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Tshisekedi n’est pas reparti à zéro en 2019: quand la chute du dernier discours à la nation du Président fait réagir

Durant plus de deux heures, devant les deux chambres du Parlement réunies en congrès, le président Tshisekedi a fait la dernière reddition des comptes de la mandature, passant en revue les promesses tenues et celles restant en suspens. «Notre économie se porte bien. Notre taux de croissance a grimpé de 1,7 % en 2020 à 6,2 % en 2023», s’est flatté Félix Tshisekedi, affirmant que «nos finances publiques reflètent une gestion prudente» et que «l’émission de bons de trésor a été un succès». Face à l’inflation, il a annoncé des interventions ciblées sur les prix des denrées et des politiques monétaires pour stabiliser la devise nationale, le Franc congolais.

Le président sortant a, par ailleurs, fait le tour des avancées dans d’autres secteurs comme les infrastructures, mais surtout l’éducation et la santé, évoquant la gratuité de l’enseignement de base et celle de la maternité. La première a ramené sur les chemins de l’école, selon lui, «plus de 5 millions d’élèves en âge de scolarité autre fois exclus du système scolaire, faute de moyens financiers». Il a aussi indiqué que le budget consacré au domaine de l’éducation est passé de 70,1 milliards CDF à 236,7 milliards CDF, soit une augmentation de 238 %, tandis que le salaire moyen d’un enseignant est passé de 159 662 FC à 408 689 FC.

Dans le domaine de la sécurité, le président a soutenu que «l’état de siège a permis non seulement de déménager, mais aussi de démasquer les réseaux criminels et mafieux constitués par les ennemis de la république dans le trafic illicite de nos ressources. Au rang des pourvoyeurs de ces réseaux figurent principalement certains États voisins». Il s’est en même temps inquiété des conflits dans le Mai-Ndombe qui s’étend dans l’ex-Bandundu, du conflit intercommunautaire dans la Tshopo et du cas de Malemba-Nkulu dans le Haut-Lomami, demandant de prendre des mesures avec une extrême urgence pour y rétablir la paix perturbée la suite des violences meurtrières à caractère ethniques.

Le président a réitéré sa décision visant le départ définitif de la Monusco. «Il est temps pour notre pays de prendre pleinement son destin en mains et devenir le principal acteur de sa propre sécurité et de sa propre stabilité», a-t-il martelé.

Faisant part de progrès réalisés dans le domaine de la Justice, le président a annoncé la construction de 11 nouvelles prisons «très bientôt» ainsi que l’indexation des salaires des militaires, la construction de casernes et l’assurance maladie, ouvrant ainsi un nouveau chapitre consacré à des promesses, lançant ce qui sera, sans nul doute, son principal argument de campagne pour son éventuelle réélection: «Nous avons donc le choix de repartir à zéro ou de consolider les acquis de cet élan progressif en avançant main dans la main avec une vision claire et un but commun vers un avenir où chaque Congolais aura la possibilité de prospérer».

Cet argument de campagne qui fait jaser

Si l’évocation d’un tel argument a suscité des applaudissements frénétiques de la part des parlementaires de l’Union sacrée, elle a cependant fait réagir leurs rivaux, essentiellement du FCC. «Au nom du principe de continuité de l’Etat, aucun chef d’Etat ne repart à zéro une fois aux affaires! Félix Tshisekedi ne convaincra personne qu’à son accession à la magistrature suprême en janvier 2019, il est reparti à zéro! Qui, d’ailleurs, le croira puisque le 2 mars -soit moins de 40 jours après son investiture- il disposait des fonds pour lancer le Programme des 100 jours auquel il va consacrer le 13 décembre 2019 -date de son premier discours sur l’état de la nation- l’essentiel de son message? Il ne convaincra personne que les fonds sont venus de son escarcelle ou de celle de ses relations en Belgique. Il ne convaincra personne qu’il n’a pas trouvé une Constitution et des Institutions stables. En septembre 2019 sur TV5 Monde, il a affirmé avoir trouvé une armée structurée et disant avoir compris, une fois aux affaires, qu’il y a eu beaucoup de diabolisation», a-t-on réagi dans les rangs du FCC, regroupement issu de l’ancienne majorité parlementaire entre 2006 et 2018.

