
L’hôtel Memling de Kinshasa a été le théâtre, jeudi 19 décembre, d’un Hirondelle débat, une discussion captivante organisée par la Fondation Hirondelle. Pour son dernier débat citoyen de l’année, l’organisation de droit suisse a invité ses «grands témoins» et autres participants à cogiter autour des états généraux de la justice, organisés en novembre dernier. «Etat de droit en RDC: quelles réformes après les états généraux de la justice?», tel a été le thème de cet Hirondelle débat qui a connu la participation du Professeur Ahmed Useni, du magistrat Edmond Issofa et du doctorant Jean Nzempeti.
Devant un public attentif, désireux de comprendre les réformes des états généraux de la justice RD-congolaise, les grands témoins ont débattu dans un climat de tolérance. Edmond Isofa Nkanga, président du Syndicat national autonome des magistrats -SYNAMAG-, a évoqué la nécessité de mettre en œuvre les résolutions de ces assises qui, selon lui, ont été quasiment les mêmes que celles proposées lors des assises de 2015. En neuf ans, a-t-il révélé, seul 0,8% de ces résolutions ont été mises en œuvre.
Ce défenseur des droits des magistrats a refusé de considérer la justice RD-congolaise comme étant malade, lui reconnaissant cependant des dysfonctionnements et appelant à un sursaut collectif de tous les acteurs: magistrats, greffiers, huissiers et avocats, pour une justice plus qualitative. Cette amélioration passe également, selon lui, par la dotation des moyens et une meilleure gestion carcérale.
«C’est avec bonne volonté que les choses peuvent changer. Nous avons des résolutions de 2015 qui sont restées non-exécutées et l’évaluation a donné 0,8% comme taux d’exécution. Donc avec un peu de volonté, on peut faire avancer les choses», a expliqué Edmon Isofa, convaincu que les dysfonctionnements de la justice n’incombent pas uniquement aux magistrats.
Pour sa part, Ahmed Useni, professeur à la Faculté de Droit à l’Université de Kinshasa -UNIKIN-, a fustigé la genèse même de ces états généraux, organisé sous le thème: «Pourquoi la justice congolaise est-elle malade?». Une thématique «problématique et non fédérateur», a-t-il signifié, estimant qu’elle découle d’un «diagnostic précoce qui pourrait nuire à l’image de la justice RD-congolaise».
Ce juriste a mis en garde sur des discours politiciennes qui ne devraient pas être utilisés par des hommes d’État, de peur de dissuader les investissements étrangers. «Il faut présenter que nous sommes un pays vivable et que les gens peuvent venir investir chez nous», a conseillé Ahmed Useni.
A l’issue des discussions, plusieurs préoccupations ont été exprimées de manière récurrente par les participants, notamment Maitre Jean-Marie Kabengela qui a qualifié «d’échec» les états généraux de la justice. Les participants ont fait chorus notamment pour appeler à une justice plus équitable pour tous. Cet Hirondelle débat a été organisé par le Studio Hirondelle RDC, un média de la Fondation Hirondelle dans le cadre du projet «Des médias citoyens et engagés pour le renforcement de la culture démocratique en RD-Congo», financé par l’Union européenne.

