
La réunion ministérielle sur les minerais critiques organisée début février par les États‑Unis, qui a rassemblé plus de 54 pays, a pris une tournure politique nette: le président rwandais Paul Kagame et le Rwanda n’y ont pas été conviés, provoquant des invectives de la République Démocratique du Congo. À Washington, le 7 février, Patrick Muyaya, porte‑parole du gouvernement congolais, a justifié l’absence rwandaise en des termes très durs, accusant une nouvelle fois Kigali d’activités illicites portant atteinte aux ressources de la République Démocratique du Congo.
«Ce ne sont pas ses activités illicites, de pillage et de recel de nos minerais qui pouvaient servir de droit d’entrée au Rwanda à la conférence sur les minerais critiques initiée par les USA», a lancé Muyaya lors d’une rencontre avec la diaspora congolaise organisée à l’initiative de Freddy Shembo de l’Agence de pilotage, de coordination et de suivi des conventions -APCSC. Via ce nouveau coup de gueule, Muyaya a ainsi attribué à Kigali la responsabilité d’un commerce illégal qui, selon lui, entrave la souveraineté et le développement de la République Démocratique du Congo. Ces accusations sont présentées par le ministre de la Communication et des Médias comme le facteur expliquant l’exclusion pratique du Rwanda d’un forum où étaient présents une large part des acteurs économiques et politiques mondiaux concernés par la transition énergétique.
La scène internationale où s’est tenue ce rendez‑vous -le Critical Minerals Ministerial 2026 à Washington- illustre un basculement stratégique: les minerais dits «critiques» ne relèvent plus seulement de la logique du marché, mais deviennent des enjeux de sécurité nationale, de souveraineté industrielle et de puissance géopolitique. Les États‑Unis, accompagnés de l’Union européenne, du Japon et d’autres partenaires, ont affiché la volonté de sécuriser les approvisionnements nécessaires aux économies occidentales face à une demande mondiale croissante -intelligence artificielle, batteries, électrification, défense, industries avancées.
«À travers l’accord de partenariat stratégique RDC‑USA, nous avons jeté les bases d’un accroissement des investissements américains dans notre pays», a encore souligné Patrick Muyaya, insistant sur le lien entre attractivité économique et conditions politiques. «Le développement de ce partenariat stratégique ne peut être dissocié de la consolidation de la paix, de la sécurité, de la préservation de l’intégrité territoriale et la stabilité en RDC, qui en constituent le fondement essentiel».
Lors de la même réunion ministérielle, des responsables et représentants de grandes entreprises ont redéfini des actifs miniers -jadis considérés comme trop risqués- comme des pièces maîtresses de la sécurité d’approvisionnement. Des groupes comme Glencore ou Ivanhoe Mines, détenteurs de gisements de cuivre, cobalt et autres, voient désormais leurs projets requalifiés en enjeux géopolitiques. De nombreux pays africains figuraient parmi les partenaires cités pour leurs ressources: la République Démocratique du Congo, la Guinée, la Zambie, l’Angola, le Maroc, la Sierra Leone ou le Kenya sont désormais présentés comme des maillons indispensables des chaînes de valeur mondiales.
Le rôle central de la République Démocratique du Congo confirmé!
Marco Rubio, sénateur américain présent à la manifestation, a illustré cette nouvelle doctrine: selon lui, la chaîne de valeur des minerais critiques doit être conçue globalement, chaque région intervenant selon son avantage comparatif -l’Afrique fournissant, notamment la République Démocratique du Congo, la matière première, les pays industrialisés se chargeant du financement, de la transformation, de la logistique et du stockage stratégique.
Pour la République Démocratique du Congo, la scène est porteuse d’opportunités mais aussi de conditions strictes. Muyaya a non seulement affirmé que Kinshasa «a pris sa place, dans son rôle central de détenteur de plus grosses réserves», à l’issue du sommet sur les minerais critiques. Mais il a aussi rappelé que l’accord stratégique signé avec Washington doit profiter à tous les Congolais et servir de levier pour la paix dans l’Est: «Cet accord est le point de départ d’une nouvelle histoire, des nouvelles opportunités et tous les Congolais partout au monde devraient le lire et s’en approprier».
Le ministre a par ailleurs souligné l’importance d’une sécurisation des zones minières et d’une gouvernance transparente pour attirer durablement les capitaux. Sur le plan diplomatique, l’épisode marque un durcissement des critères d’entrée dans les concertations internationales sur les matières premières: l’«éthique» des chaînes d’approvisionnement et la lutte contre le pillage et le commerce illicite deviennent des critères politiques -au risque d’aggraver les tensions régionales. Selon une certaine opinion, l’absence de Kigali à Washington et l’accusation formelle de Kinshasa pourraient alimenter une montée des frictions entre pays riverains, à un moment où la stabilisation de l’Est de la République Démocratique du Congo reste un préalable à toute valorisation durable de ses ressources.
Au‑delà des invectives, la réunion de Washington acte surtout une nouvelle réalité: dans un monde où les minerais critiques structurent désormais la puissance économique et militaire, la gouvernance locale, la sécurité et la transparence sont appelées à déterminer qui sera admis à la table des grands investissements.
KISUNGU KAS

