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Les RD-Congolais exigent des obsèques dignes pour Papa Wemba

La sagesse recommande de toujours analyser à fond ce qui nous arrive de manière à dégager les leçons susceptibles de permettre d’éviter de retomber dans les travers du passé. Le tsunami qui vient de se produire dans l’espace artistique africain continue de provoquer de grosses vagues. Les images ont beau défiler en boucle sur les écrans des chaînes de télévision, nombreuses sont les personnes qui refusent de se rendre à l’évidence de la mort de Jules Presley Shungu Wembadio.
La diffusion à foison des œuvres de cette icône de la rumba RD-congolaise dans tous les médias audiovisuels et surtout dans tous les bistrots, terrasses, débits de boisson et «nganda» de la ville province de Kinshasa et des places fortes des provinces à l’intérieur du pays, en rajoute à cette ambiance irréelle de l’immortalité des artistes dans la mémoire individuelle et collective.
Recommandation médicale de l’observance obligatoire de beaucoup de repos
Quels ont été les derniers moments du patron de Viva la Musica sur cette terre des hommes? Quel est son dernier bulletin de santé? Comment a-t-il passé ses dernières heures de la nuit de samedi à dimanche avant d’aller au rendez-vous de la mort en plein spectacle à Abidjan? Qui a assuré son encadrement? Avait-il des pressentiments sur la précarité de son état de santé? Les journalistes des médias étrangers parlent d’une certaine fébrilité observée dans le comportement de l’artiste sur la scène à Abidjan. Les questions foisonnent ainsi que les zones d’ombres.
Sous d’autres cieux, lorsqu’une personnalité d’une telle envergure meurt, toutes les pistes sont explorées de manière à en connaître les vraies causes. Généralement, le médecin traitant monte en première ligne pour édifier l’opinion. Souvenons-nous des moments chauds vécus par le médecin traitant de Michael Jackson jusqu’à son emprisonnement après un procès fortement médiatisé. Plus près de nous, la mort inopinée de la vedette américaine Prince Rogers Nelson a fait l’objet de moult commentaires dans le monde entier au point qu’il a fallu attendre les résultats de l’autopsie effectuée sur la dépouille de ce virtuose du micro et de la guitare pour enfin calmer la tempête.
Chez nous, les choses se passent comme si nous étions encore à l’âge de la pierre taillée. Ce sont les états d’âme ainsi que les commentaires en sens divers à dormir debout qui meublent les conversations. En remontant à la source, il se révèle que le médecin personnel de Papa Wemba réside en France. L’année dernière, la star a piqué une crise après avoir été fortement secouée par une malaria carabinée, frôlant de près l’irréparable. Fort heureusement, la famille veillait au grain et l’a acheminée en grande vitesse à l’hôpital où des soins appropriés lui ont été administrés. Selon ses proches, la grande recommandation des médecins était l’observation de beaucoup de repos.
Terminer sa vie sur cette terre en planant devant ses mélomanes
Papa Wemba a dû réduire son train de vie. Tous ceux qui l’approchaient ces derniers temps, entendaient de lui un discours sage de quelqu’un qui se préparait à se retirer progressivement des méga productions nécessitant une grande débauche d’énergie pour se consacrer à l’encadrement et la promotion des jeunes et de ses groupes.
Dans une interview accordée à un confrère de Télé Sud en janvier 2016, Jules Presley Shungu Wembadio déclare que depuis quelque temps, lorsqu’il se produit sur scène, il a la sensation de planer devant les mélomanes. C’est de cette manière qu’il aimerait bien terminer son séjour sur cette terre, c’est-à-dire en pleine prestation, devant ses fans… Suivez mon regard.
