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Katumbi relance la mobilisation contre toute tentative de révision de la Constitution

Comme en 2015, l’opposant Moïse Katumbi Chapwe relance la mobilisation contre toute tentative de modification de la Constitution. Dans un spot relayé par des posts publiés sur X en anglais et en français, l’ancien gouverneur et chef de file de l’opposition institutionnelle appelle les Congolais à la vigilance et à la résistance face à ce qu’il présente comme des manœuvres visant à «contourner, voire à défaire» la loi fondamentale pour se maintenir au pouvoir. Katumbi ancre son intervention dans une rhétorique de devoir républicain. «En accédant au pouvoir, on prête serment de respecter la Constitution. À l’approche de la fin, certains cherchent à la contourner», écrit‑il, rappelant les mobilisations de 2015 qui avaient marqué le pays.

Il cite explicitement l’article 64 de la Constitution, qu’il interprète comme conférant non seulement le droit mais le devoir à chaque Congolais de s’opposer à toute prise ou exercice du pouvoir en violation de la loi fondamentale: «Je l’exerce. Je l’assume». L’homme politique met aussi en avant un registre moral et civique: «Il y a un temps pour servir le peuple, et un temps pour lui rendre le pouvoir qu’il vous a confié», affirme‑t‑il, avant d’ajouter avec force que «s’en prendre à la Constitution, c’est s’en prendre au peuple. Et le peuple congolais ne se laissera pas faire».

Par ces formules, Katumbi cherche à fédérer autour d’un message clair: la défense de la règle de droit comme condition de la légitimité politique.

Dans ce contexte de forte préoccupation sécuritaire, Katumbi semble vouloir étendre sa démarche en établissant des passerelles avec l’Église catholique, institution qui s’est déjà montrée réticente à toute modification constitutionnelle susceptible d’accroître l’instabilité. L’Église, par sa présence nationale dense -diocèses, paroisses, écoles et centres de santé- et par la crédibilité morale de nombreux évêques, peut jouer un rôle central dans la mobilisation citoyenne: en portant un discours de prudence et de protection des droits, en diffusant des messages pastoraux appelant au calme et à la vigilance, et en animant des espaces de concertation locale où se conjuguent sensibilisation juridique et prévention des violences.

Une coordination prudente entre leaders politiques, la hiérarchie catholique et les organisations de la société civile pourrait ainsi permettre d’organiser des actions non violentes, des campagnes d’information juridique et des veilles citoyennes sur l’ensemble du territoire. Mais cette capacité de fédération est doublement contrainte par le contexte.

D’une part, l’Église elle‑même, consciente des risques sécuritaires, peut privilégier la médiation et la dénonciation morale plutôt que la confrontation frontale, afin de préserver ses fidèles et ses structures.

D’autre part, un alignement trop visible entre acteurs politiques et religieux expose l’Église à des accusations de politisation, que le pouvoir pourrait instrumentaliser pour la discréditer ou fracturer l’unité de l’opposition. Pour être efficace et crédible, une telle coalition devra donc assumer une division des rôles: l’Église offrant une parole morale et un réseau de sensibilisation, tandis que les acteurs politiques et les juristes mènent la bataille politique et judiciaire, en veillant à préserver la nature non‑confessionnelle des actions citoyennes et à limiter les risques d’escalade dans un contexte déjà fragile.

Le défi de reconstituer l’unité de 2015

Entre 2015 et 2017, le camp opposé à la révision avait triomphé parce qu’il avait fait bloc: Église, société civile, mouvements citoyens et une grande constellation de figures et partis politiques. Il y avait dans la légion comme structures CENCO, Lucha, Filimbi, des fers de lance dans la branche société civile; UDPS, Ensemble pour la République, Ecide, UNC et MLC comme machines politiques; ainsi que des rouleaux compresseurs humains comme Katumbi, Félix Tshisekedi, Martin Fayulu, Vital Kamerhe, Jean-Pierre Bemba, Kyungu wa Kumwanza ou Franck Diongo.

Aujourd’hui, certains ténors et certaines écuries se trouvent dans le camp du pouvoir. Cette évolution complique la tâche de ceux qui veulent reproduire l’unité de 2015. Reconstruire une coalition aussi large exigera des efforts de rapprochement, la capacité à convaincre des acteurs retenus par des intérêts divergents, et la mise en avant d’objectifs communs suffisamment consensuels -la préservation de la Constitution et la prévention d’une escalade sécuritaire- pour rassembler la société civile, l’Église et des forces politiques parfois dissemblables. Par ailleurs, la recomposition du paysage politique crée un enjeu stratégique: il faut éviter tant la fragmentation que la radicalisation, en privilégiant des formes d’action non violentes, un message inclusif et des mécanismes de coordination souples qui respectent la diversité des acteurs engagés.

Natine K.

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