
Le constat était implacable. Depuis dix ans, la presse écrite en République Démocratique du Congo s’effondrait. Coûts d’impression insoutenables, chute des ventes, absence d’aides publiques, déferlement du numérique. Les kiosques se vidaient. Les titres historiques disparaissaient. Dans ce naufrage, un nom résiste: AfricaNews.
Selon la médiamétrie du premier semestre 2026 publiée par l’institut Les Points, le tabloïd fondé en 2005 par Alain Nkoy et dirigé par Achille Kadima reste le journal papier le plus lu avec 67% de préférence. Un paradoxe. Alors que ses concurrents plient, AfricaNews imprime toujours trois fois par semaine avec ses scoops vérifiés et ses dossiers bien fouillés. Son secret n’est pas de résister au numérique. C’est de l’avoir avalé. Le papier est désormais doublé d’un site actualisé quotidiennement, d’une version PDF, de réels Facebook et surtout d’une diffusion massive dans les groupes WhatsApp.
Dans un pays où le téléphone est devenu la première source d’information, cette formule hybride a payé. Au point qu’en ligne, AfricaNews talonne désormais Ouragan.cd pour former un nouveau Top 2 du web kinois. Car le terrain a basculé. Ouragan.cd, dirigé par Jeanric Umande, est devenu le nouveau patron du web avec 56% des votes. Sa double recette: la vitesse et l’innovation. Revue de presse chaque matin, courte vidéo avec l’invité du jour, capsules photos. Du contenu fait pour scroller et partager. Derrière, AfricaNews 54%. Scoop RDC 51% complète le podium. Le message des internautes est clair: ils veulent des formats qui bougent et des analyses qui éclairent. À la radio, la domination est encore plus écrasante. Top Congo FM écrase tout avec 67% d’audience.
Fondée il y a plus de 20 ans par Christian Lusakueno, «la fréquence utile» truste 9 des 10 journalistes les plus écoutés de Kinshasa. En tête: Thierry Kambundi 71%. La RTNC 15% et Radio Okapi 10% sont loin derrière. À la télévision, le duel se joue entre public et privé. Télé 50´78% et la RTNC 75% dominent l’audience des JT. Mais c’est dans les matinales que la bataille est la plus symbolique. Jessy Kabasele écrase le classement avec 73% grâce à «Le Panier», devenu le rendez-vous des décideurs. Derrière, le doyen Salomon Bimansha résiste avec 61%. Enfin, les réseaux sociaux ont consacré de nouveaux patrons. Stanis Bujakera 58% règne sur X avec ses scoops et ses Spaces. Israël Mutombo 51% s’impose sur YouTube et TikTok avec Bosolo Na Politique.
Et la grande surprise s’appelle Barick Buema 43%. Peu d’abonnés sur X, mais une diffusion virale dans les groupes WhatsApp qui fait de «Parole écrite» un label incontournable. Le fil rouge de cette étude Les Points est simple: en 2026, l’influence ne se mesure plus en abonnements ni en tirage. Elle se mesure à la capacité d’un contenu à être repris, partagé, commenté. Dans un paysage en pleine mutation, la presse congolaise ne meurt pas. Elle se recompose, média par média, écran par écran.
