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Phénomène Kamuina Nsapu:Pourquoi la milice interdit de couper les arbres?

Quand le vice-Premier ministre en charge de l’Intérieur et Sécurité
trouve un terrain d’entente avec la famille régnante et les notables
Kasaiens, l’affaire du présumé massacre au Kasaï rebondit avec la
condamnation de 7 officiers FARDC par l’Auditeur général. Entretemps,
certains miliciens se rendent et signent le calumet de la paix pendant
que les autres cantonnés dans les villages soumettent des villageois
aux interdits
Le feuilleton Kamuina Nsapu est un arbre qui cache la forêt. Ce
phénomène a engendré beaucoup de problèmes. Il a provoqué des
affrontements entre les hommes se réclamant de Kamuina Nsapu, causé la
mort de ce dernier et perturbé la situation sécuritaire dans le Grand
Kasaï. En mission de pacification, réconciliation et administration du
territoire, Emmanuel Ramazani Shadary, vice-Premier ministre en charge
de l’Intérieur et Sécurité, a sillonné les 4 des 5 provinces pour
sensibiliser la population sur la nécessité de mettre fin au phénomène
Kamuina et œuvrer pour la paix. Il a rencontré non seulement la
famille régnante mais également les chefs coutumiers. Ils ont trouvé
un terrain d’entente. Pendant ce temps, pour couper court aux
allégations des uns et au démenti des autres sur le présumé massacre
dans le Kasaï, l’enquête menée par l’Auditeur général des FARDC a
abouti à la condamnation de 7 officiers militaires déclarés présumés
coupables. Aujourd’hui, la famille régnante du feu Kamuina Nsapu
interdit formellement à toute personne ou groupe de personnes de
profaner le nom de Kamuina Nsapu en commettant des crimes sous le
label Nsapu. Cette famille a demandé à la milice basée à Nganza, ayant
tenté de résister à la reddition lundi 20 mars en troublant l’ordre
public dans cette commune, de cesser immédiatement. Pas question de
livrer les enfants à la mort sous prétexte qu’ils seraient blindés par
le «Tshizaba» face aux armes létales, ce phénomène étant devenu un
fonds de commerce dans l’espace kasaien. Entretemps, dans les
villages, certains miliciens interdisent aux gens de couper les arbres
rabougris «Nkanga» qui leur servent d’arme mystique.
La milice originelle de la famille feu Kanuina Nsapu ayant accepté de
faire la paix, a demandé, mardi 21 mars dernier, à une aile qui n’est
de la famille basée dans la commune de Nganza et ayant tenté de
résister à la reddition lundi 20 mars en troublant l’ordre public, de
cesser toute activité immédiatement. Les Kamuina originels affirment
qu’ils ne volent pas les biens d’autrui ni ne commettent de viols
selon les interdits de Kamuina Nsapu, comme le font les faux Kamuina.
A défaut d’exécuter cet ordre, la milice familiale menace d’en
découdre avec cette autre aile. L’appel est lancé par Guélor, fils de
Kamuina Nsapu et son vieux André Kambumbu. La ville de Kananga est
sous menace.
Ce n’est pas en vain que la famille régnante du feu Kamuina Nsapu
interdit formellement à toute personne ou groupe de personnes de
profaner le nom de Kamuina Nsapu en commettant des crimes sous le
label Nsapu. Kamuina est mort, la famille a réclamé et obtenu, de la
part du vice-Premier ministre et ministre de l’Intérieur, Emmanuel
Ramazani Shadary, la restitution de son corps pour des obsèques. C’est
pour éviter les rumeurs qu’il serait en vie. Pas question de livrer
les enfants à la mort au motif qu’ils seraient blindés par le
«Tshizaba» face aux armes et balles létales. Franchement, le phénomène
Kamuina Nsapu est devenu un fonds de commerce dans l’espace kasaien.
«Après la solution coutumière, il faut passer à la solution politique
car les hommes œuvrant dans l’ombre se sont déjà emparés du concept
qui sert désormais du point de ralliement de tous ceux qui veulent le
chaos. Il est important de trouver la formule politique nécessaire
pour sortir ces hommes de la clandestinité», alerte un observateur.
«AfricaNews», dans l’une de ses précédentes éditions, avait annoncé
l’affrontement des deux ailes des miliciens à Kananga pendant que le
VPM Shadary y séjournait.
Pacification, réconciliation et reddition
Au terme de sa mission dans l’espace kasaien, le VPM Shadary regagne
Kinshasa avec un sentiment d’avoir accompli sa mission. Parmi les
solutions trouvées, on note la réclamation et la restitution du corps
de feu Kamuina Nsapua à sa famille pour des obsèques, la désignation
de son successeur, l’extinction du feu de la guerre, la reconnaissance
par l’Etat et la réparation ainsi que la remise d’une aide
humanitaire. L’Etat a privilégié le dialogue pour trouver une paix
durable en lieu et place de s’imposer.
Dans cette perspective, dimanche 19 et lundi 20 mars, des liesses
populaires ont été observées à dans les rues de Kananga, chef-lieu de
la province du Kasaï Central. Et pour cause: «de centaines de
miliciens de feu Kamuina Nsapu en provenance de localités
environnantes se sont rendus aux autorités locales», ont affirmé les
sources officielles contestant le nombre de 60 miliciens avancé par la
MONUSCO pour le premier vague qui s’est rendu le dimanche.
«Il y a plusieurs centaines de miliciens, comme la population s’est
jointe à la fête, il est difficile d’évaluer leur nombre. Minimiser
les efforts fournis par le gouvernement en parlant d’une soixantaine
de miliciens relève de la mauvaise foi et cache bien quelque chose», a
noté un acteur de la Société civile sur place.
