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Etienne Tshisekedi: sa fiche biographique et sa lutte démocratique

Le baobab est tombé au moment où le pays avait encore besoin de lui. Cependant, le lider maximo lègue au peuple RD-congolais le courage de dire non à toute sorte de dictature et de savoir revendiquer ses droits
Etienne Tshisekedi Wa Mulumba, président national de l’Union pour la démocratie et le progrès social -UDPS- et président du Comite des sages du Rassemblement des forces politiques et sociales acquises au changement, à tiré sa révérence le mercredi 1er février 2017 dans un hôpital à Bruxelles. La nouvelle de sa mort a fait l’effet d’une bombe en RD-Congo. Dans la capitale Kinshasa, les gens n’ont pas cru à cette nouvelle. Peu à peu, les faits étant têtus, les Kinois se sont rendus compte que celui qu’ils appelaient affectueusement «Ya Tshitshi» n’est plus. Dieu l’a rappelé auprès de lui. Des pleurs ont gagné tout le territoire national. En grosso modo, de 1979 à 1999, sa vie est faite d’arrestations, de tortures de brimades, de pressions, de bannissements, de relégations et de résidences surveillées. Il a partagé ce sort avec son épouse, ses enfants ainsi que plusieurs de ses amis politiques. Qui était Etienne Tshisekedi? Nous présentons ci-dessous sa fiche biographique et son combat pacifique pour l’avènement de la démocratie.

Etienne Tshisekedi Wa Mulumba est né à Luluabourg, actuel Kananga, chef-lieu du Kasaï-Central, le 14 décembre 1932. Son père s’appelait Alexis Mulumba et sa mère Agnès Kabena Mwauka, tous deux décédés. Il est marié à Marthe Kasalu. Et leur union conjugale a donné plusieurs enfants. Il est originaire du territoire de Kabeya Kamwanga, province du Kasaï Oriental, en RD-Congo. Le défunt a fait ses études primaires à la Mission catholique des Pères de Scheut à Kabuluanda, toujours dans l’ex-province du Kasaï-Occidental, au centre du pays et ses humanités Gréco-Latines au Collège Saint Jean-Berchmans de Kamponde dans la même province de 1948 à 1955. Il a entamé son parcours universitaire à la Faculté de Droit de l’Université Lovanium de Léopoldville, actuelle Université de Kinshasa -UNIKIN. Il fut le premier RD-Congolais à obtenir, en 1961, le diplôme de Docteur en Droit.
Ses premiers pas dans la vie publique de 1958 à 1978
Encore étudiant à la Faculté de Droit, Tshisekedi s’est vu promu conseiller au Mouvement national congolais -MNC-, parti politique dirigé par Patrice Emery Lumumba entre 1958 -1959. De septembre 1960 à février 1961, il est nommé Commissaire général adjoint à la Justice dans le Collège des Commissaires généraux, un gouvernement de technocrates mis en place, après le départ massif et brusque des Belges et après le Coup d’Etat militaire du 14 septembre 1960 de Mobutu, en vue d’assurer le fonctionnement normal de l’appareil de l’Etat, en attendant que les hommes politiques s’entendent. Une année après, soit de 1961 à 1965, il est nommé Recteur de l’Ecole nationale de Droit et d’Administration -ENDA. Pendant ce temps en 1964, il est Commissaire aux comptes à la Banque nationale du Congo.
Entre 1965 à 1968, il est élu député national pour le compte de PANACO/CONACO dans la circonscription électorale de Kabinda au Kasaï Oriental et ministre de l’Intérieur. Le 24 juin 1967, le Président Mobutu a promulgué la Constitution de la IIème République, dont l’article 4 stipulait qu’il ne peut y avoir plus de deux partis politiques en RD-Congo. Tshisekedi est alors promu ministre de la Justice de mai 1968 à février 1969 et de février à septembre 1969, ministre d’Etat chargé du Plan, de la recherche scientifique, de l’aménagement du territoire et de la coordination de la planification.
A cette époque, suite aux sérieuses divergences d’options politiques quand Mobutu a amorcé un revirement vers un monolithisme politique et a fait preuve d’intolérance face aux manifestations pacifiques des citoyens en ordonnant notamment le massacre des étudiants de Lovanium, le 4 juin 1969, Tshisekedi fut définitivement écarté du gouvernement et sera alors nommé: ambassadeur au Maroc de septembre 1969 à février 1971. Il sera successivement élu député national dans la circonscription électorale de Kabinda au Kasaï-Oriental, 2ème puis 1er vice-président de l’Assemblée nationale et membre du Conseil d’administration de l’Université nationale du Zaïre -UNAZA entre 1971 à 1974.
