Société

Saison sèche à Kinshasa: les marchés de friperie pris d’assaut face à la vague de froid

Pulls, bonnets et vêtements épais s’arrachent dans les marchés de Gambela et Matete, tandis que les médecins alertent sur la recrudescence des maladies respiratoires. À Kinshasa, l’installation progressive de la saison sèche bouleverse les habitudes vestimentaires et relance l’activité dans les marchés de friperie. Pulls, jaquettes, bonnets, pantalons épais, chaussettes et autres vêtements adaptés au froid figurent désormais parmi les articles les plus recherchés par les habitants de la capitale RD-congolaise. Pour mesurer cette dynamique commerciale, la rédaction d’«AfricaNews» a effectué, mardi 19 mai 2026, une descente dans les marchés de Gambela et de Matete, deux hauts lieux du commerce de friperie à Kinshasa.

Sur place, plusieurs commerçants s’activent à réorganiser leurs étalages et à renforcer leurs abris afin de protéger leurs marchandises de la poussière et de l’humidité. À Gambela notamment, l’affluence est visible. Parents et jeunes s’y rendent massivement pour acheter des vêtements chauds destinés à affronter les nuits de plus en plus fraîches. Mais derrière cette forte animation commerciale se cache une autre réalité: la hausse des prix. Certains vendeurs profiteraient de la forte demande pour revoir les tarifs à la hausse, au grand désarroi des consommateurs.

«Les vendeuses augmentent les prix alors qu’avant, ces habits étaient accessibles. Nous faisons de notre mieux pour protéger nos enfants contre les maladies liées au froid, mais les commerçantes profitent de la situation», déplore Jeannine Ambuli, rencontrée au marché de Gambela. Même constat au marché de Matete, où les commerçants espéraient une relance significative des ventes avec l’arrivée de la saison sèche.

Toutefois, plusieurs d’entre eux évoquent une baisse du pouvoir d’achat des ménages, qui freine les ventes malgré l’intérêt manifesté par les clients. «J’ai ouvert le ballot des ‘’petits bateaux’’ et des combinaisons pour enfants. C’est normalement une bonne période pour les affaires. Mais cette année, beaucoup de personnes regardent seulement sans acheter, faute d’argent», explique Émilie Samba, vendeuse de vêtements de friperie. Selon elle, les prix oscillent entre 20 000 et 25 000 FC selon les modèles et les tailles.

Les médecins mettent en garde

Du côté médical, les professionnels de santé alertent sur les risques sanitaires liés à cette période marquée par les variations climatiques. Consultant à l’hôpital Sion Mundadi’s, Daniel Mafini souligne que cette saison sèche est caractérisée par une alternance entre fortes chaleurs en journée, vents secs, fraîcheur nocturne et fines pluies matinales. «Cette instabilité climatique favorise plusieurs maladies respiratoires et infectieuses», prévient-il.

Le spécialiste cite notamment le rhume, la grippe, la bronchite, les crises d’asthme, la pneumonie ainsi que plusieurs affections ORL telles que la sinusite, la rhinopharyngite, l’angine ou encore l’otite. Paradoxalement, malgré la sécheresse, certaines maladies hydriques persistent également dans plusieurs communes de Kinshasa.

Face à cette situation, Daniel Mafini recommande plusieurs mesures préventives: le lavage régulier des mains, le port du masque dans les milieux exposés à la poussière, le nettoyage fréquent des habitations et des lieux publics, ainsi qu’une bonne hydratation. Il insiste également sur l’importance d’éviter les aliments exposés à l’air libre, de consommer davantage de fruits et de consulter rapidement un centre de santé en cas de fièvre, de frissons ou de rhinorrhée.

Le médecin met enfin en garde contre l’automédication, particulièrement l’usage abusif des antibiotiques, et rappelle la nécessité de respecter le calendrier vaccinal des enfants. Rappelons que la saison sèche s’étend généralement de mai à août dans l’Ouest de la RD-Congo, notamment à Kinshasa. Toutefois, les pluies intermittentes observées ces dernières semaines traduisent des perturbations climatiques que certains qualifient localement de «saison sèche femelle».

Deborah MATEYI

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