
À la veille de la tenue de la COP 31 prévue du 9 au 20 novembre 2026 à Antalya en Turquie, la ministre de l’Environnement, Développement durable et Nouvelle économie du climat, Marie Nyange Ndambo, a annoncé, jeudi 22 octobre à l’occasion d’un échange avec la presse, le début des travaux de la deuxième édition de la Semaine nationale du climat -SENAC- pour le lundi 26 octobre 2026 à Kinshasa. Objectif: mobiliser les différents acteurs à préparer les positions communes, mieux la feuille de route de la RD-Congo à présenter à la COP 31. La deuxième édition de la Semaine nationale du climat sera aussi un cadre pour la RD-Congo d’évaluer ses politiques climatiques.
L’occasion lui était indiquée de présenter le bilan de son action à la tête du ministère de l’Environnement, Développement durable et Nouvelle économie du climat. Devant les professionnels des médias, Marie Nyange a expliqué les réformes engagées dans son secteur. De la révision du Code forestier à la mise en place d’un cadre juridique du marché carbone, elle a fait savoir que le gouvernement entend renforcer la gouvernance des ressources naturelles que regorge le pays et mieux valoriser leur potentiel économique.
Pour ce qui est de la Semaine nationale du climat qu’elle qualifie d’un cadre de dialogue permanent entre les parties prenantes du secteur climatique, elle connaîtra la participation des représentants des institutions nationales et provinciales, de la Société civile, des communautés locales, des peuples autochtones, du secteur privé et des partenaires internationaux. À l’entendre, cette rencontre doit permettre aux différents acteurs de confronter leurs expériences, d’identifier les défis du secteur et de convenir des orientations à défendre dans les instances internationales.
«Tous, nous allons nous retrouver pour réfléchir ensemble sur les avancées que nous avons réalisées, les défis qui sont les nôtres pour les jours à venir», a-t-elle déclaré.
La ministre de l’Environnement entend ainsi faire de la concertation nationale un préalable à la préparation de grandes échéances internationales. Elle a expliqué avoir constaté, à son arrivée au ministère, que les activités étaient largement tournées vers l’extérieur, d’où sa volonté de mettre en place un espace permettant aux acteurs nationaux de participer véritablement à la définition des priorités du pays. Cet échange avec la presse a encore permis à Marie Nyange de présenter les réformes majeures engagées sous sa direction, en mettant l’accent sur la gouvernance forestière, l’élaboration d’une politique forestière nationale et la révision du Code forestier, deux instruments qu’elle considère comme essentiels pour améliorer la gestion des ressources naturelles de la RD-Congo.
À l’en croire, tous ces documents ont été élaborés à l’issue d’un processus participatif, puis adoptés au niveau du Conseil national des forêts et du gouvernement et leur transmission au Parlement reste la prochaine étape. La ministre Marie Nyange a inscrit ces avancées dans la vision du Chef de l’État Félix-Antoine Tshisekedi et du gouvernement dirigé par la Première ministre Judith Suminwa, dont elle affirme avoir traduit les orientations en réformes structurelles au sein de son Ministère.
Dans ses réponses aux questions de la presse, Marie Nyange a été très claire: «la préservation du patrimoine forestier RD-congolais ne saurait toutefois être dissociée des préoccupations économiques et sociales des populations. C’est précisément cette articulation entre conservation et développement qui justifie les changements entrepris dans le secteur», a-t-elle expliqué avant de souligner que parmi les réformes mises en œuvre au niveau de son ministère, le marché carbone occupe une place prépondérante. Ce n’est pas tout. Marie Nyange a estimé que malgré ses innombrables ressources forestières et écosystèmes dans la régulation du climat mondial, la RD-Congo n’a pas encore suffisamment valorisé les possibilités économiques liées à leur préservation.
Dans ce volet, elle a notamment rappelé le rôle du bassin du Congo, des forêts et des tourbières dans le stockage du carbone, estimant que ces ressources devraient davantage contribuer au financement du développement national et à l’amélioration des conditions de vie des communautés locales et des peuples autochtones. Dans le souci de corriger cette situation, la ministre de l’Environnement a annoncé la mise en place d’un régime juridique destiné à encadrer le marché carbone. À l’entendre, ce dispositif doit permettre à l’État de mieux organiser les projets, de suivre les transactions et d’assurer la transparence dans la vente et le transfert des crédits carbone.
