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Suminwa: son ultimatum sans fard à l’ONU

Du haut de la tribune de l’ONU, Judith Suminwa Tuluka n’a pas feint l’émotion: elle a braqué les projecteurs sur l’impunité qui sévit à l’Est de la République Démocratique du Congo et a nommé, sans détour, le Rwanda et le groupe M23 comme responsables de «violences extrêmes» visant femmes et jeunes filles. Face au Secrétaire général Antonio Guterres et aux délégations rassemblées pour la 70e session de la Commission de la condition de la femme, la Première ministre a exigé une riposte internationale immédiate et soutenue.

Rappelant le 30e anniversaire de la Déclaration et du Programme d’action de Beijing, elle a qualifié la commémoration de «moment de vérité»: trois décennies après, les promesses doivent se traduire en protection tangible, pas en paroles creuses. «Les discours internationaux doivent désormais se mesurer à la réalité des victimes», a-t-elle lancé, coupant court aux faux-semblants diplomatiques. Suminwa a dressé le tableau brutal: agressions sexuelles, déplacements massifs, crise humanitaire. Elle a pointé l’écart entre progrès législatifs -égalité constitutionnelle, révision du Code de la famille, loi sur la parité- et l’absence de sécurité sur le terrain.

«Sans paix et sans protection, l’autonomisation économique restera théorique», a-t-elle martelé, rappelant que les lois restent lettre morte sans force pour les faire appliquer. La cheffe du gouvernement n’est pas venue les mains vides. Elle a appelé à des mesures claires et immédiates: enquêtes indépendantes et crédibles, sanctions ciblées contre les responsables, renforcement des mécanismes judiciaires nationaux et internationaux, et programmes urgents de réparation, de soins médicaux et d’accompagnement psychosocial pour les survivantes.

Pas de demi-mesures, pas de timetable flou: des actes concrets. Ferme et directe, Suminwa a posé un ultimatum moral et politique à la communauté internationale. Protéger. Sanctionner. Réparer. Trois impératifs qui, selon Kinshasa, doivent remplacer l’indignation de salon. Nommer les responsabilités et traduire les accusations en réponses effectives n’est plus négociable si l’on veut mettre fin au calvaire des femmes de l’Est.

La Première ministre a ainsi transformé la tribune onusienne en juge de paix: l’ONU et ses États membres sont désormais attendus au tournant. Leur capacité à convertir rhétorique et résolutions en mesures contraignantes constituera, a averti Suminwa, le test de leur crédibilité face à l’un des chapitres les plus sombres de la crise humanitaire en République Démocratique du Congo.

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