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RDC : Katumbi ne croit pas aux élections anticipées!

«On ne peut se permettre d’organiser des élections au détriment de la population congolaise. Aujourd’hui il faudrait d’abord stabiliser le pays. Il reste 2 ans pour aller aux élections. Nous avons cherché les réformes, qu’on puisse un peu discuter sur la nouvelle loi électorale, une nouvelle CENI et aussi la Cour constitutionnelle», a martelé l’ancien gouverneur au micro de RFI

Dans une interview accordée à Radio France internationale -RFI-, Moïse Katumbi Chapwe, ancien gouverneur tout puissant de l’ex-Katanga et actuellement président d’Ensemble pour la République, parle des consultations présidentielles, du sénateur à vie Joseph Kabila et de son appartenance à la plateforme électorale Lamuka. Il donne les raisons l’ayant poussé à participer à ces consultations initiées par le Chef de l’Etat Félix-Antoine Tshisekedi Tshilombo. Il explique aussi pourquoi la majorité parlementaire a, selon lui, basculé et comment le bureau Mabunda a été évincé du perchoir de l’Assemblée nationale. Katumbi ne cesse de taper le poing sur la table contre ses détracteurs qui pensent qu’il a tout obtenu de Joseph Kabila. Selon lui, il ne sait ce qu’il a obtenu de Kabila car celui-ci l’a trouvé en RD-Congo déjà avec 7 fermes et un Jet privé. Autre chose, Katumbi dit que Félix-Tshisekedi n’est pas traitre et qu’il n’y avait pas eu «trahison à Genève». Décryptage. 

Aux yeux de Moise Katumbi Chapwe, si la coalition au pouvoir FCC-CACH est tombée et qu’il y a eu renversement de la majorité à l’Assemblée nationale, c’est simple à comprendre. «C’était une majorité théorique. Maintenant-là, les élus du peuple ont décidé de changer les choses. Les gens ne croyaient pas dans cette majorité et mêmes les députés de la majorité n’y croyaient pas», a-t-il entrepris d’expliquer. Accusé d’avoir sorti un chéquier pour acheter les députés et utilisé sa fortune pour faire tomber la majorité de Joseph Kabila à l’Assemblée nationale, l’ancien gouverneur de l’ex-Katanga se défend.

«On me cite partout, c’est très intéressant. Il y a eu des élus du peuple qui ont décidé, Moïse Katumbi n’a pas été là pour voter», dit-il, rejetant toute accusation d’avoir peut-être tiré des ficelles de chez-lui: «Moïse Katumbi sera toujours derrière le peuple congolais».

Le président d’Ensemble pour la République réfute aussi les arguments selon lesquels Félix Tshisekedi a trahi Lamuka à Genève et qui pourrait également trahir ses nouveaux alliés dans le cadre de l’Union Sacrée pour la Nation. «Il n’y avait pas eu trahison au niveau de Genève», insiste-t-il. Quand Alain Foka lui rétorque que Tshisekedi a rejoint Kabila qu’ils combattaient tous, Katumbi rebondit: «Vous savez quand on n’est pas d’accord! Moi j’avais quitté Kabila, je n’ai pas trahi. Je l’ai quitté parce que je savais que Kabila n’avait pas changé le Congo».

Quant à savoir s’il sera nommé informateur, Katumbi parle d’une rumeur: «je suis flatté d’entendre ça pour la première fois. Jusque-là personne ne m’a contacté. C’est une rumeur qui circule». Le leader d’Ensemble ne voit surtout pas comment les élections anticipées pourraient avoir lieu dans les conditions actuelles où les caisses de l’Etat sont vides. «Je ne crois pas aux élections anticipées. Il y a eu des élections pour un mandat de 5 ans, et les caisses de l’Etat sont vides. On ne peut se permettre d’organiser des élections au détriment de la population congolaise. Aujourd’hui il faudrait d’abord stabiliser le pays. Il reste 2 ans pour aller aux élections. Nous avons cherché les réformes, qu’on puisse un peu discuter sur la nouvelle loi électorale, une nouvelle CENI et aussi la Cour constitutionnelle».

