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Chine: le modèle d’«auto-révolution» peut bien inspirer la RD-Congo

Des journalistes de l’Afrique francophone participant au programme du Centre international de la presse et communication de Chine -CIPCC, ont participé, le vendredi 17 juillet dernier à Pékin, à une conférence animée par Wang Kun, professeur à l’Université des langues étrangères de Beijing, autour du thème: «L’auto-révolution du Parti communiste chinois: briser le cycle historique de l’ordre et du désordre». Dans son exposé, Wang Kun a partagé l’expérience de la Chine dans la lutte contre la corruption, fondée sur la discipline institutionnelle, la supervision permanente et la responsabilisation des dirigeants. Alors que le gouvernement RD-congolais poursuit son combat acharné contre la corruption à travers l’Inspection générale des finances -IGF-, cette expérience chinoise offre des pistes de réflexion pour renforcer la gouvernance publique et accélérer la transformation économique du pays. 

La corruption est souvent décrite comme un mal silencieux qui ronge les fondations d’un État, fragilise la confiance des citoyens et ralentit la transformation économique d’un pays. En RD-Congo, où les immenses potentialités minières, agricoles et énergétiques contrastent encore avec les défis sociaux, la lutte contre ce fléau est devenue une priorité nationale. Le Président de la République, Félix-Antoine Tshisekedi Tshilombo, a placé la gouvernance vertueuse et la tolérance zéro contre la corruption au cœur de son action politique, avec notamment le renforcement du rôle de l’Inspection générale des finances -IGF. Dans cette bataille, l’expérience chinoise offre un éclairage particulier et peut inspirer.

Sans être transposable mécaniquement à la réalité RD-congolaise, elle présente, par ailleurs, plusieurs enseignements sur la manière dont un État peut organiser une lutte structurée contre les pratiques corruptives, en combinant plusieurs dispositifs notamment le contrôle institutionnel, la discipline administrative, la prévention et la responsabilisation des dirigeants. Selon le professeur Wang Kun, en Chine, la lutte contre la corruption est intégrée dans une réflexion plus large appelée «auto-révolution». Cette approche stipule qu’un système politique ou une administration ne peut rester efficace que s’il possède la capacité de se remettre constamment en question, de corriger ses propres dérives et de renforcer ses mécanismes de contrôle. En d’autres termes, le pouvoir, lorsqu’il n’est pas suffisamment encadré, peut progressivement perdre son objectif initial et devenir une source d’abus. C’est pourquoi la Chine insiste sur la nécessité de «mettre le pouvoir dans une cage de règles».

Autrement dit, soumettre l’exercice de l’autorité publique à des normes strictes et à des mécanismes permanents de surveillance. Cette philosophie repose sur plusieurs piliers, tels que la discipline interne, la supervision, la formation éthique des cadres, la transparence administrative et la sanction des comportements déviants. Ceci, pour faire en sorte que les responsables publics «n’osent pas être corrompus, ne puissent pas être corrompus et ne veuillent pas être corrompus».

En RD-Congo, la lutte contre la corruption connaît depuis plusieurs années une nouvelle dynamique avec l’action de l’Inspection générale des finances. Cette institution est devenue un instrument majeur du contrôle des finances publiques, en menant des missions d’audit, de contrôle et de dénonciation des pratiques susceptibles de porter atteinte aux intérêts de l’État. Pour le gouvernement, réduire significativement la corruption constitue une condition indispensable pour libérer le potentiel économique du pays. Premier producteur mondial de cobalt et acteur majeur du cuivre, le pays attire d’importants investissements internationaux. Mais la création d’une véritable chaîne de valeur nationale nécessite un environnement où les revenus publics sont mieux sécurisés, où les contrats sont mieux suivis et où la transparence devient une règle de fonctionnement.

De la sanction à la prévention: les leçons chinoises inspirent 

L’une des principales leçons de l’expérience chinoise réside dans le fait que la lutte anticorruption ne doit pas uniquement être une réponse aux scandales. Elle doit également agir sur les causes profondes du phénomène. Sur ce point, à en croire le Professeur Wang Kun, la Chine met l’accent sur trois dimensions complémentaires: la répression sérieuse des infractions, la prévention par l’éducation et le renforcement des institutions. Dans le pays de Xi Jinping, cette stratégie vise aussi bien les grandes affaires impliquant de hauts responsables que les pratiques quotidiennes qui affectent directement les citoyens. Ainsi, pour la RD-Congo, cette approche pourrait inspirer un renforcement des mécanismes déjà existants, basés sur la généralisation des contrôles numériques, l’exploitation des données financières, la protection des lanceurs d’alerte, l’amélioration de la traçabilité des dépenses publiques et le renforcement de la culture de responsabilité dans l’administration.

L’autre enseignement majeur concerne l’importance de l’exemplarité des dirigeants. Ici, le professeur a renseigné que dans le modèle chinois, la lutte contre la corruption commence par les responsables placés au sommet de l’appareil administratif. «L’idée défendue est qu’une institution ne peut exiger l’intégrité de ses agents si ses dirigeants ne donnent pas eux-mêmes l’exemple», a-t-il indiqué. Et d’ajouter: «la lutte contre la corruption n’est donc pas seulement une question judiciaire. Elle relève également d’une transformation culturelle de l’État. Il s’agit de faire évoluer les mentalités, de replacer l’intérêt général au centre de l’action publique et de restaurer le lien de confiance entre les institutions et les citoyens».

Le modèle chinois rappelle une réalité universelle: «les ressources naturelles ou les ambitions économiques ne suffisent pas à garantir le développement. Ce sont la qualité des institutions, la rigueur de la gestion publique et la capacité d’un État à se corriger lui-même qui déterminent durablement son avenir». De l’expérience chinoise, il découle que le véritable enjeu serait désormais de transformer la lutte anticorruption en une véritable culture nationale de gouvernance. Une culture où la transparence ne serait plus seulement une exigence politique, mais une norme permanente de l’action publique.

Olitho Kahungu

Olitho Kahungu est secrétaire de rédaction chez AfricaNews depuis 2026. Journaliste chevronné et enseignant à l'Université, il est le garant de la qualité éditoriale des contenus publiés, veillant à la cohérence, à la précision et au respect des standards journalistiques qui font la réputation du média. À travers ses reportages, ses analyses et son travail de coordination éditoriale, il contribue à promouvoir une information crédible, vérifiée et sans filtre, fidèle à la mission d'AfricaNews RDC.

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