussi l’implication formelle du ministère des Transports et des services de l’État pour garantir la reconnaissance administrative du dispositif.
La caravane a le mérite d’avoir mis la question de l’identification sur la place publique et d’avoir mobilisé partenaires privés et associations. Reste à transformer l’élan en feuille de route concertée: calendrier, financement, protection des données, articulation avec la délivrance des permis et modalités de contrôle. Sans ces éléments, l’opération risque de rester symbolique.
Pour l’heure, la Fonac dit vouloir poursuivre le dialogue avec les autorités et lancer un projet pilote. Les motocyclistes, qui jouent un rôle vital dans la mobilité quotidienne de la capitale, attendent des engagements tangibles. L’identification via QR code peut constituer un outil utile -à condition qu’elle s’inscrive dans une stratégie globale de régulation, sociale et technique, et non dans une simple opération de communication.
WIDAL


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