Ce n’est pas tout. Il est encore réélu député national, puis président du Conseil d’administration de la compagnie Air-Zaïre entre septembre 1977 à décembre 1980. De 1965 à 1980, Tshisekedi est élu, puis réélu plusieurs fois président de la section zaïroise de l’Association internationale des parlementaires de langue française -AIPLF. A ce titre, il a pris part à plusieurs conférences internationales et effectué plusieurs voyages à travers le monde, notamment Europe, USA, Canada. Japon, Corée. Chine et dans d’autres pays africains.
Son calvaire pour la lutte pacifique de la démocratie
En grosso modo, de 1979 à 1999, sa vie est faite d’arrestations, de tortures de brimades, de pressions, de bannissements, de relégations et de résidences surveillées. Il a partagé ce sort avec son épouse, ses enfants ainsi que plusieurs de ses amis politiques. En juillet 1979, il est cosignataire de la lettre au Président Mobutu, dénonçant les violations des Droits de l’homme à l’occasion des massacres de Katekelay au Kasaï-Oriental, puis en décembre 1980, cosignataire de la lettre ouverte au Président de la République, lettre signée par les 13 parlementaires et pour laquelle ses amis et lui-même seront arrêtés, déchus de leurs mandats parlementaires et jetés en prison. Tshisekedi est emprisonné à Kisangani d’abord dans la Province Orientale, ensuite à Kabeya Kamwanga dans la province du Kasaï-Oriental.
Création de l’UDPS
Le 15 février 1982, c’est la création de l’Union pour la démocratie et le progrès social -UDPS-, parti politique dont il est un des fondateurs et président national lors de sa mort. S’en est suivi l’arrestation des fondateurs de l’UDPS. Condamnation à 15 ans de prison ferme. Tshisekedi est envoyé dans la prison de Belingo, territoire d’Oshwe, province de Bandundu. Il est libéré en 1983 et relégué en novembre de cette même année dans mon village d’origine Mupompa en compagnie de son épouse et ses enfants. Le calvaire n’en finit pas là.
En 1985, il y a un incendie criminel de son village. Il est alors relégué dans le territoire d’lsangi, dans la Province Orientale. Après être sa libération en fin février 1985, il est encore arrêté en octobre 1985 et condamné à 18 mois de prison ferme à Makala dans la ville de Kinshasa pour outrage au Chef de l’Etat. Sa libération en février 1986 ne durera pas longtemps car il sera également arrêté en juin 1986 et relégué pour la énième fois dans son village d’origine de Mopompa au Kasaï-Oriental. Dès sa libération 1987, il entame une tournée d’information politique en Europe, aux Etats-Unis d’Amérique et au Canada. A son retour de ce périple, il est brutalement interpellé et molesté à l’Aéroport international de N’Djili, son seul crime est d’avoir porté la cravate au cou.
Le 17 janvier 1988, il est arrêté et détenu à la Prison centrale de Makala pour avoir organisé et animé un meeting au Pont Kasa-Vubu dans la ville de Kinshasa en commémoration du 27ème anniversaire de l’assassinat du premier Premier ministre RD-congolais Patrice Emery Lumumba. Trois mois après, soit le 11 mars 1988, il est libéré pour subir encore, le 08 avril 1988, une relégation à Dungu d’abord, puis à Monga, dans la Province Orientale, où il s’est retrouvé, pendant 5 mois, totalement coupé du monde avant d’être libéré le 22 septembre 1988. Le 1er mars 1989, Tshiskedi est placé en résidence surveillée à son domicile pendant près de 14 mois, privé du droit de recevoir toute visite et de sortir de sa résidence.
A sa libération le 24 avril 1990, intervient la création du Directoire national de l’UDPS, à savoir une présidence collégiale composée de quatre personnalités dont il sera un des membres. A cette occasion, du 18 novembre 1990 au 24 février 1991, il effectue une nouvelle tournée d’information politique aux Etats-Unis d’Amérique, au Canada et en Europe Occidentale. Il est reçu au Département d’Etat américain et dans plusieurs milieux politiques ainsi qu’auprès des organisations de la défense des Droits de l’homme.
Elu Premier ministre par la CNS avec 72%
Le 24 mars 1991, il retourne à Kinshasa en RD-Congo et est accueilli par près de 2 millions de compatriotes en liesse. Cette popularité lui a valu, le 22 juillet1991, une nomination, sans être consulté par le Président Mobutu, en qualité de Premier ministre. Il a décliné cette nomination à la grande satisfaction du peuple. Sur cette lancée, le 30 septembre 1991, il est désigné Premier ministre par consensus unanime des représentants de la classe politique réunis au Palais de Marbre -résidence de Mobutu, lequel présidait cette réunion. Malheureusement, le gouvernement d’union nationale et de salut public qu’il venait ainsi de constituer a été empêché de fonctionner normalement par Mobutu dès la première semaine de ses activités.