Se trouvant en pleine période de convalescence, Papa Wemba a été approché pour marquer de son empreinte le Festival des musiques urbaines d’Anoumabo -FEMUA- organisé à Abidjan. Respectueux de l’accord conclu, Papa Wemba a effectué le déplacement de la capitale de la Côte d’Ivoire, accompagné de ses musiciens et de quelques danseuses, comme il en a l’habitude. Ne se doutant de rien, il a voyagé sans son médecin, et surtout sans la présence d’un manager de gros calibre.
La vie des musiciens identique à celle des sportifs de haut niveau
A Abidjan, le patron de Viva la Musica s’est plié volontiers à toutes ses obligations professionnelles suivant les termes du contrat signé avec M. Asalfo, commissaire du FEMUA et leader du groupe ivoirien Magic System. Il s’est aussi prêté à toutes les sollicitations d’ordre protocolaire. Les prochaines heures apporteront plus de lumière avec le déplacement de certains observateurs avisés.
La vie des musiciens ressemble, à s’y méprendre, à celle des sportifs de haut niveau, voire des soldats envoyés au front. Les artistes sont souvent tenus de prester pendant plusieurs heures sur scène, parfois dans des conditions extrêmement difficiles. Ce qui nécessite une préparation physique, mentale et psychologique conséquente et un parfait état de santé.
En sport, avant le début de toute compétition, les athlètes sont tenus de présenter un certificat d’aptitude physique, condition sine qua non pour toute admission à se produire sur les terrains de jeu. Même dans les établissements scolaires, cette disposition est de stricte application. Dans les entreprises sérieuses, toute embauche est conditionnée par un check-up médical de manière à s’entourer de toutes les garanties nécessaires sur les aptitudes du candidat à honorer valablement son contrat.
Quel est le bulletin de santé des musiciens RD-congolais?
L’opinion se pose des questions sur l’ambiance qui prévaut dans nos ensembles musicaux sur l’observance de cette disposition pourtant légale. Qui entoure les musiciens RD-congolais? Ont-ils de l’ascendance sur ces artistes pour les ramener sur la voie de la raison lorsqu’ils s’égarent? Ont-ils la formation requise pour remplir valablement leur contrat à l’instar des managers de la trempe de Gérard Akweson ou Peter Gabriel?
Pour ne parler que de la fiche de santé de nos musiciens, disons-le sans ambages, en règle générale les musiciens RD-congolais, comme c’est le cas pour la majeure partie des RD-Congolaises et RD-Congolais, ne se font consulter par un médecin compétent que lorsqu’ils ont épuisé toutes les voies intermédiaires, allant de l’automédication, en passant par les professionnels des «makaya ma nsi», sans omettre les prieurs.
A l’étranger, particulièrement en Afrique du Sud et en Inde, les médecins sont ahuris de voir les RD-Congolaises et RD-Congolais débarquer avec des masses d’argent pendant que leur état de santé est au stade terminal. Et pourtant, ce ne sont pas les moyens qui font défaut, notamment aux patrons de grands ensembles musicaux qui ne cessent d’effectuer des navettes entre la RD-Congo et les pays étrangers.
Implication combinée des ministères de la Culture et des Arts, de l’Emploi, Travail et Prévoyance Sociale
Le ministère de la Culture et des Arts et celui de l’Emploi, Travail et Prévoyance Sociale feraient œuvre utile en imposant à tous les musiciens des contrôles médicaux pointus comme c’est le cas pour tous les travailleurs. Pour ceux des musiciens appelés à se produire dans de grands spectacles, il n’est nullement exagéré de les aligner sur le protocole des sportifs, des navigants, etc.
Autant il est exigé des formations sportives la présence permanente d’un médecin ou d’un soigneur-masseur aux côtés des athlètes pendant les rencontres officielles ou amicales, autant cette recommandation vaut aussi pour nos ensembles musicaux qui, sous la poussée des mélomanes, sont parfois contraints de prester au-delà de leurs forces. Souvenez-vous des productions simultanées à la FIKIN, de 22 heures à midi, entre les ensembles Wenge Musica de Jean Bedel Mpiana et Noël Ngiama Makanda. Cela aurait pu entraîner des conséquences désastreuses sur la santé des musiciens.