L’avis de Katumbi est partagé par bon nombre d’acteurs sociopolitiques du pays. Ces derniers estiment que l’organisation des élections anticipées suppose les moyens financiers et logistiques conséquents, la dissolution de l’Assemblée nationale, la révision de la Loi électorale, la réforme de la CENI ainsi que l’élection du  nouveau bureau de la centrale électorale. Autant de préalables. Autant de limites que le Président de la République ne saurait franchir pour le moment.   


Déchainé contre ceux qui l’accusent d’avoir trahi Kabila

A la question de savoir si la majorité qui se forme avec tous sauf Kabila est solide, Katumbi répond: «Il n’y a pas une majorité qui dise tout sauf Kabila. C’est un sénateur à vie, il est là. Pour nous, le plus important ce ne sont pas les individus mais le système que la kabilie avait créé. S’il y a une nouvelle majorité, c’est une majorité qui va travailler pour le peuple congolais. Il n’y a personne qui pourra le -Kabila- poursuivre». Pour ceux qui disent que Katumbi serait parti avec certaines factures de Kabila, l’opérateur économique devenu politicien se déchaine: «je ne suis pas venu en politique les poches vides. J’ai vu des gens venir en bottes ou en babouches. Quand je suis entré en politique, je suis un opérateur économique très assis. C’est pourquoi je suis respecté par notre population. Et j’ai toujours demandé aux politiciens congolais, à la population congolaise si nous pouvons organiser une table ronde et chacun puisse expliquer l’origine de sa fortune. Donc j’ai un bilan. J’étais audité avant même que j’entre en politique».

Et de poursuivre: «j’ai fait l’argent au Congo avant que Joseph Kabila n’arrive au Congo. La ferme où je suis, Joseph Kabila m’a trouvé avec 7 fermes, j’avais un Jet privé. Je ne sais pas ce que Joseph Kabila m’a donné». Katumbi affirme être encore dans l’opposition à ce jour. «Je suis toujours dans l’opposition. Jusque-là il n’y a pas de majorité présidentielle. Je suis dans Lamuka, je reste constant dans ce que je suis en train de faire», clame-t-il avant de s’expliquer: «si je suis allé aux consultations, parce que l’heure était grave. Il y avait le chaos dans notre pays et ce chaos continue jusqu’aujourd’hui. Je suis allé là-bas pour écouter le Chef de l’Etat et donner quelques conseils».

RFI a voulu savoir si derrière ses conseils donnés au Chef de l’Etat, Katumbi serait Premier ministre au cas où le président Tshisekedi le lui proposait. Le boss de Mazembe répond avec délicatesse soulignant qu’il n’est pas demandeur de poste. «Je ne suis pas allé aux consultations pour chercher un poste. Pas du tout. Les compétences ne manquent pas au Congo. Je ne suis pas le seul compétent au Congo». Le président d’Ensemble pour la République préparerait déjà les scrutins de 2023? Sa réponse est claire: «2023 c’est très loin. Est-ce nous voulons aller aux élections chaotiques pour continuer à enfoncer le pays, la population dans la misère? Non, je ne crois pas», a-t-il indiqué.

Toutefois, il dresse le profil de celui qui devrait être nommé informateur. «Tout dépend du Président de la République.  Nous n’avons discuté de ça, c’est lui qui doit choisir l’informateur. Ça doit être un homme intègre, qui sera accepté par toute la population congolaise», souhaite-t-il, fustigeant le fait que  «quand les gens disent que le Congo est un pays riche, pour moi le Congo est un pays très pauvre. Ce sont les politiciens qui sont devenus riches avec l’argent du Congo. Il faut quelqu’un d’intègre qui peut amener une nouvelle majorité et que le Président de la République faire son programme pour le bien du peuple congolais».

Octave MUKENDI      

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