
Au cœur de l’engouement suscité par le franc congolais sur le marché des changes, le gouverneur de la Banque centrale du Congo -BCC-, André Wameso, a partagé, le jeudi 9 octobre sur Top Congo, sa stratégie pour revitaliser la monnaie nationale. Nommé à la direction de la BCC fin juillet, l’ancien directeur de cabinet adjoint du président Tshisekedi en charge des questions économiques et financières semble avoir trouvé la solution pour restaurer l’estime du franc congolais. Selon Wameso, l’appréciation récente de la monnaie RD-congolaise n’est pas un simple phénomène passager, mais le résultat de la politique monétaire mise en place par l’institution. «C’est uniquement grâce à cette politique monétaire que le taux de change a gagné en valeur», a-t-il précisé.
Désormais, la BCC s’efforce de maintenir cette tendance à la baisse du taux de change, en encourageant une demande accrue pour les francs congolais. «Il ne devrait plus être question que les RD-Congolais préfèrent d’autres devises à la leur. Je souhaite que les RD-Congolais soient fiers de leur monnaie», a-t-il affirmé, appelant les banques commerciales à suivre cette dynamique. Sur le terrain, les premiers résultats de la méthode Wameso commencent à être visibles, alors que la BCC prévoit d’injecter sur le marché davantage de francs congolais, y compris des coupures plus petites.
«C’est aux banques commerciales de venir les acquérir», a précisé Wameso, soulignant également qu’il ne travaille pas contre le dollar. «Mon travail est consacré au franc congolais. Ma mission constitutionnelle est de protéger la monnaie nationale, d’assurer la stabilité financière et de combattre l’inflation. La meilleure démarche consiste à encourager l’utilisation du franc, pas à l’imposer», a-t-il nuancé.
Vers une digitalisation monétaire
En outre, le gouverneur de la BCC vise une meilleure inclusion financière, notamment à travers la digitalisation pour un paiement réel des consommations. «Promouvons cette culture financière facilitée par les nouvelles technologies», a-t-il plaidé. Conscient de l’importance de la digitalisation dans les services financiers, André Wameso a mis en garde contre toute spéculation. Parallèlement, la BCC élabore également des réflexions pour prolonger cette embellie du franc congolais.
Parmi les solutions proposées, Wameso plaide pour la réduction des ressources obligatoires en dollars américains. Selon lui, la précédente dépréciation était liée à un mécanisme de constitution de réserves obligatoires initialement exprimées en francs congolais à un taux fixe de 1.999 francs pour un dollar. Pour y remédier, la BCC a décidé de resserrer sa politique monétaire tout en injectant ponctuellement des devises pour stabiliser le marché. Aujourd’hui, ces réformes commencent à donner des résultats. L’autorité monétaire envisage également d’utiliser l’or pour «soutenir la monnaie nationale et renforcer la stabilité financière».
«L’une des premières décisions que j’ai prises concerne la constitution de réserves d’or pour la Banque centrale», a-t-il déclaré. Cette nouvelle politique vise deux objectifs: renforcer la solidité du franc congolais et diminuer la dépendance aux devises étrangères. Cependant, peu de détails ont été fournis sur cette transition. À terme, la BCC prévoit de faire de l’or la «principale source de développement» de l’économie nationale. «J’ai reçu des instructions pour réguler le taux de change», a rappelé André Wameso, manifestement satisfait de son travail deux mois après son arrivée à la BCC.
La prochaine étape pour la BCC sera la formalisation d’un système de pension complémentaire par capitalisation en francs congolais. Néanmoins, Wameso ne souhaite pas employer le terme de «dédollarisation» à propos de l’économie nationale. Méthodique, le gouverneur de la Banque centrale privilégie une politique persuasive pour encourager la population à accorder davantage de confiance à leur monnaie. En résumé, la méthode Wameso se distingue des pratiques passées qui avaient fragilisé l’économie, en évitant les décaissements d’urgence.
Désormais, la BCC envisage une démarche d’orthodoxie financière avec pour but final de réguler la «surliquidité» sur le marché, considérée comme la principale cause de la dépréciation du franc congolais. Wameso a également souligné la lenteur perceptible dans la baisse des prix des produits et l’impact limité de l’appréciation du franc congolais sur le coût de la vie. «Cela s’explique par un effet de retard», a-t-il justifié, tout en appelant la population au calme et à la patience.
Natine K.