Un sénateur du même groupe a tenu à rappeler que lors de son séjour au Sankuru en janvier 2022, Félix Tshisekedi «avait utilisé une pirouette avec effet boomerang en déclarant qu’il n’y avait rien à voler au pays puisque la RD-Congo avait cessé d’exister depuis belle lurette». Pour lui, «ce que le président n’avait cependant pas dit à l’époque, c’est que depuis trois ans qu’il était aux commandes du pays, il jouissait pleinement des acquis consolidés par son prédécesseur. C’est qu’il ne dit pas jusqu’à ce jour, c’est qu’à plus de 50 %, les infrastructures dont il pose les premières pierres ou qu’il inaugure avec pompe, il en a hérité le financement à la faveur de la notion de continuité de l’Etat».

Le sénateur a poursuivi sur sa lancée avec l’argumentation suivante: «En effet, l’article 69 qui reconnaît à Félix Tshisekedi la qualité et les prérogatives du président de la République dit du chef de l’État qu’il ‘assure, par son arbitrage, le fonctionnement régulier des pouvoirs publics et des Institutions ainsi que la continuité de l’Etat’. À ce titre, il prend sur lui et le passif et l’actif de son prédécesseur, de la même manière que son successeur prendra son passif et son actif. Ainsi fonctionne tout Etat normal».

L’élu est d’avis que dire alors aux parlementaires qu’ils ont le choix entre repartir à zéro ou consolider les acquis de l’élan progressif dont il se targue d’être le précurseur, c’est comme si on voulait faire croire aux compatriotes RD-Congolais qu’avec lui, on peut tout et sans lui, on n’y peut rien!

Un bilan flatteur aux saveurs Kabila

Bien plus, le gros de réalisations citées par le président pour s’octroyer la note maximale pour la mandature 2019-2024 peut être inclus dans le lot de la continuité des affaires de l’Etat. Si le président s’est vanté, par exemple, de la route Nzolana, longue de 7Km, il s’agit d’un des projets initiés sous Joseph Kabila, dans le cadre du contrat chinois, pourtant décrié par le président et qui est actuellement en renégociation. Pour la route Nzolana, fait remarquer un autre cadre du FCC, la première phase, longue de 6Km, a été achevée bien avant l’arrivée de Tshisekedi au pouvoir. Autre sujet d’autosatisfaction de Tshisekedi, la centrale de Busanga au Lualaba, inaugurée en octobre dernier. Il s’agit là encore d’un projet initié dans le cadre du contrat chinois par… Joseph Kabila. Sur le boulevard triomphal à Kinshasa, un autre bâtiment, le Centre culturel d’Afrique centrale, fait le bonheur de l’actuel régime alors que le contrat de son érection a été conclu par le régime précédent.

Les cinq dernières années, Félix Tshisekedi a déployé des «efforts de restructuration de l’appareil de sécurité et de défense». De quoi, convaincre le président à insister sur le départ de la MONUSCO, après plus de deux décennies de présence en RD-Congo. «Il est temps pour notre pays de prendre pleinement son destin en mains et de devenir le principal acteur de sa propre sécurité et de sa propre stabilité», a exhorté le Président Tshisekedi.

Après ce rappel, retour à certaines autres réalisations de Félix Tshisekedi. Notamment dans le secteur de la justice, où il s’est réjoui du recrutement de nouveaux magistrats et de la réhabilitation d’autres «maladroitement révoqués ou démis de leurs fonctions dans l’inobservance de leurs droits» avec la perspective d’atteindre la moyenne universellement admise d’1 magistrat pour 33 000 personnes.

Au chapitre des droits humains, Tshisekedi a classé la création du Fonds national de réparation des victimes des violences sexuelles et autres crimes contre l’humanité -FONAREV- au rang de «grande réforme», étant un «cadre normatif historique dédié à la protection des victimes».

Quatrième pouvoir, la presse a également été évoquée dans le discours. En effet, la liberté de la presse se porte de loin mieux qu’hier, foi de de Tshisekedi! Il en veut pour preuve le bond de 30 places réalisé par le pays dans le baromètre mondial de la liberté de la presse de Reporter Sans Frontières. Le 5ème et dernier discours du quinquennat du président Tshisekedi devant les deux chambres aura été une véritable reddition des comptes, alors que lui-même, content de son œuvre, a proposé de «consolider les acquis de cet élan progressif».

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