
Pays en charge du dossier de la République Démocratique du Congo au Conseil de sécurité de l’ONU, la France a exprimé mardi ses «vives préoccupations» au sujet de la restructuration de l’AFC/M23, officiellement dissoute selon ses promoteurs pour donner naissance au Front pour la refondation de la Nation -FRN-, nouveau mouvement politico-militaire dirigé par Joseph Kabila. L’ancien président, sanctionné par les États-Unis pour des actions visant à déstabiliser la République Démocratique du Congo selon Washington, a été présenté à Goma comme chef du nouveau mouvement, avec Bertrand Bisimwa comme premier vice-président, Corneille Nangaa comme second et le général Sultani Makenga comme chef militaire, d’après les communiqués de ses fondateurs.
S’exprimant devant le Conseil de sécurité, le représentant permanent de la France auprès des Nations unies, Jérôme Bonnafont, a appelé au «strict respect de la souveraineté et de l’intégrité territoriale» congolaises et plaidé pour de nouvelles mesures punitives contre les acteurs entravant la paix dans l’est du pays. Opposée au recours à la force militaire pour résoudre le conflit, la France estime que la priorité est de «poursuivre les efforts collectifs pour mettre fin aux hostilités et faire avancer les processus de paix», a-t-il souligné.
«Le Conseil doit rester activement saisi de la situation en exerçant une pression sur les parties pour qu’elles honorent leurs obligations et engagements. Il doit aussi se tenir prêt à adopter des mesures contre les acteurs faisant obstacle à la paix, comme nous l’avons fait en sanctionnant six individus et deux entités en juillet dernier», a déclaré le diplomate français. Le Front pour la refondation de la Nation a déclaré, selon ses promoteurs, vouloir «fédérer les forces de résistance pour mettre fin à la gouvernance» du président Félix Tshisekedi, qualifiée par le mouvement de «tyrannie», en invoquant notamment le recours à la force et l’article 64 de la Constitution congolaise, qui dispose que tout Congolais a le droit de faire échec à un pouvoir exercé en violation de la Constitution.
En juillet, le Conseil de sécurité avait inscrit six individus -dont Corneille Nangaa, présenté comme l’actuel adjoint de Joseph Kabila au sein du nouveau mouvement- et deux entités sur sa liste de sanctions contre les groupes armés opérant dans l’est de la RDC. Pour Paris, l’ONU doit poursuivre dans cette logique, car l’activité persistante des groupes armés «alimente l’insécurité pour les civils, ainsi que les risques de déstabilisation de la région des Grands Lacs dans son ensemble». Dans sa déclaration, Jérôme Bonnafont a rappelé également les dispositions de la résolution 2773 du Conseil de sécurité, qui appelle les Forces rwandaises de défense à se retirer «sans conditions» du territoire congolais et à cesser tout soutien au M23, soutien que Kigali dément.
La restructuration de l’AFC/M23 en FRN intervient alors que les combats se poursuivent dans le Nord et le Sud-Kivu, malgré plusieurs initiatives diplomatiques régionales et internationales, et que Kinshasa considère le M23 comme un mouvement terroriste.