Un jour après, soit lundi 20 mars, une deuxième vague de miliciens en
provenance du village de Muamba Mbuyi s’est rendue aux autorités
locales par l’aéroport de Kananga. «Une petite incompréhension entre
un élément des forces de l’ordre aux abords de l’aéroport et l’entrée
mouvementée des miliciens a fait qu’une balle aurait été tirée en
l’air. Mais vite la situation a été maitrisée, selon les notables
venus de Kinshasa qui font le suivi des mesures prises sur place», a
souligné le service de communication du VPM Shadary avant d’ajouter
mardi que c’était la milice de Nganza, ne faisant pas partie de la
famille Kamuina qui a tenté de résister à la reddition.
Et de préciser: «en ce moment, le deuxième groupe de miliciens a
rejoint le premier groupe qui s’est rendu dimanche. La vie a repris
normalement au chef-lieu du Kasaï Central. Beaucoup d’autres miliciens
qui hésitaient encore seraient en route vers Kananga pour déposer
officiellement les armes et fumer le calumet de la paix».
Lors de son séjour à Kananga, Ramazani Shadary a discuté avec le
détenteur du pouvoir familial de feu Kamuina, André Kabumbu, 99 ans
mais encore lucide, vivant dans la commune de Nganza à Kananga. Ce
dernier a promis, avec le concours de ses frères dont Kasuku qui vit à
Dibaya et disposé aussi à faire la paix, de contribuer à l’apaisement.
Aussi, les chefs coutumiers venus de tous les horizons du Kasaï
Central n’ont pas mâché les mots devant le n°1 de la sécurité. Ils ont
regretté les conditions dans lesquelles leur collègue Kamuina Nsapu a
été tué et ont sollicité réparation du gouvernement. Jouant à la
sagesse et à la compréhension, le VPM Shadary, tout en condamnant la
récupération politicienne et l’intoxication dans le dossier Kamuina,
n’y a trouvé aucun inconvénient si c’est cela le prix à payer pour la
paix. A ce stade, les tireurs des ficelles sont avertis.
Rapport préliminaire sur le présumé massacre des miliciens
Samedi 18 mars, le général-major Ponde Isambwa, Auditeur général des
Forces armées, a tenu un point de presse au cours duquel, il a fait un
rapport judiciaire préliminaire de la vidéo abondamment relayée sur
les réseaux sociaux dénonçant de tueries perpétrées par des éléments
des FARDC contre un groupe de miliciens Kamuina Nsapu. Selon lui, une
équipe de 2 hauts magistrats militaires de l’Auditorat général ont été
déployés sur les lieux pour faire la lumière sur les faits incriminés.
Et d’expliquer: «la délégation des hauts magistrats militaires s’est
rendue à Mwanza Lomba, précisément dans le village Bena Tshikasu où
avaient eu lieu des accrochages entre miliciens Kamuina Nsapu et
éléments FARDC. C’est dans ce dernier village où la vidéo querellée
avait été tournée». Concernant cette vidéo, l’Auditorat général a
affirmé avoir mis la main sur 7 suspects, tous éléments des FARDC,
actuellement en détention. Notamment le major Nyembo, cité dans la
vidéo, commandant en second du bataillon PM, pour la circonstance
commandant des opérations; le major Bitshumba Martin Pitchou, cité
dans la vidéo par l’enregistreur ‘Commandant Pitchou’, commandant en
second des opérations; le capitaine Séraphin Pailimbio, commandant
2ème Compagnie bataillon PM, chef de la 1ère section pendant les
opérations; le lieutenant Silavuvu Dodokolo, S4 bataillon PM et
fusilier pendant les opérations; AC Mohindo, bien que n’ayant pas fait
partie de l’expédition, a pourtant été surpris en possession d’une
copie de la vidéo lui transmise par le SM Maneno; A2CI Amani, fusilier
de la 1ère section et, enfin, SM Maneno Katembo alias Tonton Baobab,
fusilier également de la 1ère Section et auteur de l’enregistrement.
Quatre préventions sont retenues à leur charge. «Crimes de guerre par
meurtre, crimes de guerre par mutilation, crimes de guerre par
traitements cruels, inhumains et dégradants, refus de dénonciation
d’une infraction commise par des justiciables des juridictions
militaires», a précisé l’Auditeur général dans son rapport
préliminaire.
Une habitante de Kazumba témoigne de la supercherie des miliciens
Le territoire de Kazumba est voisin de la ville de Kananga dont la
limite est la rivière Lulua. Ce territoire est également envahi par la
milice de Kamuina Nsapu. Une habitante de ce territoire, dans le
secteur de Tshitadi, confie que les enfants recrutés sont attirés par
la supercherie. «Les enfants dont l’âge varie entre 15 et 20 ans sont
recrutés par la milice Kamuina Nsapu. Ils passent par l’initiation
dans la forêt pendant la nuit», confie-t-elle. Et d’ajouter: «nous
rencontrons d’énormes difficultés. Les miliciens nous interdisent de
mettre du feu à la brousse, de lier les bois morts en bottes, y
compris les feuilles de manioc. S’ils vous attrapent avec des bottes
de bois morts ou de feuilles de manioc, ils vous punissent pour avoir
transgressé leurs lois». Ce n’est pas tout. Les miliciens interdisent
aux villageois de couper les arbres rabougris «Nkuanga» qu’ils
utilisent comme arme mystique. Pourtant, ces arbres qui envahissent
les plaines et brousses dans le grand Kasaï, servent de bois de
chauffage. Voilà comment les enfants sont envoyés à la mort sous
prétexte qu’ils seraient blindés par le «Tshizaba» face aux armes
létales, le phénomène Kamuina Nsapu étant devenu un fonds de commerce
dans l’espace kasaien.
Octave MUKENDI

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