Et de rassurer: «il n’y aura plus aucun projet carbone qui va se faire en dehors de l’État parce que nous avons mis en place un registre souverain, baptisé «Lumières», qui est l’un des instruments majeurs de cette réforme. Les projets carbone devront être enregistrés dans ce registre afin de permettre leur traçabilité, qu’ils soient portés par l’État ou par des opérateurs privés. Le dispositif doit être complété par des mécanismes de mesure, de notification et de vérification des crédits carbone».
La ministre de l’Environnement a également indiqué que le partage des revenus issus de ces activités devait bénéficier aux populations et aux structures impliquées dans la gestion des ressources naturelles. Elle a notamment annoncé que «les communautés locales auront droit à au moins 20%», en précisant que les entités territoriales décentralisées, les provinces et les structures contribuant à la pérennisation des forêts devraient également recevoir leur part. Ces dispositions, telles que présentées par la ministre Nyange, visent à faire en sorte que les retombées financières de la valorisation du carbone ne profitent pas uniquement aux opérateurs économiques, mais contribuent aussi au développement des territoires concernés.
À la question de savoir pourquoi la RD-Congo n’a pas encore tiré pleinement profit du potentiel de son marché carbone, Marie Nyange a reconnu que l’adoption d’un cadre juridique ne suffisait pas, à elle seule, à générer des revenus. Pour elle, ce marché exige une préparation technique importante, allant de l’organisation des structures compétentes à l’identification des projets, en passant par leur localisation, leur certification et la commercialisation des crédits carbone. Elle a mis l’accent sur la nécessité de mettre en place les registres, d’amener les acteurs à y inscrire leurs projets et de les accompagner jusqu’à la certification et à la vente des crédits. Voilà qui l’a poussée à appeler les investisseurs nationaux à s’engager dans ce secteur.
Par cet appel, Marie Nyange a reconnu que les retombées financières attendues dépendront de la capacité du pays à structurer ses projets, à attirer des investisseurs et à satisfaire aux exigences du marché carbone. La réforme est donc présentée comme le lancement d’un processus dont les résultats dépendront de la qualité de sa mise en œuvre.
Dans la même optique, elle a appelé à une communication susceptible de mieux faire connaître les possibilités offertes par le marché RD-congolais. Elle a invité les RD-congolais disposant de ressources financières à investir dans les projets carbone. Dans le volet administratif, le bilan présenté à la presse par Marie Nyange Ndambo a porté sur le fonctionnement interne du Ministère. À ce sujet, elle a souligné avoir engagé une réforme du cadre organique de la Direction générale de Nouvelle économie du climat. Et prochainement, ce sera le cadre organique du Ministère, étant donné que l’existant est obsolète. Elle a encore évoqué les difficultés liées à la redistribution des rétrocessions au sein de l’administration de son Ministère, affirmant que certains agents en étaient exclus alors que les services concernés contribuent à la collecte des recettes de l’État.
Des responsables mis en cause dans la gestion de ces revenus ont été suspendus et les listes des bénéficiaires ont été revues pour intégrer les agents jusque-là écartés. Pour elle, ces mesures sont une correction des déséquilibres observés dans le partage des avantages au sein du Ministère. «Nous avons travaillé pour comprendre les problèmes et nous venons de les résoudre», a-t-elle déclaré. Cet échange avec la presse lui a permis de défendre une action articulée autour de plusieurs priorités: renforcer la gouvernance forestière, établir un cadre légal pour le marché carbone, réorganiser l’administration et associer davantage les acteurs nationaux à la définition des politiques climatiques. La ministre Nyange a estimé que l’enjeu est de faire en sorte que les ressources naturelles dont dispose le pays contribuent davantage au financement du développement et à l’amélioration des conditions de vie des populations, tout en préservant leur rôle dans l’équilibre climatique mondial.






