
Les avenues Rwakadingi, Bokassa, Itaga, Kasa-Vubu, Lowa, Wangata et Commerce, dans les communes de Kinshasa, Barumbu et Gombe, retrouvent progressivement leur fluidité. Les étals de fortune ont disparu, les trottoirs sont libérés et les engins poursuivent les travaux de réhabilitation autour du Marché central de Kinshasa. Derrière cette opération d’assainissement saluée par la population, un autre débat s’impose: le coût d’accès au nouveau marché, jugé exorbitant par de nombreux commerçants. Pour obtenir une table dans le complexe moderne, les vendeurs doivent désormais débourser 420 dollars, auxquels s’ajoutent 60 dollars de loyer mensuel, contre une redevance d’une dizaine de dollars auparavant. Une hausse qui provoque une vague de mécontentement parmi les petits commerçants, déjà fragilisés par la baisse du pouvoir d’achat. Tout en reconnaissant la nécessité de mettre fin à l’occupation anarchique de la voie publique, ils demandent à l’Hôtel de ville de Kinshasa de revoir les tarifs à la baisse.
Les trottoirs sont enfin dégagés. Sur les avenues Rwakadingi, Bokassa, Itaga, Kasa-Vubu, Lowa, Wangata et Commerce, dans les communes de Kinshasa, Barumbu et Gombe, les étals de fortune ont disparu, redonnant de l’air à un centre-ville longtemps étouffé par les marchés pirates. Cette image d’une capitale en voie d’assainissement cache pourtant une autre réalité: celle de milliers de petits commerçants qui peinent à suivre le coût de la modernisation du nouveau Marché central de Kinshasa. Pour intégrer ce nouveau complexe, chaque vendeur doit désormais débourser 420 dollars pour l’acquisition d’une table, auxquels s’ajoutent 60 dollars de loyer mensuel. Un montant qui tranche avec les quelque 10 dollars déboursés auparavant et qui alimente un profond malaise parmi les commerçants.
Mardi 13 juillet, plusieurs d’entre eux ont confié à «AfricaNews» leur inquiétude face à ce qu’ils considèrent comme une réforme nécessaire, mais financièrement inaccessible. Ils demandent à l’Hôtel de ville de Kinshasa de revoir les tarifs à la baisse et dénoncent les saisies de marchandises ainsi que les opérations de déguerpissement menées par les forces de l’ordre.
Le dilemme des petits commerçants
Sur l’avenue Itaga, par exemple, les vendeurs des chaussures et des babouches qui occupaient autrefois les trottoirs ont disparu. Les boutiques en dur poursuivent leurs activités, tandis que les vendeurs ambulants tentent de sauver leur gagne-pain en transportant leurs marchandises à la main ou sur la tête, toujours prêts à fuir au moindre contrôle des agents de l’ordre. «Nous travaillons ici depuis près de dix ans. Où trouver 420 dollars pour une table? Si nous y mettons tout notre capital, avec quoi allons-nous acheter la marchandise?», s’interroge la vendeuse Kenaya Ilunga. Par ailleurs, Ruth Nzuzi salue la libération des emprises publiques et réclame des mesures contre les rabatteurs qui importunent les acheteurs dans le périmètre du marché.
Moderniser sans exclure
Lancée le 21 avril 2026 par le gouverneur Daniel Bumba Lubaki, l’opération de démolition des marchés pirates s’inscrit dans la politique de restauration de l’ordre urbain et de lutte contre l’occupation anarchique de l’espace public. Toujours en attente de son inauguration officielle, le nouveau Marché central de Kinshasa ambitionne de devenir l’un des plus importants pôles commerciaux du pays. Il comprend 11 000 étals, 500 pavillons, 630 magasins répartis sur trois niveaux, des chambres froides, un système de vidéosurveillance et des installations modernes, avec une capacité d’accueil de 80 000 vendeurs et 200 000 visiteurs par jour.
Il consiste désormais à faire de ce nouveau grand marché un espace accessible à ceux qui en constituent la véritable force: les milliers de petits commerçants. Car une modernisation qui améliore le visage de la capitale tout en fragilisant ceux qui vivent du petit commerce risque de transformer une réforme saluée en source durable de frustration. C’est à cet équilibre entre ordre urbain et inclusion économique que se jouera, en grande partie, le succès du nouveau Marché central de Kinshasa.
Deborah MATEYI
