
La politique chinoise de suppression des droits de douane pour les produits africains commence à porter ses fruits. C’est ce qu’a annoncé Liu Yuxi, ambassadeur pour les affaires de coopération Chine-Afrique, mardi 19 mai lors d’une conférence de presse au Club international de Pékin. Se félicitant de premiers résultats économiques déjà enregistrés, Liu Yuxi a qualifié cette mesure «d’historique» et «moteur durable pour un développement sino-africain de haute qualité». «L’absence de droits de douane est un atout majeur pour la coopération sino-africaine dans cette nouvelle ère», a-t-il déclaré devant un parterre de journalistes chinois et africains.
Annoncée plus tôt cette année par le président chinois Xi Jinping et entrée en vigueur le 1er mai, cette politique s’applique à 53 pays africains avec lesquels la Chine entretient des relations diplomatiques, illustrant l’importance stratégique du continent africain pour Pékin. Selon Liu Yuxi, les échanges sino-africains ont bondi de 26,8% au premier trimestre 2026 par rapport à l’an dernier, dépassant largement la croissance moyenne du commerce extérieur chinois.
En 2025, ces échanges avaient déjà atteint un niveau record d’USD 348,08 milliards. Le lancement symbolique de la mesure a vu l’arrivée au port de Shenzhen de 24 tonnes de pommes sud-africaines, suivies par des oranges égyptiennes, du gypse marocain et des granulés de bœuf nigérians. Ces produits, désormais proposés à des prix plus compétitifs, offrent aux consommateurs chinois un choix élargi tout en stimulant l’économie africaine. Liu Yuxi a également souligné les retombées de la mesure sur l’investissement et l’industrialisation en Afrique.
La suppression des droits de douane incite les entreprises chinoises à investir sur le continent, favorisant la modernisation agricole et industrielle et augmentant la valeur ajoutée des produits africains. Le marché chinois du café illustre cette dynamique: «grâce à l’exemption de droits de douane, les grains de café africains deviennent plus compétitifs, permettant aux consommateurs chinois de bénéficier de cafés de spécialité à des prix abordables. Parallèlement, la coopération sino-africaine s’étend désormais de la production à la transformation, à la torréfaction et au conditionnement, générant des emplois et renforçant les capacités locales», a-t-il expliqué.
Une coopération durable et humaine
Pour l’ambassadeur, cette politique traduit également une volonté de renforcer les liens humains entre la Chine et l’Afrique. «Les récoltes africaines se retrouvent désormais sur les tables des familles chinoises, et la demande du marché chinois stimule l’activité des chaînes de transformation africaines», a-t-il souligné. Cette dimension humaine et sociale, souvent invisible dans les rapports économiques, constitue, selon lui, le cœur de la stratégie chinoise: créer une coopération gagnant-gagnant, bénéfique pour les deux parties.
Liu Yuxi a insisté sur l’importance d’une mise en œuvre stable et prévisible de la politique, soutenue par des mesures d’accompagnement comme le «couloir vert» pour faciliter l’accès rapide des produits africains aux marchés chinois. «Il ne s’agit pas seulement d’une réduction tarifaire, mais d’un instrument global pour promouvoir l’intégration industrielle et le développement de haute qualité», a-t-il précisé.
Cette annonce intervient alors que la Chine et l’Afrique célèbrent 70 ans de relations diplomatiques, un partenariat que Pékin présente de plus en plus comme un modèle de coopération Sud-Sud et de bénéfices mutuels. Au cours de cette conférence de presse, l’ambassadeur a invité les journalistes africains et chinois à aller au-delà des statistiques pour raconter les histoires humaines derrière le renforcement des liens économiques. «Ce que le zéro tarif apporte, ce n’est pas seulement la circulation des marchandises. Cela rapproche également les peuples», a-t-il conclu.
De son côté, Yusong Chen, directeur général adjoint du Département des traités et du droit au Ministère chinois du Commerce, a rappelé que la suppression des droits de douane ne se limite pas à un avantage économique: «plus on donne, plus on reçoit; plus on partage, plus on reçoit». Il a cité des exemples concrets comme la noix de coco de Brazzaville, le thé noir du Kenya ou le vin sud-africain, désormais accessibles aux consommateurs chinois, tandis que des produits chinois innovants gagnent les marchés africains. Cette symbiose, alliant développement économique et rapprochement humain, illustre l’essence de la communauté sino-africaine de destin, résolument tournée vers l’avenir.
Olitho KAHUNGU, depuis Pékin