Pour revenir à nos moutons, depuis l’annonce de la douloureuse nouvelle de la disparition du chef coutumier du village Molokai, cet espace regroupant les rues de Masimanimba, Oshwe, Lokolama, Kandakanda et Inzia, est pris d’assaut par une forte marée humaine jusqu’aux petites heures de la nuit. Le point d’ancrage est la parcelle sise 42, rue Kandakanda à Matonge, dans la commune de Kalamu, où l’illustre disparu a passé toute son enfance.
Production «non stop» et tous azimuts des œuvres de Papa Wemba
Artistes musiciens, comédiens, sportifs, opérateurs économiques, acteurs politiques, touristes, shégués, sapeurs et autres badauds y convergent. De temps en temps, des pleurs et sanglots se font entendre, mais vite étouffés par la musique ambiante. Matonge n’a pas changé son rythme de vie. Bien que toutes les rues, les terrasses, les «nganda» arborent des branches de rameaux en guise de deuil, Matonge a résolu de rendre hommage à son digne fils à sa manière avec la production «non stop» et tous azimuts de ses œuvres.
Jules Presley Shungu Wembadio aimait croquer la vie à belles dents. Il s’employait tout le temps à partager sa joie de vivre avec tous ceux qu’il croisait, sans discrimination aucune. Voilà quelqu’un qui s’adaptait à toutes les conditions de vie sans baisser les bras, se remettait sans cesse sur le métier pour innover et garder le haut du pavé, négligeait souvent son état de santé pour répondre à des demandes pressantes de production sur scène, mettait un point d’honneur à garder l’esprit jeune pendant que son corps physique prenait du poids de l’âge…
Tous les voisins et amis d’enfance témoignent de sa simplicité, sa générosité, sa convivialité. L’homme a toujours vécu parmi les siens, non pas en star, mais en frère aîné accordant toute la sollicitude aux siens en temps de bonheur comme celui de malheur.
Des obsèques dignes à cette icône de la rumba
Les journalistes de tous les continents ne tarissent d’éloges sur cette icône de la musique RD-congolaise moderne. Les responsables du Festival des musiques urbaines d’Anoumabo organisent ce mercredi à Abidjan une grande veillée culturelle de 20 heures à l’‘aube pour rendre un vibrant hommage à l’artiste. Plusieurs musiciens ivoiriens et étrangers sont attendus sur cette scène en vue de communier ensemble. Antoine Agbepa Koffi Olomide se trouve déjà sur place depuis lundi. Il en est de même de la veuve Marie Rose Bibi Luzolo accompagnée de quelques proches membres de la famille.
Au cours de cette soirée musicale, le ministre ivoirien de la Culture et des Arts va procéder à la décoration, à titre posthume, de Jules Presley Shungu Wembadio pour le grand travail abattu en l’honneur de la culture africaine. Le gouvernement ivoirien est aussi prêt à disponibiliser un aéronef pour faciliter le voyage retour des RD-Congolais. Quant au gouvernement RD-congolais, il vient d’affréter un avion pour assurer le rapatriement de la dépouille mortelle de l’illustre disparu.
Les RD-Congolaises et RD-Congolais demandent aux autorités de la ville de prendre toutes les dispositions utiles pour des obsèques dignes à Papa Wemba. Les Kinoises et Kinoises souhaitent ne plus revivre des incongruités comme celles ayant entouré l’inhumation de la chanteuse Marie Misamu. Ils ne veulent pas non plus d’une quelconque récupération politique des funérailles de leur idole. Koffi Olomide invite tous les RD-Congolaises et RD-Congolais à faire montre de beaucoup de dignité lors des funérailles de cette sommité de la musique RD-congolaise. Il sollicite de ses pairs africains de demander aux dirigeants du continent d’observer une journée de deuil en mémoire Papa Wemba.
Natine K.

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