
Sur son compte X, le Directeur général de la Société nationale d’électricité, le Prof. Dr. Ing. Teddy Lwamba, n’a pas caché son émotion : «Inauguration de la centrale hydroélectrique de Kakobola, un espoir pour plus de 400 000 habitants». Lundi 23 mars, le Kwilu a en effet basculé dans une nouvelle ère énergétique avec la mise en service officielle de la centrale au fil de l’eau, d’une capacité installée de 10,5 mégawatts.
Présidée par le ministre des Ressources hydrauliques et de l’Électricité, Aimé Molendo Sakombi, la cérémonie a rassemblé autorités provinciales et opérateurs du secteur autour d’un projet conçu pour produire une énergie propre et continue, tout en minimisant l’impact environnemental lié aux grands barrages. Kakobola n’est pas une simple centrale : c’est un réseau complet, qui associe production, lignes de transport, sous‑stations de transformation et réseaux de distribution destinés à relier Kikwit, Gungu, Idiofa et de nombreux villages environnants.
Sur le papier, 10,5 MW peuvent sembler un chiffre modeste. Dans les faits, pour des régions longtemps privées d’un service public d’électricité fiable, chaque mégawatt se traduit par des vies transformées: éclairage des foyers et des rues, conservation des denrées, équipement des centres de santé, prolongement des heures d’école et dynamisation des petites activités économiques. La promesse portée par la SNEL est claire : faciliter l’accès à l’électricité pour quelque 400 000 personnes, directement ou indirectement, et créer un socle pour l’essor local.
Mais parler d’espoir, c’est aussi mesurer les conditions nécessaires pour qu’il se réalise. Les centrales « au fil de l’eau » offrent l’avantage d’une empreinte réduite et d’une exploitation plus simple que les grands ouvrages avec retenue, mais elles restent dépendantes des variations saisonnières du débit. À cela s’ajoutent des impératifs opérationnels : entretien régulier des groupes, protection des lignes contre le vandalisme et la détérioration, gestion technique du réseau et montée en compétences des équipes locales chargées de l’exploitation.
Sur le plan institutionnel, l’inauguration renforce la visibilité de la SNEL comme acteur central de la transition énergétique en République démocratique du Congo. Le message du DG Teddy Lwamba, relayé publiquement, affiche une volonté de modernisation et d’engagement. Il faudra désormais que cet affichage soit suivi d’actions concrètes : campagnes massives de raccordement, mécanismes tarifaires adaptés pour préserver l’accès des ménages modestes, investissements dans la maintenance préventive et partenariats pour sécuriser les financements.
L’enjeu est aussi économique et social. Une alimentation électrique fiable peut accélérer la croissance locale : artisans et petites industries pourront augmenter leur production, les marchés nocturnes se développer, et les services publics gagner en efficacité. Pour les habitants, l’impact quotidien -lumière la nuit, réfrigération des produits alimentaires, pompage d’eau- est tangible et immédiat. Mais pour que ces bénéfices perdurent, la gouvernance du projet et la transparence dans la gestion des ressources et des raccordements seront déterminantes.
Kakobola a allumé la lampe; reste à maintenir la flamme. Si l’État, la SNEL et les partenaires locaux réussissent à conjuguer investissements, formation et gouvernance, le Kwilu pourrait devenir un modèle régional d’électrification décentralisée.
