
Le Programme de développement local des 145 territoires -PDL 145T-, lancé en 2021 par le président de la République, Félix Tshisekedi, est-il en train de prendre l’eau? C’est le constat alarmant dressé par Christian Mwando, ancien ministre d’État au Plan et architecte visionnaire du projet, lors d’un entretien franc avec la presse à Kinshasa. Il dénonce des difficultés d’exécution et des décisions budgétaires contestables qui mettent en péril un programme censé corriger les déséquilibres entre zones urbaines et rurales.
Une ambition déchue?
Conçu pour pallier les inégalités spatiales, dynamiser les économies locales et améliorer les conditions de vie dans les 145 territoires, le PDL-145T semble aujourd’hui avoir perdu de vue sa mission initiale. Selon Mwando, les priorités du gouvernement se seraient déplacées vers des projets urbains luxueux, reléguant derrière les infrastructures essentielles à la vie rurale.
Fait révélateur, moins de 10 % des budgets prévus pour le programme auraient été décaissés depuis 2023, une situation qui interpelle et suscite des inquiétudes. Mwando ne cache pas son indignation: «Les travaux actuels, tels que la construction d’écoles et de centres de santé, reposent sur des fonds réaffectés en 2022 grâce à l’aide de la Banque mondiale. Pendant ce temps, les routes de desserte agricole -essentielles pour le désenclavement- restent abandonnées» Il appelle également à recourir à plusieurs agences d’exécution, afin de couvrir les vastes étendues d’un pays-continent et de rassurer les partenaires financiers.
Vers une redéfinition des priorités
En matière de sortie de crise, Mwando préconise un recentrage stratégique: exécution rigoureuse des budgets votés, hiérarchisation des projets fondamentaux comme la construction de routes, l’accès à l’eau et le développement d’activités génératrices de revenus. Pour lui, le Programme de développement local des 145 territoiresdemeure un outil puissant de transformation, à condition de retrouver la cohérence qui a guidé son élaboration.
Portrait d’un technicien du plan engagé
Christian Mwando, né à Lubumbashi le 27 mars 1965, est un homme politique et un technicien aguerri. Député national depuis 2011 et président du groupe parlementaire de l’opposition «Ensemble pour la République» à l’Assemblée nationale, il a également occupé de nombreuses responsabilités, dont celle de ministre d’État au Plan. Son parcours, marqué par diverses réformes au sein de l’ex-province du Katanga, témoigne de son expertise en planification et exécution des projets de développement.
Titulaire d’un diplôme d’ingénieur commercial et de gestion obtenu à l’Université catholique de Louvain, Mwando a débuté sa carrière dans le secteur privé avant de faire son entrée dans la sphère politique. Son expérience professionnelle, couplée à son approche pragmatique de l’action publique, lui confère une légitimité à revendiquer des solutions durables et pertinentes.
Un appel à l’action
Reconnu pour son leadership basé sur l’expertise et la cohérence budgétaire, Christian Mwando défend une vision rationnelle du pouvoir. En tant que membre de l’opposition républicaine, il appelle à formuler des critiques constructives envers les pouvoirs publics, chargés d’améliorer l’économie nationale et de répondre aux besoins sociaux de la population.
La question qui se pose désormais est de savoir si les autorités politiques écouteront ce cri d’alarme. Le PDL-145T pourra-t-il retrouver sa trajectoire initiale et devenir un véritable levier de développement pour la République Démocratique du Congo? Les enjeux sont cruciaux pour l’avenir du pays, et l’heure est à l’action.

