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BIAC en faillite, Losembe viré!

Plus de 150 licenciements en vue, réduction des agences et de la masse salariale notamment parmi les cadres, réduction des distributeurs automatiques…la Banque internationale pour l’Afrique au Congo vit probablement ses dernières heures
La BIAC, l’une des grosses banques du pays, avec à l’actif plus 500.000 comptes, est sur la route du cimetière. Ses fossoyeurs: le Premier ministre Matata et Michel Losembe, ex DG de la BIAC, limogé dans la soirée du lundi 28 mars 2016. Selon une source bien renseignée, Matata Ponyo est l’homme qui a donné le coup fatal à cette entreprise déjà en difficulté depuis quelques années. Sans aucune précaution, le PM a exercé une pression «terrible» sur la BIAC pour obtenir le remboursement de CDF 35 milliards sur les 40 milliards de prêt que cette dernière avait contracté à la Banque centrale, alors que le délai n’était pas encore échu, confie un banquier de la place. Suite logique après paiement de cette dette, la BIAC est officiellement entrée en récession. Le deuxième fossoyeur, Michel Losembe. L’homme qui voulait être Gouverneur de la Banque centrale du Congo -BCC- passe pour un champion en doublement des systèmes. A chaque fois, témoigne un haut cadre de la Citibank, Losembe s’est toujours créé un système parallèle au circuit officiel de la Banque. A Citibank, assène la source, Losembe avait une maison de change parallèle à celle de la Banque. Des pratiques qu’il aurait amenées à la BIAC, déjà en difficulté et dont il avait reçu mission de relever.      
De l’avis des experts financiers, la BIAC est officiellement en faillite et il faut craindre l’effet contagion direct qui peut en découler. Si l’on n’y prend garde, tout le système financier péniblement mis en place risque de s’écrouler comme un château des cartes. AfricaNews avait l’info depuis plus de deux semaines et a pris tout son temps pour la vérifier et recouper toutes les sources. Appelé à se prononcer sur la question le jeudi 24 mars, Michel Losembe, encore DG de la BIAC en ce moment là, a préféré jouer le chrono pour retarder la publication de l’article d’AfricaNews, le temps de préparer sa «communication de crise», finalement publiée dans la soirée du lundi sur le site de l’Agence écofin. Puis, après avoir été à la base de multiples pressions visant à bloquer la diffusion de l’article d’AfricaNews, l’homme va finalement donner sa version, qu’il demande de publier sous anonymat: «la Banque est en difficulté, c’est vrai. Elle est due au paiement inattendu, avant terme, de la dette contractée auprès de la Banque centrale. Pour l’instant, il y a des soucis de trésorerie mais ce n’est pas la banqueroute comme certains l’insinuent. Nous comptons rééquilibrer les choses en faisant une petite restriction qui vise essentiellement la réduction du personnel et des agences ainsi qu’une nouvelle assistance financière de la Banque centrale. BIAC, c’est 300.000 clients et, donc, environ 3 millions de personnes dont la Banque centrale doit protéger et sécuriser l’épargne». Un mensonge répété même dans le communiqué sur le site de l’Agence écofin.
A la Troïka stratégique de lundi, la réunion parallèle du gouvernement, la question BIAC a été certes évoquée, mais plutôt dans le sens sécuriser les épargnants. Jamais un nouveau plan d’intervention n’a été envisagé. L’Exécutif lui-même a des sérieuses difficultés de trésorerie qui l’ont conduit à réduire, sensiblement et malgré lui, certaines dépenses de fonctionnement. Selon un haut fonctionnaire qui assure avoir récupéré tous ses avoirs de la BIAC, la recapitalisation dont on parle n’est qu’illusion. «Où les actionnaires de la BIAC trouveront USD 50 millions dans ce contexte marqué par la crise?», s’interroge-t-il avant de poursuivre: «avec la Banque Congolaise, c’était le même français et les mêmes promesses. Nous en avons mauvais souvenirs». Lundi, des clients dont des confrères, n’ont eu que leurs yeux pour pleurer quand, devant les guichets bondés de monde, ils ont appris que les retraits étaient désormais plafonnés à seulement 500 dollars!
 