Elu Premier ministre chef du gouvernement par la Conférence nationale souveraine avec 72% des suffrages exprimés aux bulletins secrets le 15 août 1992, Tshisekedi n’a pas pu une fois de plus diriger car le gouvernement qu’il venait de constituer avait été mis par Mobutu dans l’impossibilité de fonctionner après 3 mois de gestion transparente du pays. Il est à mentionner que Tshisekedi avait buffer une mention de la Constitution de la transition comme il ne voulait pas prêter serment en déclarant que Mobutu était le garant de la nation.
Le 04 septembre 1993, il est investi en qualité de chef de toute l’Opposition démocratique interne notamment toutes les forces politiques et sociales acquises au changement démocratique dans une bipolarisation de la vie politique nationale. En 1994, il est présenté officiellement et régulièrement en qualité de Premier ministre, conformément aux dispositions de l’Acte constitutionnel de la transition -Art. 78- par la famille politique à laquelle n’appartenait pas le Chef de l’Etat Mobutu c’est-à-dire par l’Union sacrée de l’Opposition radicale et alliés -USOR et alliés. Et le refus du Président Mobutu de respecter l’Acte constitutionnel qu’il avait lui-même promulgué ouvre la voie à une grande crise politique qui allait être exploitée par une Opposition armée dont Laurent Désiré Kabila était le porte-parole en 1996-1997.
C’est dans ce climat que du 6 janvier au 26 février 1996, tous les partis politiques de l’Opposition à Mobutu et toutes les associations civiles acquises au changement tiennent leur congrès appelé Etats généraux de l’Opposition -EGO- pour dresser le bilan de leur lutte, redéfinir leurs objectifs et leurs stratégies ainsi que les structures nouvelles appelées à les animer dans cette nouvelle phase de combat. A l’unanimité de tous les participants, Tshisekedi est reconfirmé dans ses fonctions et rôle de chef de file et de chef de la famille politique opposée à celle de la mouvance présidentielle de Mobutu.
Le 03 avril 1997, intervient sa réhabilitation en qualité de Premier ministre par le Parlement de transition -HCR-PT. Le Président Mobutu souscrit formellement à cette réhabilitation, contraint par la tournure politique des événements. En effet, la rébellion armée, soutenue par le peuple, accumulait succès et victoires sur les forces mobutistes. Interrogé par les médias occidentaux sur Laurent Désiré Kabila, Tshisekedi avait déclaré qu’il était fils du pays et que le peuple devait l’accueillir.
On doit aussi la victoire de Kabila père à l’appel lancé par Tshiskedi de l’accueillir car étant fils du pays. Ce qui justifie le fait que partout où M’zee est passé, il mettait les membres de l’UDPS dans les affaires notamment dans les gouvernements provinciaux où ils furent voté par acclamation comme gouverneurs de province. Le 06 avril 1997, Tshisekedi réhabilite toutes les institutions politiques issues de la Conférence nationale souveraine -CNS-, à savoir: le Président de la République, le Haut-Conseil de la République, le gouvernement de salut public et les Cours et Tribunaux. Malheureusement, le 09 avril 1997, Mobutu utilise les forces armées pour l’empêcher de rejoindre son bureau de travail à la Primature et de travailler.
Tshisekedi met à la disposition de Kabila 4 juristes de l’Opposition
Comme la rébellion de Kabila avançait sur Kinshasa, le 16 avril 1997, le dictateur Mobutu prend la fuite vers un exil sans retour au Maroc où il est mort. Sa dépouille n’a jamais été rapatriée à Kinshasa. Et le 17 mai 1997, la rébellion armée, soutenue militairement et massivement par des troupes étrangères du Rwanda, de l’Ouganda et de l’Angola entre à Kinshasa dans un enthousiasme populaire indescriptible. Laurent Désiré Kabila s’auto-proclame Chef de l’Etat à partir de son poste d’opérations militaires de Lubumbashi, au Katanga.
