
Trois magistrats et un riche commerçant ont été condamnés à de lourdes peines pour corruption dans une affaire de tentative de viol à Kalemie. Une décision emblématique qui marque un tournant dans la lutte contre la corruption et l’impunité en République Démocratique du Congo. Le ministre d’État en charge de la Justice, Guillaume Ngefa Atondoko, a annoncé mardi que les quatre prévenus, dont trois hauts magistrats de la Cour d’appel de Kalemie, ont été condamnés à des peines de servitude pénale principale pour faits de corruption. Les peines vont de 15 à 36 mois de prison. Les condamnés sont Zantoko Mayikila Hervé, Asanga Kabalo Raphael, Mbele Lalo Christophe, magistrats à la Cour d’appel de Kalemie, et Kafwimbi Kiwele, commerçant de Kalemie. La Cour d’appel du Haut-Katanga a rendu son verdict lundi lors d’une audience foraine à Lubumbashi.
La Cour a condamné Zantoko Mayikila Hervé et Mbele Lalo Christophe à 36 mois de servitude pénale principale chacun, assortis d’une amende de 400 000 francs congolais. À défaut de paiement de l’amende dans le délai légal, les deux magistrats devront subir 30 jours de servitude pénale subsidiaire. Le magistrat Asanga Kabalo Raphael a été condamné à 15 mois de servitude pénale principale, avec une amende de 200 000 francs congolais constants. En cas de non-paiement, il encourt 15 jours de servitude pénale subsidiaire.
Présenté comme l’auteur de l’influence exercée sur les juges, Kafwimbi Kiwele Joseph a écopé de 24 mois de servitude pénale principale, assortis d’une amende de 200 000 francs congolais constants. En plus des peines principales, la Cour a prononcé plusieurs peines complémentaires contre tous les condamnés, notamment l’interdiction du droit de vote et du droit d’éligibilité pendant cinq ans après l’exécution de la peine; l’interdiction d’accès aux fonctions publiques et paraétatiques; l’interdiction d’exercer certaines activités professionnelles, notamment celles de banquier, agent comptable, importateur ou exportateur; l’interdiction de soumissionner aux marchés publics pendant cinq ans; et la privation du bénéfice de la libération conditionnelle.
A l’origine de cette affaire, des accusations de viol survenue en décembre 2025 à Kalemie. Le commerçant Kafwimbi Kiwele était poursuivi pour des faits présumés commis sur sa belle-fille. Après un acquittement en première instance, la Cour d’appel de Kalemie avait, en appel, prononcé une peine de six mois de servitude pénale, assortie d’une assignation à résidence, une décision jugée non conforme à la loi par le ministère public. La décision avait conduit à l’ouverture de poursuites contre ces magistrats, soupçonnés d’avoir été corrompus pour alléger la peine de l’accusé.
«Cette décision marque une avancée majeure dans la lutte contre la corruption, l’impunité et le règne des intouchables», a déclaré le ministre Ngefa dans un communiqué publié mardi soir.
Via un autre message posté sur son compte X, Ngefa a écrit: «Un pas décisif vient d’être franchi pour la justice congolaise. Je salue la décision rendue le 26 janvier par la Cour d’appel du Haut-Katanga, qui a condamné des hauts magistrats pour corruption. Ces peines fermes constituent un signal fort: l’impunité n’a plus sa place dans notre système judiciaire. Sous l’impulsion de Son Excellence le Président de la République, la politique de tolérance zéro s’applique sans distinction. Personne n’est au-dessus de la loi. La lutte contre la corruption n’est pas un slogan: c’est un engagement concret, que nous traduisons chaque jour en actes. En tant que ministre de la Justice, je réaffirme ma détermination à poursuivre ce travail de vérité, d’assainissement et de restauration de la confiance. La justice doit demeurer un rempart solide contre les dérives, un espace d’équité et de transparence pour tous les citoyens. Avec l’appui de chaque Congolaise et chaque Congolais, nous continuerons à bâtir un État de droit où chaque décision judiciaire renforce la République et protège l’intérêt général».
Un message fort envoyé aux magistrats et aux citoyens qui pensent pouvoir agir avec impunité. La corruption est un fléau qui gangrène le pays depuis des décennies. Mais avec des décisions comme celle-ci, le gouvernement montre sa détermination à lutter contre ce mal et à promouvoir la justice et la transparence.
Natine K.