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Stabilité de façade au détriment de la légitimité démocratique, Muyej interpelle Washington et Kinshasa

Richard Muyej brise l’omerta. Ancien gouverneur du Lualaba, ministre de l’Intérieur sous Kabila, cadre du PPRD aujourd’hui actif dans l’opposition mais officiellement interdit d’activité, il vit en exil en Afrique du Sud. Mardi sur X, il a publié une tribune au vitriol. Titre: «La RDC face à son destin: l’impératif de vérité contre le règne du simulacre». Le texte est un réquisitoire. Contre le mensonge d’État. Contre la gouvernance de prédation. Contre la complicité des puissances. Et contre le silence qui tue. La scène politique congolaise se dégrade, acte après acte. Et la voix qui claque cette fois vient de l’intérieur du système. Ou plutôt, de ses marges interdites. Richard Muyej Mangez Mans connaît la machine. Il l’a servie. Il l’a vue tourner. Aujourd’hui, il la dénonce.

Sa tribune est un pavé dans la mare. Pas de périphrases. Pas de diplomatie. Le constat est clinique: «Lorsque la gouvernance se confond avec une entreprise de ruse et de mensonge, c’est l’avenir même de la nation qui se trouve compromis». La dissimulation, dit-il, s’est enracinée au sommet. La propagande a remplacé la politique. L’esquive tient lieu de stratégie. Résultat: le pouvoir se dénature, l’éducation se fragilise, les piliers moraux s’ébranlent.

Muyej vise juste. Et fort. Il démonte la «dramatisation» des sanctions américaines contre Joseph Kabila. Une mise en scène, accuse-t-il. Un schéma préétabli. Du lobbying orchestré. Il interroge: les États-Unis renient-ils leurs propres valeurs? Il pointe du doigt Kinshasa, qui instrumentaliserait l’accord minier avec Washington pour «légitimer une révision constitutionnelle». Clause tacite ou excès de zèle? La question claque comme une gifle: «Quid de la souveraineté nationale?»

Le tableau qu’il dresse est celui d’une «crise systémique». Légitimité contestée. Insécurité généralisée. Prédation des ressources. Corruption institutionnalisée. Tribalisation. Paupérisation. «La déliquescence programmée des forces de défense et de sécurité». La manipulation de la jeunesse. Les libertés bafouées. Pour Muyej, tout converge vers un seul objectif: «une dérive autoritaire visant la confiscation pérenne du pouvoir par la force». Et son Katanga natal, dit-il, «est érigé en martyr par un pouvoir qui semble avoir fait de l’oppression et de la prédation son principal mode de gouvernance». L’ancien ministre ne ménage pas les puissances occidentales. Il dénonce leurs «logiques néocoloniales d’accaparement». Leur obsession d’une «stabilité de façade» au détriment de la «légitimité démocratique». Il lance, provocateur: «Le Trésor américain serait-il tombé dans le piège du Trésor public congolais

Mais Muyej ne se contente pas de fustiger. Il appelle. Il exhorte. Les pères spirituels à «persévérer dans leur mission salvatrice». Les leaders de l’opposition à répondre aux «cris de détresse» des provinces. Il invoque «l’élan patriotique» contre la culture du mensonge. Il refuse qu’un peuple «affaibli par la misère et la psychose sécuritaire» devienne «une masse de figurants passifs». Son crédo: «Empêcher notre peuple de succomber au piège de la division». Son impératif: l’unité. Cette tribune n’est pas un simple billet d’humeur d’un exilé amer. C’est un acte politique. Le témoignage d’un cadre du PPRD, parti de Kabila, aujourd’hui muselé mais toujours actif, qui a choisi «la vérité contre la culture du mensonge». Au moment où le pays s’enfonce dans le simulacre, où l’éthique est à géométrie variable, où les institutions se vident de leur sens, la parole de Muyej résonne comme un avertissement. La RDC est à la croisée des chemins. Entre le règne du mensonge et l’impératif de vérité. Entre la prédation et la souveraineté. Entre le silence et le sursaut. Muyej a choisi son camp. Ci-dessous, l’intégralité la tribune de Muyej. 


La RDC face à son destin: l’impératif de vérité contre le règne du simulacre

Le destin de la République démocratique du Congo se joue aujourd’hui sur une ligne de crête. Lorsque la gouvernance se confond avec une entreprise de ruse et de mensonge, c’est l’avenir même de la nation qui se trouve compromis. La culture de la dissimulation au sommet de l’État s’enracine chaque jour davantage, privilégiant une propagande orchestrée par une communication omniprésente au détriment de la vérité. Cette stratégie de l’esquive, bien que séduisante à court terme, s’avère délétère; elle dénature l’exercice du pouvoir, fragilise les fondements de l’éducation et ébranle les piliers moraux de la nation. L’exigence de vérité s’impose pourtant comme une nécessité absolue. Si la vérité affranchit et garantit l’évolution harmonieuse des générations, le mensonge, lui, n’exerce qu’une séduction trompeuse. En créant l’illusion du succès, il agit comme un poison insidieux qui érode l’intellect et finit par asservir l’homme.

Pire encore, lorsqu’il est orchestré pour anéantir l’adversaire et nourrir des fantasmes de toute-puissance, ce mensonge devient un fléau social. Une telle dérive comporte un danger mortel pour la cohésion et l’avenir de notre société. La dramatisation de la sanction infligée par le Trésor américain à l’ancien président de la RDC et sénateur à vie Joseph Kabila s’apparente à une véritable mise en scène. En effet, les griefs détaillés dans les motivations de la décision américaine ne corroborent pas la gravité excessive qui transparaît dans les discours officiels des autorités congolaises. Tout porte à croire que ce processus s’inscrit dans un schéma préétabli, dicté par des actions de lobbying orchestrées pour servir une cause politique précise.

