
Les sanctions américaines visant Joseph Kabila remettent en lumière une contradiction persistante en République Démocratique du Congo. Alors que plusieurs caciques du pouvoir à Kinshasa ont jubilé après cette mise sous liste noire de l’OFAC, l’objectivité face aux personnalités frappées par Washington pose problème autant que son efficacité. Au pays, plusieurs cas rendent possible une survie politique après les sanctions US. En effet, dans le paysage politique national, certaines figures déjà sanctionnées par les États-Unis continuent de jouer un rôle actif au sein du pouvoir.
Bien que dans le viseur de Washington, ils restent bien installés dans les rangs du pouvoir à Kinshasa. Norbert Basengezi Katintima, nouveau 2e vice-président USN de l’Union sacrée, incarne ce paradoxe politique. Depuis 2019, l’homme, comme bien d’autres figures de ce regroupement politique, est frappé par le Trésor américain pour son rôle présumé dans des atteintes à la démocratie. Loin de Washington, il a pourtant survécu politiquement, troquant son maillot du FCC contre un costume aux couleurs de l’Union sacrée de la nation.
Le cas Yakutumba
Gel des avoirs, restrictions financières, isolement dans le système bancaire international…, tout cela n’a pas empêché Basengezi de poursuivre sa carrière politique jusqu’à se faire élire, début avril, 2ème vice-président du Sénat. Si Washington entend peser sur les acteurs jugés responsables de dérives institutionnelles à travers des santions OFAC, la réalité semble différente sur le terrain politique RD-congolais.
Basengezi vit depuis sept ans sous sanctions américaines. Il a cependant pu trouver sa place au sein de l’Union sacrée, la plateforme politique initiée par le président Félix Tshisekedi. Une intégration qui illustre les dynamiques complexes du jeu politique en RD-Congo, où alliances et recompositions priment souvent sur les considérations extérieures. Pour certains observateurs, cette situation traduit un décalage entre les priorités de la communauté internationale et celles du pouvoir en place.
De Washington à Kinshasa, les intérêts ne sont pas toujours les mêmes. Là où les partenaires extérieurs exigent des gages de bonne gouvernance, la scène politique interne privilégie, très souvent, la stabilité et les équilibres de pouvoir, au point de basculer vers une forme de realpolitik assumée. En 2020, à l’heure de recomposer sa majorité, le président Tshisekedi a opté pour une sorte d’Arche de Noé afin de consolider le socle politique de son régime, y compris en recyclant des «bannis» de Washington.
Avec l’enlisement de la guerre dans l’Est du pays, la même stratégie a été répliquée. William Yakutumba, sous sanctions depuis décembre 2023, est devenu un allié du régime de Kinshasa. A la têtre d’une frange des Wazalendo, il est actif et combat aux côtés de l’armée dans la région d’Uvira et ce, malgré les sanctions américaines.
WIDAL