Le coup fatal de Matata                    
En dépit de tout ce qu’on peut épingler comme problèmes de gestion internes à la BIAC, le Premier ministre Matata est à la base de la descente aux enfers de l’ex-BIAO. La situation date d’il y a quelques années. Confrontée à des difficultés, la BIAC avait sollicité et obtenu de la BCC un crédit de CDF 40 milliards destiné à financer un plan de sauvetage dûment présenté et défendu par son comité de gestion, conformément à la loi qui fait obligation à la Banque centrale de venir en aide aux banques privées en difficulté. La disposition, insiste-t-on, vise à protéger le système financier d’une crise brusque, un peu comme celle qui pointe désormais à l’horizon.
Pour bien s’assurer du sauvetage, la BCC avait plafonné ce prêt à CDF 40 milliards et le plan prévoyait le remboursement une fois que les associés auront injecté, comme convenu, un capital frais d’au moins USD 50 millions. Il s’agissait d’une mesure visant à sécuriser le marché financier, comme le recommande la loi. Voilà qu’un bon matin, le Premier ministre, dont le gouvernement est buté à des problèmes de trésorerie, va exiger à ce que la BIAC rembourse sans délai les CDF 40 milliards empruntés de la BCC pour lui permettre «de fonctionner». Pendant ce temps, CDF 130 milliards de l’Etat sont placés, sur sa décision, dans des banques privées et génèrent des intérêts dont l’Etat ne bénéficie pas. Où vont donc les intérêts générés par cet argent? Pourquoi le Premier ministre n’a-t-il pas fait recours à cette somme -4 fois supérieure à celle qu’il a réclamée à Losembe et ses amis-, au lieu de faire pression sur la BIAC et mettre en péril tout le système financier? Le diable tout comme Dieu se cache dans les détails, dit un vieil adage. «La pression était tellement forte que même la BCC n’a pas pu s’imposer. La BIAC n’avait d’autres choix que rembourser. La suite, nous la vivons déjà. Ce n’est que le début», prévient un analyste économiste.
La situation est pire qu’on ne l’imagine. La BIAC travaille presque avec toutes les grosses entreprises présentes en RD-Congo et dans divers domaines. Alerté par une probable banqueroute de la BIAC et soucieux de se mettre à l’abri, un gros client a décidé de retirer ses avoirs de la BIAC, environ USD 16 millions, avant qu’un autre vienne à son tour pour en retirer 10 millions, ce que la banque n’était plus en mesure de sortir. Dans ce contexte, la relation de confiance est totalement rompue. Les clients préfèrent la thésaurisation, question d’être à l’abri. Pour essayer d’arrêter cette coulée, le gouvernement à travers la BCC a dû demander en catastrophe le remplacement du comité de gestion de la BIAC. Anne Mbuguje, jadis directrice de marketing, a été désignée DG ai en remplacement de Michel Losembe, ci-devant président de l’Association congolaise des banques -ACB- démonétisé sur le coup. Mission principale: accélérer la restauration de la BIAC. Mission impossible? Au regard du communiqué diffusé sur Agence Ecofin, la réponse est OUI. Des longues explications fournies prouvent à suffisance que la banque n’a plus des liquidités. Elle ne fait plus des bénéfices non plus. Elle n’a que des dettes qu’elle ne parvient plus à rembourser. Ses gros clients sont inquiets parce qu’ils ne peuvent être servis en temps voulu faute du cash. En économie, ça s’appelle banqueroute. A moins de réinventer le français et le lexique du monde exigeant des finances. Plus de 150 licenciements en vue, réduction des agences et de la masse salariale notamment parmi les cadres, réduction des distributeurs automatiques…la Banque internationale pour l’Afrique au Congo est probablement en faillite. La faute aux fossoyeurs!
Henry MBUYI KABEYA    

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