
Dans la moiteur politique et populaire du Manianga, Me Didier Budimbu a posé samedi une pierre lourde dans le débat national: à Luozi, l’autorité morale de l’Autre Vision du Congo -AVC- a publiquement affiché la disposition de son parti à accompagner, le moment venu, une candidature de Félix‑Antoine Tshisekedi à un troisième mandat. Un message à la fois solennel et stratégique, délivré au terme d’une journée placée sous le signe de la mémoire, de la mobilisation et des enjeux de pouvoir. La journée a commencé en intimité et en symboles.
À Nienge, le village ancestral, Budimbu s’est recueilli sur la tombe de son père, feu Ntubwanga. Un geste qualifié par son entourage de «communion avec les ancêtres» avant de revenir porter la parole politique devant ses concitoyens. Le recours aux références familiales et coutumières a servi à conférer à son discours une légitimité morale, soigneusement mise en scène avant l’affrontement des idées publiques.
Après une traversée du fleuve, l’accueil populaire a été chaleureux. Descendu au beach de Luozi, l’homme politique a été escorté par une foule qui a convergé vers le stade Bidimio, transformé le temps d’un meeting en agora locale.
À ses côtés se tenaient le gouverneur du Kongo Central, Grâce Bilolo, ainsi que plusieurs députés nationaux et cadres de l’AVC: la présence visible d’élus et d’appareils renforce l’impression d’un mouvement organisé, plus qu’un simple pèlerinage local. Dans son allocution, Budimbu a d’abord salué ce qu’il a présenté comme des réalisations tangibles du président Tshisekedi dans la province, saluant la coordination avec la Première ministre Judith Suminwa.
Mais c’est son engagement politique qui a retenu l’attention: l’AVC «accompagnera éventuellement» une candidature pour un troisième mandat, a‑t‑il annoncé. Une posture assumée qui place le parti, déjà membre du présidium de l’Union sacrée, comme un relais actif d’une stratégie de continuité au sommet de l’État.
Pour justifier ce soutien conditionnel, Budimbu a invoqué la nécessité de continuité pour achever les chantiers engagés: «Le pays tient désormais un chef dont l’amour de la nation est indéniable», a‑t‑il affirmé devant la foule. Et pour transformer la parole en mobilisation, il n’a pas hésité à détailler les prochains mouvements de l’AVC: une tournée de vulgarisation est annoncée dans le Kongo Central -à Seke Banza, Kasangulu et Moanda-, précédée d’un meeting imminent à Lemba, à Kinshasa, «pour vulgariser sans complexe le projet porté par l’AVC». L’objectif déclaré: toucher les populations, expliquer la logique d’un possible troisième mandat et cimenter un appui populaire à la démarche.
Sur le plan local, l’exercice n’a pas été déconnecté des préoccupations concrètes des populations. Les habitants du Manianga ont salué les projets déjà visibles, mais n’ont pas manqué de rappeler leurs attentes: la livraison de deux nouveaux bacs, annoncés par le chef de l’État, figure en tête des doléances. Ces embarcations sont perçues comme vitales pour désenclaver la région, fluidifier les échanges fluviaux entre Luozi et Kimbemba et dynamiser l’économie locale. La demande illustre le double enjeu auquel jouent les personnalités politiques: répondre aux besoins immédiats tout en serrant les rangs sur le plan national.
Politiquement, l’allocution de Budimbu résonne au‑delà du Kongo Central. En se prononçant pour la continuité, l’AVC renforce la colonne des formations prêtes à soutenir une révision constitutionnelle ou une amplitude juridique permettant un nouveau mandat. Dans un contexte déjà agité par des débats sur la Constitution et des fractures au sein de la majorité, ce soutien ajoute une couche de pression politique et symbolique en faveur d’une option «prolongation».
Il alimente aussi les craintes des opposants qui dénoncent la tentation d’instrumentaliser les institutions pour prolonger le pouvoir. Reste que, à Luozi, la démarche a été reçue avec un mélange d’enthousiasme et de pragmatisme : les populations veulent des résultats tangibles -des bacs, de meilleures voies de communication, des services- et jugeront les promesses à l’aune des faits.
Entre la ferveur d’un meeting et les besoins quotidiens des riverains, Budimbu a situé son parti comme facilitateur d’une continuité qu’il estime bénéfique. Mais la traduction nationale de cet engagement dépendra de l’évolution du débat constitutionnel et des arbitrages politiques à Kinshasa.
À l’ombre des ancêtres et sous les acclamations du stade Bidimio, l’AVC a donc officiellement offert sa bénédiction -conditionnelle- à l’idée d’un «3ème bail» pour Tshisekedi. La tournée annoncée et la volonté de «vulgariser sans complexe» montrent que l’appareil entend transformer l’idée en campagne d’adhésion. Le geste, à la fois local et stratégique, illustre combien les équilibres du pouvoir se jouent désormais entre scènes populaires et salons du pouvoir, entre symboles et calculs d’appareil.