La proposition de loi visant l’élargissement des sanctions américaines à l’encontre des individus et des entités qui poseraient des actes de nature à fragiliser les accords de Washington, introduite par le représentant démocrate du Maryland, Johnny Olszewski, constitue vraisemblablement la cerise sur le gâteau. Ces nouvelles mesures donneraient sûrement le prétexte de sabler à nouveau le champagne dans l’espace huppé de la capitale de l’un des pays pauvres d’Afrique. Assiste-t-on à un reniement, par les États-Unis, des principes universels et des valeurs démocratiques qu’ils prétendent pourtant incarner?

Le pouvoir de Kinshasa instrumentalise désormais l’accord minier conclu avec Washington pour légitimer une révision constitutionnelle: s’agit-il d’une clause tacite du compromis ou d’un excès de zèle de la part du partenaire congolais?

Quid de la souveraineté nationale?

Le leadership de l’administration Trump privilégie une gestion prédatrice des ressources dans les régions vulnérables, au détriment des normes éthiques internationales. Ce basculement favorise l’institutionnalisation de pratiques assimilées au gangstérisme politique chez ses alliés. Washington semble occulter une réalité contemporaine majeure: le peuple congolais et ses élites sont désormais les seuls garants de leurs intérêts nationaux. L’époque des rapports de force unilatéraux et de la subordination des civilisations appartient désormais au passé. Le Congo refuse désormais de subir le diktat de l’étranger, lequel profite des errements d’une classe dirigeante volontairement déconnectée des véritables aspirations de son peuple.

Une crise systémique et une gouvernance de prédation

Le contexte actuel se définit par une crise systémique profonde, née d’une contestation documentée de la légitimité du régime en place. Cette instabilité est exacerbée par une insécurité généralisée et une gouvernance qui, au mépris des valeurs républicaines, s’adonne à une prédation systématique des ressources. Entre pilotage à vue et corruption institutionnalisée, le tissu social se déchire sous l’effet d’une tribalisation accrue et d’une paupérisation croissante de la population.

La déliquescence programmée des forces de défense et de sécurité, couplée à la manipulation de la jeunesse et aux violations répétées des libertés fondamentales, dessine une stratégie limpide: celle d’une dérive autoritaire visant la confiscation pérenne du pouvoir par la force.

Ma province, le Katanga, est érigée en martyr par un pouvoir qui semble avoir fait de l’oppression et de la prédation son principal mode de gouvernance à notre égard. Face à ce tableau sombre, il est illusoire d’espérer qu’une allocution politique, si solennelle soit-elle, suffise à effacer les ravages de l’aveuglement. Prononcé devant une élite fanatisée, dont le discernement est corrodé par les dividendes de la prédation, un tel discours n’est qu’un simulacre.

Pourtant, cette mise en scène semble encore séduire certaines puissances occidentales qui, obsédées par des logiques néocoloniales d’accaparement des terres de ce vieux continent, préfèrent une stabilité de façade à la légitimité démocratique. Le Trésor américain serait-il tombé dans le piège du Trésor public congolais?

Souveraineté et partenariat: le choix de la transparence

En toute logique, aucun esprit sensé ne saurait s’opposer au principe de partenariat comme levier de développement. L’histoire récente démontre d’ailleurs que le pays a su revitaliser son industrie minière en mobilisant des capitaux frais auprès de partenaires éligibles, faisant ainsi renaître ce secteur vital des cendres de la Gécamines.

L’urgence actuelle consiste désormais à élever le niveau des négociations pour garantir une transparence sans faille, condition sine qua non de notre souveraineté nationale. À l’inverse, le choix délibéré de l’opacité trahit la fragilité d’un système aux abois; une telle dérive est proprement suicidaire pour la République. Dans notre pays, la révision des contrats miniers est une pratique déjà établie dans la gouvernance de ce secteur.

L’appel au réveil et au devoir sacré

Mon élan patriotique m’impose de choisir la vérité contre la culture du mensonge. En instaurant un climat de division, le régime tente de transformer une population affaiblie par la misère et la psychose sécuritaire en une masse de figurants passifs.

Je reste convaincu, toutefois, que la frustration porte en elle les germes d’un réveil collectif. Cette tyrannie touche à ses limites, et les signes de son essoufflement sont désormais perceptibles; le pouvoir s’égare aujourd’hui dans des attaques ignobles contre les dignes serviteurs de Dieu, multipliant les manœuvres sordides pour fracturer l’unité de l’Église. En entraînant certains pasteurs des Églises dans la dérive du mépris de l’autre et de la haine tribale, le régime souille ce que la nation a de plus sacré. Nos pères spirituels, hérauts de la paix, doivent persévérer dans leur mission salvatrice et opposer une indifférence souveraine aux tentatives d’intimidation.

Aux leaders de l’opposition, dans toute leur diversité: les cris de détresse de nos provinces sont l’appel d’un peuple qui vous tend la main. Il sollicite un élan de solidarité collective pour briser ce vent dévastateur et reprendre l’initiative d’un nouveau départ. Empêcher notre peuple de succomber au piège de la division, le rassembler et le mobiliser vers un sursaut salvateur pour sauvegarder notre destin commun, tel est le devoir sacré qui s’impose à nous tous, militants de la justice et de la dignité humaine.

Face aux défis qui nous attendent, l’unité n’est plus une option, mais un impératif moral.

Richard MUYEJ MANGEZ MANS

Gouverneur honoraire du Lualaba

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