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3ᵉ mandat: Mukwege vise droit contre le pouvoir

Pendant que le Parlement accélère sur la loi du référendum constitutionnel, une voix a coupé le brouhaha. Denis Mukwege. Prix Nobel de la paix 2018. Chirurgien de Panzi. Il est sorti de sa réserve vendredi et a publié une tribune au vitriol sur X. Une seule question en guise de détonateur: «Que pèse un troisième mandat sur la survie du Congo?». Le réquisitoire ne pardonne pas. L’UDPS, jadis «flambeau de la résistance» et temple de la lutte démocratique, est clouée au banc des accusés. Mukwege l’accuse d’être devenue le maître d’œuvre d’une forfaiture qui pourrait conduire le pays à sa disparition. Pas de calculs juridiques, dit-il. Pas d’ambitions de conservation.

L’urgence est ailleurs: dans les hôpitaux de Goma, dans les champs minés du Sud-Kivu, dans les ventres creux des 12 millions de Congolais menacés de famine. Pendant qu’Ebola refait surface et que l’Est reste sous occupation, le Parlement a choisi d’ériger la révision constitutionnelle en «urgence nationale». Déconnexion totale, tranche Mukwege, avec les réalités du souverain primaire.

Un hémicycle anesthésié par l’opulence

Le diagnostic est sans anesthésie. Le Nobel vise droit contre le Pouvoir: salaires mirobolants, avantages multiples, confort matériel. Résultat: la fibre patriotique des députés est à plat. «La seule raison de cet acharnement qui s’apparente à un cynisme froid, c’est que sous le régime actuel, les parlementaires reçoivent un salaire mirobolant, un achat des consciences qui scandalise tout observateur sensé», écrit-il. Traduction: prolonger leur bien-être est devenu la priorité absolue. «Malheur à qui ne soutiendrait pas ce projet funeste pour le pays; bientôt, il retrouvera la masse miséreuse. Dès lors, que la population crève, que le Congo se désagrège, rien, absolument rien, n’émeut nos parlementaires».

Les flèches sont surtout tirées vers l’Est. Mukwege s’indigne des députés du Nord-Kivu, du Sud-Kivu et de l’Ituri, devenus selon lui les premiers remparts d’une aventure «suicidaire». Il cite sans le nommer le président de l’Assemblée nationale, élu de Walungu. Pendant qu’ils défendent le mandat, leurs électeurs sont chassés de leurs champs, privés de commerce, livrés seuls à la guerre et aux épidémies, sans l’appui de l’État.

Un pavé dans la mare

Cette sortie d’une autorité morale de ce calibre n’est pas anodine. Elle tombe au moment exact où l’avenir des institutions se joue au rythme des amendements parlementaires. Mukwege ne fait pas de proposition. Il pose un miroir. Et dans ce miroir, le pouvoir voit un Congo qui saigne pendant que Kinshasa débat de son horloge électorale. Le débat constitutionnel est lancé. Mukwege vient de fixer la ligne rouge: avant de parler de mandat, parlons de survie. 

Hénoc AKANO

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