
Le gouvernement RD-congolais s’organise pour récupérer toutes les zones sous occupation de l’armée rwandais, sous couvert des rebelles du M23. Dans une récente interview accordée au New York Times, le président Tshisekedi a pris l’engagement de libérer les territoires sous occupation, y compris Goma et Bukavu, «par le dialogue ou par la force». Au sein du gouvernement, cet engagement a trouvé du répondant. En témoigne la déclaration du ministre de la Communication et médias, Patrick Muyaya, jeudi 6 mars à l’ouverture du Colloque sur la sauvegarde de la souveraineté et de l’intégrité territoriale de la République démocratique du Congo.
Le speaker du gouvernement a décrit la situation comme étant «grave», dénonçant les tueries perpétrées par le Rwanda et ses supplétifs. «Notre souveraineté est violée, notre intégrité territoriale remise en question, et nous en souffrons», a fait remarquer Muyaya qui, au nom du gouvernement, a réaffirmé l’engagement à «tout faire pour [la] libération» de ces populations soumises à la domination rwandaise.
Pour réussir son entreprise, Kigali a mis en place un vaste système informationnel que Kinshasa qualifie d’industrie de manipulation. Pour Muyaya, il s’agit du «poison rwandais», distillé à travers les réseaux sociaux sous forme d’un «venin de la division dans l’écosystème RD-congolais». Selon le porte-parole du gouvernement, ce «poison rwandais» se décline en trois axes principalement, notamment la dénonciation d’une fausse existence des discours de haine en RD-Congo. «Nous nous sommes attelés à détricoter ce discours mensonger», a affirmé Patrick Muyaya.
Kigali soutient également la thèse de l’abandon des réfugiés RD-congolais au Rwanda. Une affirmation que Kinshasa n’admet pas, précisant qu’il y a «plus de réfugiés rwandais au Congo que le contraire». Kinshasa balaie également d’un revers de la main les accusations de son voisin sur l’entretient des FDLR, ces hutus rwandais ayant traversé la frontière lors du génocide 1994. Muyaya a botté en touche ce qu’il a qualifié d’un «prétexte» utilisé depuis des décennies pour envahir les terres RD-congolaises.
Après le front populaire, le front scientifique!
Le Colloque sur la sauvegarde de la souveraineté et de l’intégrité territoriale de la République démocratique du Congo, lancé jeudi, est organisé par le ministère de l’Enseignement supérieur et universitaire. Une sorte de «front scientifique» qu’a salué Muyaya, heureux des succès récoltés ces dernières semaines dans les autres fronts: diplomatique, militaire, économique, juridique, médiatique et populaire -lancé il y a tout juste quelques jours. Sur le front économique, Muyaya a fait remarquer que la moitié du budget du Rwanda provient du pillage des richesses de la RD-Congo. «Le Rwanda se présente comme un pays producteur d’or alors qu’il n’a pas de ressources minières dans son sous-sol. Ici, nous nous sommes levés contre cette exploitation illicite du Rwanda. Comme ils le font depuis 30 ans, ils comptent maintenir l’est de la RD-Congo sous leur joug pour nous déstabiliser et profiter du pillage de nos ressources minières», a fait remarquer le ministre.
Côté diplomatie, la voix de Kinshasa porte plus que jamais. Ces dernières semaines, les cartes ont été sensiblement redistribuées et les lignes ont bougé avec le dynamisme de l’équipe Suminwa. Kigali est actuellement submergé de sanctions alors que l’image de Paul Kagame s’est considérablement écorché récemment. Reste à engranger des succès probants sur le front judiciaire alors qu’il n’y a jamais eu de «véritable justice pour tous ceux qui tuent depuis 30 ans dans l’Est». «Cette fois-ci, il doit y avoir justice, ce qui explique la présence du procureur général de la CPI», a rassuré Muyaya, non sans évoquer les «arguments solides» et le narratif construit pour soutenir le front médiatique. «Sur le front militaire, si nous n’avions pas de militaires braves et un commandant suprême qui ne sommeille pas, la situation serait plus grave», a-t-il ajouté.
Bien que de simples assises, le Colloque sur la sauvegarde de la souveraineté et de l’intégrité territoriale de la République démocratique du Congo est un moyen pour le gouvernement d’exprimer la «solidarité et [le] soutien aux populations qui vivent sous occupation».
La ministre de l’ESU, hôte du Colloque, a notamment insisté sur la place des scientifiques dans la bataille pour la liberté, derrière le président Félix-Antoine Tshisekedi Tshilombo. Pour Marie-Thérèse Sombo, mettre ensemble autant d’intelligences va permettre d’assurer la survie de la nation. «Lorsque les savants sont appelés à raisonner scientifiquement, ils se fondent sur des événements, notamment des faits irréfutables, afin de démontrer la vérité par la pertinence et la cohésion de leurs appuis. Cependant, les mêmes faits sociaux peuvent aussi être interprétés différemment par chacun d’entre nous, suivant son engagement vis-à-vis de l’enjeu existentiel ou de la cause de l’enjeu. Il s’agit pour nous, tous rassemblés en ces lieux, de la survie de notre nation», a-t-elle expliqué.
En plusieurs points, la situation dans l’Est de la RD-Congo est devenue une question existentielle. «C’est la patrie ou la mort», a dit la ministre de l’ESU. Avec ce front scientifique nouvellement lancé, le gouvernement RD-congolais entend faire raisonner ses cerveaux «dans la perspective des changements des paradigmes adaptés au contexte actuel du pays».
WIDAL