
D’emblée, le diplomate n’a pas mâché ses mots. De retour à Kinshasa le samedi 28 février, Hidetoshi Ogawa, ambassadeur du Japon en République Démocratique du Congo, a livré sur X un récit sans détour de son passage par l’aéroport de Lubumbashi, dressant le portrait d’un accueil à deux vitesses: d’un côté un terminal VIP «superbe» où, pour 100 dollars, tout est pris en charge; de l’autre, un terminal ordinaire où les passagers se retrouvent livrés à une chaîne de contrôles fastidieux et, selon lui, à des sollicitations d’argent chuchotées.
Ainsi présenté, le contraste sidère. D’un point de vue pratique, l’option VIP promet un service «clefs en main» -prise en charge, escorte en voiture jusqu’à l’avion-, tandis que l’usager du terminal classique doit affronter contrôles de bagages, vérifications de passeports, billets et documents, parfois répétés, souvent effectués dans la foule. Pour l’ambassadeur, cette juxtaposition ne relève pas seulement d’une inégalité de confort: elle dégrade l’image de la province dès les portes d’entrée et de sortie.
Par ailleurs, ce qui heurte particulièrement l’observateur diplomatique, ce sont les «chuchotements»: des demandes d’argent qu’il qualifie de troubles -indéterminées entre frais officiels et pots‑de‑vin. Si certains hommes d’affaires étrangers peuvent ignorer ces sollicitations, la pratique laisse aux visiteurs une impression d’extorsion larvée, et fait courir un risque d’insécurité morale à l’entrée d’un territoire qui se veut attractif pour les investisseurs.
De surcroît, l’ambassadeur pointe une ruse largement répandue: la «date d’expiration» de la carte jaune -le certificat de vaccination contre la fièvre jaune- serait brandie comme motif d’extorsion. Ogawa rappelle, pour couper court à ce subterfuge, que la communauté internationale a désormais reconnu la validité permanente de ce certificat, de sorte que la date imprimée ne doit plus justifier un blocage. En d’autres termes, l’argument administratif brandi par un agent en uniforme ne suffit pas à légitimer une demande financière.
En outre, Ogawa remet Lubumbashi en perspective: selon lui, la situation y est «particulièrement mauvaise» comparée à d’autres aéroports congolais, y compris celui de Kinshasa. Il s’interroge sur les causes -une multiplication des contrôles pour créer de l’emploi, ou plutôt un empilement consécutif à la faible qualité individuelle des vérifications-, mais souligne que le résultat demeure le même: un parcours usant pour le voyageur et une porte d’entrée qui inquiète plutôt qu’elle ne rassure.
Pourtant, et c’est là une nuance importante de son message, l’ambassadeur n’écarte pas l’entière responsabilité des compagnies locales. Il félicite au contraire CAA et Air Fast Congo: «leurs appareils et le personnel étaient bons et satisfaisants», écrit‑il, signalant que le service aérien congolais, quant à lui, a su faire bonne figure.
Au‑delà du constat personnel, le propos de l’ambassadeur prend valeur d’avertissement pour les autorités aéroportuaires et provinciales. En filigrane se dessinent des enjeux économiques et diplomatiques: un traitement d’entrée défaillant pèse sur l’attractivité du territoire, nuit à la confiance des investisseurs et fragilise les efforts de promotion touristique et commerciale. Autrement dit, la mauvaise gestion des flux et la persistance de pratiques opaques ont un coût tangible pour l’image et le développement local.

Face à ces constats, le message adressé est clair et pragmatique: revoir le déploiement des effectifs aux points de contrôle, rationaliser les procédures et clarifier les pratiques afin d’éliminer toute zone grise propice aux extorsions. À cela s’ajoutent des recommandations implicites -formation des agents, affichage des règles et des tarifs, mécanismes de plainte accessibles et protection des voyageurs- pour restaurer une expérience d’entrée digne et transparente.
En définitive, la mise en garde de l’ambassadeur Ogawa est moins une condamnation qu’un appel à la réforme: remplacer la cacophonie des contrôles par une chorégraphie ordonnée, où le passage de l’étranger se fait sans heurt ni humiliation. Car, comme le suggère son témoignage, lorsque les portes d’une ville murmurent des demandes à voix basse, c’est tout un pays qui risque d’être entendu comme complice.
KISUNGU KAS

