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RDC: Ted Beleshayi, une autre figure pour la régulation de la sous-traitance

Une nouvelle page s’ouvre à l’Autorité de régulation de la sous-traitance dans le secteur privé -ARSP. Mercredi 3 juin, le Président Félix Tshisekedi a décidé de tourner une page qui aura duré trois ans et demi, sous la direction de Miguel Kashal Katemb. Son remplaçant, Juan Ted Beleshayi Kasanda, arrive à un moment charnière. Huit ans après sa création en mai 2018, cet établissement public à caractère administratif est devenu l’un des principaux leviers de promotion du contenu local, de l’entrepreneuriat RD-congolais et de la redistribution des opportunités économiques au profit des entreprises nationales. Peu connu du grand public jusqu’à sa nomination, Ted Beleshayi s’est construit une réputation dans les milieux de la gouvernance, du management public et de la formation des élites administratives.

Expert-comptable agréé et spécialiste en macroéconomie monétaire, le nouveau Directeur général de l’ARSP est diplômé de l’Université de Kisangani. Son parcours d’auditeur financier s’est forgé au sein du prestigieux cabinet international KPMG, puis à l’Inspection générale des finances -IGF-, développant une solide expertise en contrôle de gestion, régulation économique et structuration des entreprises. En passant de l’ombre des chiffres à la lumière du pouvoir économique, Beleshayi aura pour mission stratégique de propulser l’émergence de la classe moyenne en RD-Congo. Plusieurs observateurs le présentent comme un spécialiste des questions de gouvernance et de gestion publique, doté d’une expérience dans l’accompagnement institutionnel et le développement organisationnel. En prenant les commandes de l’ARSP, Ted Beleshayi hérite d’un outil devenu central dans la vision présidentielle de promotion de la classe moyenne RD-congolaise à travers la sous-traitance et le contenu local.

Le «tshisekedisme» comme repère

Pour réussir sa mission, Beleshayi pourrait s’appuyer sur les valeurs héritées d’Étienne Tshisekedi, qu’il présente comme son mentor et modèle. Son admiration pour le Sphinx de Limete remonte à son adolescence. À 13 ans, le hasard -ou plutôt lui- lui fait découvrir le père de l’actuel Chef de l’État à travers un exposé scolaire portant sur le président Mobutu. «J’ai vu le personnage de Mobutu. J’ai regardé l’homme qui s’opposait à lui. Je me suis dit: il est bien courageux, cet homme», se souvient-il encore aujourd’hui. Depuis, cette admiration n’a fait que grandir.

Dix ans après cette découverte, il rencontre enfin son idole, peu après les élections de 2011. «On s’est serré la main. C’était extraordinaire», raconte-t-il. Le militant de longue date de l’UDPS qui se cache derrière ce technocrate a occupé les fonctions de secrétaire exécutif de la Ligue des jeunes du parti. Il est également à l’origine, avec plusieurs de ses camarades, de la Force grise pour la démocratie et le progrès social, un think tank de l’UDPS. Cette fidélité au parti présidentiel, combinée à son expérience dans la gouvernance publique, lui a progressivement permis de s’imposer parmi les cadres appelés à assumer de hautes responsabilités au sein de l’État. Sa nomination à la tête de l’ARSP apparaît ainsi comme la consécration d’un parcours mêlant engagement politique et expertise administrative.

L’héritage de Miguel Kashal

Le nouveau Directeur général succède à Miguel Kashal Katemb, dont le passage à la tête de l’ARSP a profondément marqué l’institution. Sous son leadership, l’Autorité de régulation a renforcé les mécanismes de contrôle de conformité des entreprises, multiplié les campagnes de vulgarisation de la loi sur la sous-traitance et favorisé la signature de nombreux contrats entre grandes entreprises et PME RD-congolaises. L’ARSP a notamment intensifié ses contrôles dans les secteurs minier, industriel, des télécommunications et des infrastructures, afin de garantir une meilleure participation des entreprises à capitaux RD-congolais dans la chaîne de valeur nationale.

Cette dynamique a permis à l’institution de gagner en visibilité et de s’imposer comme un acteur majeur de la politique économique du gouvernement. Si l’ARSP affiche aujourd’hui un bilan apprécié dans plusieurs milieux économiques, les défis qui attendent son nouveau dirigeant demeurent considérables. Le premier consiste à poursuivre l’application rigoureuse de la loi sur la sous-traitance afin d’empêcher les pratiques de prête-noms, les montages frauduleux et l’exclusion des entreprises RD-congolaises des marchés générés par les grands investissements.

Ted Beleshayi devra également accélérer la transition vers une véritable politique nationale du contenu local. Plusieurs acteurs économiques plaident aujourd’hui pour un cadre plus ambitieux permettant aux PME RD-congolaises d’accéder davantage aux marchés stratégiques dans les mines, les hydrocarbures, les télécommunications, l’énergie et les infrastructures. L’avant-dernier défi majeur sera d’assurer un équilibre entre la protection des intérêts des entreprises nationales et l’attractivité des investissements étrangers. La crédibilité de l’ARSP dépendra notamment de sa capacité à faire respecter la réglementation tout en préservant un climat favorable aux affaires.

Enfin, le nouveau DG devra renforcer la transparence dans la gestion des marchés de sous-traitance et consolider les acquis enregistrés ces dernières années en matière de création d’opportunités pour les entrepreneurs RD-congolais. Pour beaucoup, l’ARSP est désormais bien plus qu’un simple organe de régulation, devenant à juste titre un instrument de souveraineté économique et un moteur de promotion du secteur privé national.

WIDAL

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