
Arrivée lundi pour les Assemblées annuelles de la Banque mondiale et du FMI, la Première ministre Judith Suminwa Tuluka a reçu mardi dans sa suite Jephté Nsumbu, administrateur suppléant au FMI pour 17 pays d’Afrique centrale et de l’Est, et Félicien Mulenda, coordonnateur du Comité technique de suivi et d’évaluation des réformes -CTR. Objet de la rencontre: tâter les pouls, prélever la température en vue de mieux préparer la troisième revue du programme conclu avec le FMI, qui porte sur près de 3 milliards de dollars d’engagements.
À la sortie de l’audience, Jephté Nsumbu, administrateur titulaire à partir du 3e trimestre 2026, a rappelé le cadre des discussions: «Nous sommes en pleine période de réunions au niveau du Fonds monétaire international et de la Banque mondiale», a‑t‑il dit, soulignant l’importance d’un briefing rapproché entre Kinshasa et les institutions internationales pour suivre l’exécution des programmes.
Félicien Mulenda a livré un tableau économique volontairement apaisant: deux programmes en cours, une inflation maîtrisée à 2–3 %, un taux de change relativement stable à Kinshasa et des réserves internationales couvrant aujourd’hui trois mois d’importations. Selon les chiffres de la Banque centrale du Congo, ces réserves internationales se chiffraient à 7 milliards 128,23 millions de dollars à la date du 24 février 2026, représentant près de trois mois d’importations de biens et services. «Tous les critères quantitatifs sont respectés», a affirmé Mulenda, estimant que, malgré la taille de la facture d’importation, les fondamentaux restent solides.
Le discours officiel ne masque pas pour autant des fragilités. Le coordonnateur du CTR, structure spécialisée du ministère des Finances chargées de piloter, de suivre et d’évaluer les politiques économiques et les réformes structurelles, a reconnu des «petits soucis» sur les déficits publics, liés à une montée des dépenses après la prise d’Uvira, qui a pesé sur les engagements budgétaires convenus avec le FMI. Il a néanmoins précisé que le Fonds «est totalement d’accord avec le gouvernement» sur ces écarts, signe d’un dialogue en cours pour ajuster la trajectoire.
Sur le plan politique et social, le responsable du CTR met en garde: la guerre pèse sur les prix et peut influer sur le climat électoral. «L’impact de la guerre sur l’inflation» reste une préoccupation centrale, a résumé Mulenda. Cette audience dans la suite de la cheffe du gouvernement illustre la dynamique entre Kinshasa et les bailleurs: un soutien financier important et une collaboration technique active, mais aussi la nécessité de conjuguer discipline budgétaire et gestion des chocs sécuritaires. À l’approche de la 3e revue, la marge de manœuvre dépendra de cette capacité à contenir les déficits tout en préservant la stabilité macroéconomique.
