
Les états-majors politiques sont en ébullition suite aux récentes visites du président de la République, Félix Tshisekedi, à Luanda. Les médias, eux aussi, s’agitent, commentent et fouinent, propulsant l’idée d’un dialogue inclusif censé apaiser la crise politique en République Démocratique du Congo. Pourtant, derrière les projecteurs, la réalité semble bien différente. Selon des sources diplomatiques fiables, évoquer à ce stade un dialogue inclusif, version Luanda, relèverait plutôt de la pure fiction. D’après ces confidences, tous les bruits qui circulent découlent d’une initiative et d’une campagne orchestrées par l’ancien président Joseph Kabila.
Pour certains, appuyés par des médias, notamment le site d’information «Lejour.net», Kabila aurait personnellement effectué le déplacement à Luanda, tandis que d’autres laissent entendre qu’il aurait dépêché deux émissaires -Raymond Tshibanda et Moïse Nyarugabo- pour engager à nouveau le président angolais João Lourenço dans le dossier «République Démocratique du Congo». D’une part. D’autre part, le clan Kabila aurait proposé à Tshisekedi un cessez-le-feu unilatéral, en échange d’un dialogue inclusif. Et dans ce jeu d’échecs diplomatique, Moïse Katumbi, une autre figure de l’opposition, aurait également été aperçu à Luanda, cherchant à récupérer son passeport et à envisager un retour sécurisé au pays, escorté par l’armée angolaise.
En sa qualité de président de l’Union africaine, João Lourenço n’y a vu aucun inconvénient. Non sans finesse, il a donc proposé à Tshisekedi de se rendre à Luanda le 5 janvier pour discuter de ces doléances. Mis au parfum des requêtes de ses opposants, Tshisekedi a jugé bon de retourner à Kinshasa pour consulter ses équipes avant de délivrer sa réponse.
De retour à Luanda le 8 janvier, il a mis les choses au clair en quelques points, selon les mêmes indiscrétions: «D’abord, Kinshasa ne tient pas à un dialogue externe en dehors des pourparlers de Washington et de Doha, préférant envisager des discussions internes au moment jugé opportun et sous ses conditions strictes. Deuxièmement, si Kabila appelle à un cessez-le-feu unilatéral, il serait bon qu’il précise sa légitimité par rapport à l’AFC/M23 et sa position vis-à-vis des processus de paix en cours à Washington et à Luanda. Troisièmement, concernant Katumbi, le président Tshisekedi a affirmé n’avoir aucun problème avec lui et a souligné que ce dernier peut revenir au pays pour faire la demande de son passeport mais sans escorte angolaise».
Sur son compte X, Patrick Muyaya, le porte-parole du gouvernement de la République Démocratique du Congo, a posté un message sans équivoque. «Sur le dialogue politique, le Président de la République a déjà donné son accord. Il existe aujourd’hui une feuille de route conjointement préparée par la Présidence, l’Ecc-Cenco et les églises réveil représentées par l’évêque Ejiba Yamapia. Il y a une question de séquençage liée à l’aboutissement des processus de Doha et de Washington. A Washington, c’est un dialogue avec le Rwanda, le père.
A Doha, c’est un dialogue avec le M23, le fils. Il n’existe pas de crise de légitimité en RDC. La crise que nous connaissons est d’origine sécuritaire liée à l’agression rwandaise. Est ce que la tenue d’un dialogue politique suffit pour que le Rwanda cesse ses activités déstabilisatrices sur notre territoire? Si vous êtes «patriotiquement congolais», vous ne pouvez pas réclamer la tenue d’un dialogue sans être en mesure de dénoncer l’occupation d’une partie de notre territoire et les crimes qui y sont commis par le père et le fils. Et ce dialogue politique se tiendra au pays pas à l’étranger», a expliqué le ministre de la Communication et des Médias alors que d’autres sources officielles bottent en touche la thèse d’une réouverture du procès Kabila tendant à le blanchir.
Pour Muyaya, pas de place à la spéculation: la visite de Luanda l’a été à l’initiative du président angolais et «vise à presser les parties en conflit à respecter leurs engagements». Ces précisions témoignent de la position ferme de Félix Tshisekedi face aux prétendues demandes de Kabila et Katumbi, dont les proches, à en croire les médias, seraient en train de brandir l’idée d’un dialogue politique inclusif comme imminente. Les sources diplomatiques insistent sur la méfiance de Kinshasa quant au sérieux de la démarche de l’ancien président de la République et de son entourage, évoquant les conditions réclamées par les rebelles de l’AFC/M23 suite à la dernière invitation du gouvernement de Lourenço.
Du côté de Kabila et Katumbi, silence radio sur leurs allégués séjours à Luanda. Les quelques commentaires émis se concentrent sur la nécessité d’un dialogue, conforme à l’Accord de paix de Washington et au processus de Doha. La tension reste palpable, le jeu politique s’intensifie, mais pour l’instant, la fiction du dialogue inclusif semble loin de se transformer en réalité.
KISUNGU KAS