Le pays Zaïre redevient République démocratique du Congo et l’hymne national «Débout Congolais» est réintroduit. Tshisekedi a mis à la disposition de Laurent Désiré Kabila 4 juristes de l’Opposition démocratique interne pour l’aider à mettre sur pied un cadre juridique consensuel qui proclame et protège les Droits de l’homme, les libertés fondamentales et une gestion transparente tel que voulu par le peuple à la Conférence nationale souveraine. C’est ce cadre qui devait régir le pays réconcilié jusqu’à la tenue des élections voulues libres démocratiques et transparentes. Des contacts politiques au niveau d’experts sont engagés en ce sens. Curieusement, le 26 juin 1997, un groupe de militaires arrêteront Tshisekedi vers minuit, le brutaliseront et le séquestreront à la résidence du Commandant Masasu, alors Conseiller spécial de M’zee Kabila et le libère un jour après, soit le 27 juin 1997 à la suite de pressions au niveau national et international.
Le leader de l’UDPS relégué dans son village d’origine
Le 12 février 1998, une équipe de militaires l’arrêteront encore la nuit, le brutaliseront et le conduiront dans les cachots secrets de la Police politique de M’zee Kabila et le 13 février 1998. Il est relégué dans son village d’origine de Kabeya-Kamwanga au Kasaï-Oriental et mis en résidence surveillée comme à l’époque de Mobutu. De là, Tshisekedi avait rencontré M’zee Kabila au Katanga en secret et personne ne connait jusqu’à présent ce qu’ils se sont dit.
Le 01 juillet 1998, il est libéré et retourné par la police politique de Kabila à sa résidence de Kinshasa dans le plus grand secret. Pau avant sa libération, Tshisekedi avait accordé une interview au journal «Umoja» dans laquelle il affirmait que personne ne peut imposer au peuple de consommer une nouvelle monnaie même si on l’appelle Kadogo. Son retour à Kinshasa serait motivé par le lancement du Franc congolais dont on craignait de subir le sort du nouveau Zaïre qui a été rejeté dans les deux Kasaï au profit de l’ancien Zaïre à la demande de Tshisekedi. Pendant cette période de tension politique éclatera alors le 02 août 1998, la deuxième guerre civile dirigée contre le régime de Kabila et, comme en 1996, activement et massivement soutenue par les forces armées étrangères du Rwanda, Burundi, Ouganda, tandis que Kabila recevait l’appui actif et massif de l’Angola, du Zimbabwe, de la Namibie, du Soudan.
Un plan de paix concret initié
Le 23 août 1998, dans un appel solennel, pathétique et patriotique, Tshisekedi invite toutes les parties belligérantes à arrêter la guerre et à privilégier la recherche d’une solution politique et diplomatique négociée à la crise RD-congolaise.
C’est ainsi que le 04 septembre 1998, dans mon mémorandum adressé à la Communauté internationale -ONU, UE, OUA-, au Président Kabila et aux pays voisins, Tshisekedi explique que l’origine de cette deuxième guerre civile résidait dans le manque de démocratie et dans la mauvaise gouvernance du pays par le régime Kabila; et que la solution ne pouvait être que politique et diplomatique, issue de négociations politiques entre les représentants du pouvoir de Kinshasa, de l’Opposition armée et de l’Opposition interne.
Il propose un plan de paix concret en ce sens. Le 10 juillet 1999, un accord de paix est signé à Lusaka entre toutes les parties en conflit. Une solution politique et diplomatique négociée est préconisée comme seul schéma incontournable pour ramener la paix et bâtir un nouvel ordre politique en RD-Congo. Le 22 juillet 1999, Tshisekedi rend publique, au nom de toutes les forces politiques et sociales acquises au changement démocratique, une déclaration politique par laquelle il acceptait formellement l’Accord de paix de Lusaka ainsi que la facilitation du Père Mateo de la Communauté Catholique Sant Egidio de Rome en Italie.
Tshisekedi boycotte le référendum de 2005
Le 16 janvier 2001, M’zee est assassiné à Kinshasa et Joseph Kabila lui succède comme Président de la République. Tshisekedi participe au dialogue de Sun City en Afrique du Sud ayant produit un accord global et inclusif qui a abouti à la mise en place d’un gouvernement 1+4. Lui-même refuse avec l’UDPS de participer à ce gouvernement. Il boycotte également le référendum de 2005 ainsi que les élections de 2006 dénonçant le fait que les Occidentaux ont leur candidat en poche. Kabila remporte ces élections.
En 2011, Tshisekedi se présente à la présidentielle. A la proclamation des résultats, il rejette la victoire de Joseph Kabila et se déclare vainqueur en s’autoproclamant Président élu et prête serment chez-lui à la maison à Limete. Jusqu’à sa mort, il était président du Comité des sages du Rassemblement. Il rend l’âme avant que l’Accord du 31 décembre pour lequel il a milité et dans lequel les fonctions du président du Conseil national de suivi de l’accord lui étaient attribuées n’est pas encore entrée en vigueur. Il reste le père de la démocratie RD-congolaise. Que son âme repose en paix.
Octave MUKENDI

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