
Il aura fallu 51 ans, 11 mois et 26 jours pour revoir la RD-Congo en Coupe du monde. Le 22 juin 2974, le pays, alors Zaïre, disputait son dernier match au Mondial face à la sélection brésilienne. Trois matchs, trois défaites et surtout 14 buts encaissés contre 0 marqué. L’apprentissage pour le premier pays d’Afrique subsaharienne sur la scène internationale a été dur, très dur. Depuis, 12 éditions se sont succédées sans présence RD-congolaise. Logiquement, la qualification obtenue dans la nuit du 31 mars au 1er avril a été accueillie comme un trophée. Entre avril et juin, c’est tout un pays qui était suspendu à la date du 17 juin. Dans les rues de Kinshasa, dans les terrasses de Lubumbashi, dans les salons de Goma ou les marchés de Kisangani, une même question est revenue sans cesse: «Sommes-nous prêts?». «Oui!», pouvait-on répondre après avoir tenu tête au Danemark -20ème mondial- le 3 juin. Mais l’euphorie est vite redescendue après une déconvenue le 9 juin face au Chili, 54ème au classement FIFA.
Le moment tant attendu est finalement arrivé. Ce soir, les Léopards rugissent enfin sur la scène mondiale. Face à eux, le Portugal, l’un des favoris de cette édition. Mais le vrai adversaire pour ces Léopards, c’est surtout l’histoire. A l’heure de fouler la pelouse du NRG Stadium de Houston, les hommes de Sébastien Desabre devront à coup sûr de la lourde responsabilité sur leurs épaules. Sur le terrain, ils seront 11 à représenter 100 millions de RD-Congolais. Si la qualification pour le Mondial a déjà constitué un exploit majeur, l’heure est désormais à la compétition elle-même. L’entrée en lice est souvent un moment décisif dans une phase de groupes. Un bon résultat peut lancer une dynamique, renforcer la confiance et modifier les rapports de force. À l’inverse, un faux pas oblige parfois à courir après le classement. Les Léopards en sont conscients.
Dans un groupe qui comprend également la Colombie et l’Ouzbékistan, chaque point pourrait avoir une importance capitale. Habitués des grandes compétitions internationales, les Lusitaniens possèdent certes l’expérience des grands rendez-vous et une culture de la performance forgée depuis plusieurs décennies. Mais en face, les Léopards n’ont rien à perdre, ou presque. Sur le papier, les Européens partent favoris. Mais la Coupe du monde a souvent démontré que les hiérarchies pouvaient être bousculées dès les premiers jours. En 2002, le Sénégal s’est offert le scalp de la France, alors tenante du titre. En 1990, le Cameroun de Roger Milla a surpris l’Argentine de Diego Maradona.
L’Algérie a tenu tête plus d’une fois à la grande Allemagne. Lors de cette édition, le Cap-Vert a créé la sensation en imposant un nul vierge à l’Espagne. La RD-Congo compte justement sur cette capacité à surprendre. Depuis plusieurs années, les Léopards ont construit leur progression sur la discipline tactique, l’engagement collectif et une solidarité devenue leur principale force. Ces deux dernières années, seuls le Sénégal et le Chili ont réussi à marquer deux buts dans les cages RD-congolaises. Sous la direction de Sébastien Desabre, l’équipe a véritablement retrouvé une identité claire et une stabilité qui lui ont permis de franchir les étapes les unes après les autres jusqu’à décrocher son billet pour le Mondial.
Léopards, vecteur d’unité nationale
L’effectif repose notamment sur des valeurs sûres à chaque ligne. Le tandem Chancel Mbemba – Axel Tuanzebe rassure derrière alors que Moutoussamy est devenu indéboulonnable au cœur du jeu. En attaque, l’équipe pourrait compter sur l’expérience de Cédric Bakambu. Même s’il n’a pas été très en réussite ces derniers mois, l’attaquant du Bétis a un rendez-vous personnel. Auteur de 21 buts en sélection, il se retrouve à une réalisation d’égaler Dieumerci Mbokani comme meilleur golador tricolore. Le faire lors du Mondial sera très symbolique pour l’ancien espoir français. Mais au-delà des considérations tactiques, le match RD-Congo vs Portugal revêt une dimension particulière pour l’ensemble du pays.
Depuis plusieurs jours, l’effervescence est perceptible dans les grandes villes du pays. Les drapeaux ont refait leur apparition, les maillots des Léopards se multiplient dans les rues et les débats occupent toutes les conversations. Rarement une rencontre de football aura suscité un tel enthousiasme populaire. Cette mobilisation témoigne de l’attachement des RD-Congolais à leur sélection nationale mais aussi de la portée symbolique de ce retour en Coupe du monde. Pour une grande partie de la population, il s’agit d’un moment historique qui dépasse largement le cadre du sport.
Une génération entière va découvrir pour la première fois les Léopards sur la scène mondiale. Une autre va revivre des émotions qu’elle n’avait plus connues depuis 1974. Ainsi pendant quatre-vingt-dix minutes, les Léopards auront l’occasion de montrer qu’ils ne sont pas revenus à la Coupe du monde pour participer, mais pour exister. Dans cette quête, ils pourront compter sur les ondes positives de tout un peuple. Dans le pays comme à l’étranger, les prestations des Léopards sont un moment de cohésion nationale. Le temps d’un match de foot, Pouvoir et Opposition taisent leurs divergences pour pousser le onze national à la victoire.
Un douzième homme mobilisé, malgré Ebola
Si les supporters venus du pays n’ont pu rallier les Amérique faute aux restrictions liées à Ebola, une forte présence RD-congolaise est attendue dans les tribunes houstonienes. Parmi les supporters, le onze national pourra compter sur le Président de la République, Félix Tshisekedi, arrivé le mardi 16 juin aux États-Unis. Dans la tanière, staff et joueurs sont bien conscients de cette immense responsabilité. Toutefois, indépendamment du résultat, ce 17 juin 2026 restera quoi qu’il arrive une date particulière dans l’histoire du sport RD-congolais. Une date que l’on racontera demain aux enfants. Une date qui marque officiellement le retour de la RD-Congo sur la scène de la Coupe du monde, 52 ans après l’épopée de 1974.
Pendant plus d’un demi-siècle, le Mondial a ressemblé à un rêve inaccessible pour les amoureux du football RD-congolais. Les générations se sont succédées. Les espoirs aussi. Certains sélectionneurs sont passés tout près. D’autres ont échoué avant même d’entrevoir la lumière. Mais jamais les Léopards n’étaient parvenus à franchir à nouveau la dernière marche. Jusqu’à Sébastien Desabre. Comme les Kidumu, Kakoko et Bwanga avant eux, les Mbemba, Bakambu et Elia s’apprêtent à écrire une nouvelle page de l’histoire du football national. Une page vierge. Une page qui n’appartient ni aux héros de 1974, ni aux anciennes générations, mais à ceux qui portent aujourd’hui le maillot bleu, rouge et jaune. Aujourd’hui, cette génération se présente devant son plus grand défi. Une chose est déjà certaine. La RD-Congo a retrouvé sa place parmi les grands rendez-vous du football mondial. Le jour des Léopards est enfin arrivé.

