
Un nouvel arrêt des travaux et un chantier déserté depuis plus de deux mois. La Kinshasa Arena, censée être le fleuron culturel et sportif de la capitale, donne des signes d’essoufflement.Le ministre des Finances, Doudou Fwamba Likunde Li-Botayi, a convié ces derniers jours Turhan Mildon, le patron du groupe turc Milvest, pour «réévaluer» le contrat. Objectif: comprendre le décalage entre l’argent décaissé et l’état du site.
Sur les 120 millions de dollars que coûte l’ensemble du projet, le gouvernement de la République Démocratique du Congo a déjà versé 92 millions. Détail: 35 millions sous l’ancien ministre Nicolas Kazadi, puis 45 millions et 12 millions sous Doudou Fwamba. Soit plus des trois quarts du budget total pour un taux d’exécution qui ne suit pas.
Une coque de béton à l’ombre des institutions
Le chantier se trouve à un jet de pierre du Palais du Peuple, siège du Parlement. A un jet de salive du Stade des Martyrs. A quelques mètres du Nouveau Centre culturel et artistique des pays de l’Afrique centrale, inauguré par le président Félix Tshisekedi en décembre 2024. Ainsi que de l’immeuble Tembe na Tembe, abritant une dizaine de cabinets ministériels et l’état-major du Service national.Les images prises sur place cette semaine montrent une structure circulaire en béton encore à nu. La charpente métallique de la façade est posée par sections, mais de larges pans restent ouverts. Quatre grues jaunes dominent le site, l’une semble à l’arrêt depuis longtemps.
Autour, le décor est celui d’un chantier à l’abandon: terrain sablonneux jonché de gravats et de déchets, clôtures en tôle ondulée envahies par les herbes, conteneurs maritimes empilés. Nulle trace d’une activité intense, hormis les mouvements des éléments du Service national qui occupent les anciens locaux de Milvest. Les ouvriers du groupe turc sont aux abonnés absents. Le contraste est saisissant avec l’ambition affichée au lancement: une salle multifonctionnelle de 20.000 places pour accueillir concerts, compétitions sportives et grands événements.
Des comptes exigés
Trois quarts du budget déjà engloutis mais moins d’un quart du travail réalisé, c’est ce hiatus entre 92 millions de dollars déjà partis et la réalité du terrain qui pousse le gouvernement à serrer la vis. En recevant Turhan Mildon, Doudou Fwamba veut obtenir des explications et surtout un nouveau calendrier ferme.Officiellement, il s’agit de «réévaluer le contrat» pour conditionner le déblocage des 28 millions restants à des résultats concrets et vérifiables.
Pour le pouvoir, l’enjeu est autant financier que d’image. Comment justifier un tel montant alors que le chantier, visible depuis les institutions de la République, est à l’arrêt? Du côté de Milvest, qui peine également à faire avancer le chantier des logements sociaux de Mukilango, dans la commune de Mont-Ngafula, aucune communication n’a pour l’instant été faite sur les raisons de ce ralentissement.En attendant, la Kinshasa Arena reste une coque de béton plantée au cœur du pouvoir. Et le ministre des Finances veut éviter qu’elle ne devienne l’éléphant blanc du boulevard Triomphal.

