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Et si c’était un gouvernement intérimaire?

Kabila-Kengo-Minaku
A défaut d’être embrouillée, la scène politique RD-congolaise est toujours aussi effervescente, ce qui constitue, dans son genre, un doux euphémisme. La question qui agite à ce stade le microcosme est évidemment celle du gouvernement dit de cohésion nationale. Promis depuis bientôt une année, ce gouvernement tarde toujours à voir le jour, poussant certains d’entre nous à la limite de la crise des nerfs.
Il suffit pourtant de lire les signes, d’approfondir l’observation pour dégager les lignes de force d’une dynamique qui cherche à se frayer un chemin, tant l’objectivité tarde à être au rendez-vous d’analyses qui auraient eu tout à gagner à rester impersonnelles, mais qui semblent, encore et toujours,  n’avoir pas d’autre horizon que le positionnement.
Sans nécessairement exclure le concept de cohésion nationale dont on a oublié, dans l’emballement général, jusqu’au sens primitif, cette dynamique appelle, au minimum, à examiner les conditions de son applicabilité, d’un contenu revu et corrigé à l’aune des exigences largement partagées de paix, de stabilité et de consensus.
Il est plus que symptomatique que cette vision pourtant décrite en son temps par le chef de l’Etat, qui s’était interrogé publiquement sur l’idéalisation excessive d’une démocratie à l’Occidental uniquement bâtie sur l’affrontement majorité-opposition, ainsi que sur son applicabilité dans les sociétés africaines en proie à l’ethnicité et à la diversité culturelle, ait échappé à la sagacité des analystes RD-congolais, toujours obnubilés par le court terme, et n’ait pas trouvé d’écho au sein de la Majorité. Sauf dans cet aspect trivial, si voisin de la caricature, synonyme d’instinct de survie pour les espèces en errance, sans nécessairement constituer, au-delà du confort personnel que procure la pratique du pouvoir, une garantie pour la stabilité d’un ordre politique appelé à subir des changements au gré des  attentes des acteurs plus ou moins bien inspirés.
Précisément, la question était, et reste, de savoir si, au regard d’un contexte fragmenté, l’urgence est à mettre des noms dans des cases ou à éviter que le futur ne soit pas pire que le passé. Du coup, c’est la pensée elle-même qui devrait évoluer, non pas pour s’adapter pour le simple plaisir de sacrifier à une nouvelle mode, un nouvel air du temps, mais pour trouver des réponses cohérentes à des besoins politiques réels.
Il en est ainsi du concept de la cohésion nationale, bâti en son temps sur le double ressort d’un front à présenter contre la menace extérieure symbolisée par le M23 et de la mort programmée du clivage constitutionnel Majorité/Opposition factice -dans un contexte où les différences idéologiques et entre projets de société tiennent de l’anecdote-  qui en est le corollaire naturel. Nul doute qu’à la lumière des faits, ce concept demande à être revisité, la guerre ayant pris fin avec la signature de l’Accord-cadre d’Addis-Abeba.
D’ennemi, le M23 a en effet conquis le statut de bâtisseur de paix et revendique, du coup, autant la respectabilité que le statut de partenaire clé dans le projet d’émergence de la RD-Congo. Il n’est pas le seul, rien qu’à voir se multiplier les plateformes de l’Opposition revendiquant leur voix au chapitre et contestant bruyamment le droit d’ainesse, ainsi que la légitimité, de tous ceux qui avaient pu croire que le clan Kengo en détenait le monopole.
On peut alors se poser la question de savoir qui osera jeter la pierre -quand, pour combattre l’Etat Islamique en Irak, l’Occident est bien obligé de serrer la main de son supposé ennemi d’hier, Bachar El Assad- mais, aussi et surtout, d’évaluer le prix politique de cette douce ironie de l’histoire. Du coup, voilà la Communauté internationale qui a parrainé l’accord d’Addis-Abeba et offert les garanties de bonne fin qui se croit fondée à réclamer à cors et à cris la convocation d’un dialogue dit inclusif, irritant même le Chef de l’Etat qui a dû sermonner quelques ambassadeurs, dans l’espoir que ce dialogue ne laisserait personne sur le bord de la route. La même Communauté internationale réclame des réformes en profondeur du secteur de la sécurité, ainsi que de la gouvernance globale de l’Etat, particulièrement en matière de décentralisation et des finances.
Du coup, voilà de nouvelles plateformes d’Opposition qui voient le jour et s’affichent en contestant la légitimité du clan Kengo sans lequel les Concertations nationales n’auraient pourtant pas eu de sens!
Le gouvernement de cohésion nationale dans son schéma ès Concertations nationales colle-t-il encore à cette vision de consensus général et de compromis global? Quand le dossier des FDLR prend de plus en plus les allures d’un boulet, quand la Centrafrique bouillonne, quand l’Afrique de l’Ouest ainsi que le Sahel sont sous la menace de l’islamisme, quand l’Opposition, comme dans une sorte de répétition générale, reprend de plus en plus du poil de la bête, et que l’équilibre dans l’Est du pays ne tient si bien que grâce aux apports déterminants et déterminés de la MONUSCO, la RD-Congo peut-elle se payer le luxe, et le risque, d’un conflit avec la Communauté internationale sans être accusée de manquer à ses engagements?
Du temps et de la patience
Pour peu que la cohésion nationale ambitionne de se donner un contenu plus politique et sociologique que simplement opportuniste, pour peu qu’elle soit une promesse de compromis susceptible de faire sauter, dans le consensus, «verrous et tabous», ou de présenter des garanties réelles d’une paix sociale durable, elle ne peut que se nourrir de la vision du Chef de l’Etat de sortir du clivage Majorité-Opposition pour s’offrir de nouveaux espaces de dialogue.
Que l’attente d’un gouvernement de cohésion nationale soit longue et frustrante, qu’à terme il  zfaille s’attendre à des pleurs, des grincements de dents et même des reniements, aucun prix ne sera trop fort pour cela.
Un analyste parmi les plus brillants du microcosme politico-médiatique RD-congolais s’interrogeait récemment: «Où est passée la Majorité?» Il déplorait l’absence de production, de mobilisation, mais aussi du débat d’idées susceptible de conforter, dans un sens ou dans l’autre, la démarche du Chef de l’Etat afin de l’inscrire, non pas dans le court terme, mais dans l’intemporalité qui forge les grandes figures historiques.
Nul doute possible: la RD-Congo est à un tournant. Alors, lorsque tout peut basculer sur une décision, le temps et la patience sont les alliés de ceux qui aspirent à marquer l’Histoire. Rien ne dit que ce n’est pas l’ambition secrète de notre Président.
Si, par contre, ce dernier est obligé de trancher dans l’urgence pour satisfaire quelques appétits, on peut croire que les éléments d’un véritable compromis global ne seront pas encore réunis, que ce sera juste pour mettre en place une équipe intérimaire, en attendant le consensus qui apportera l’éclairage que tout le monde attend dans la perspective de 2017.
KENGE MUKENGESHAYI

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