
Dimanche 13 avril, nous sommes allés au quartier Ndanu, dans la commune de Limete, pour constater les dégâts causés par les inondations. Chemin faisant, nous avons rencontré plusieurs personnes: hommes, femmes et enfants, transportant des valises, matelas et autres effets. Ils quittent le quartier fuyant les eaux de la rivière N’Djili qui ne font qu’augmenter depuis une semaine déjà. Arrivés sur l’avenue Mokamo n°8, nous avons rencontré Mlle Noëlla Ngalula, victime de cette inondation avec sa famille. Elle a accepté volontiers de nous conduire chez elle, au milieu des eaux. Leur appartement et ceux des voisins totalement inondés. Les effets flottaient au salon et dans les chambres. «Vous le constatez vous-mêmes. Nous avons tout perdu. Les maisons se sont transformées en rivière. C’est dramatique, non seulement pour elle, mais pour toutes les victimes de ces inondations. Reportage.
C’est une première. Les eaux de la rivière N’Djili ont débordé suite aux pluies diluviennes qui se sont abattues dans les provinces de Kongo Central et de Kinshasa. Contrairement aux années passées où les inondations frappaient le quartier Ndanu et une partie du quartier Salongo, cette fois-ci, les quartiers Ndanu et Salongo, dans la commune de Limete, Debonhomme à Matete, Ma vallée à Masina et Lemba Imbu à Mont-Ngafula ont été inondés.
Dramatiquement, l’eau a atteint le niveau de linteaux au quartier Ndanu. Pleurs et grincements des dents. Des mots manquent aux sinistrés pour exprimer leur chagrin. Plusieurs morts et blessés ainsi que de dégâts matériels très importants notamment des maisons détruites et des routes cassées ont été enregistrés. Certaines femmes ont même accouché. Pas moyen de fuir avec leurs bébés non encore vaccinés. Depuis la nuit du samedi 5 au dimanche 6 avril, les eaux n’ont pas baissé au quartier Ndanu. Elles ne font qu’augmenter. Ce qui a poussé plusieurs habitants à quitter le quartier. Notre interlocutrice, Noëlla Ngalula, nous conduit, chez elle.
L’eau est au niveau de cuisses dans la parcelle. Elle ouvre le cadenas, et nous sommes accueillis par les flots d’eau. Son salon est transformé en rivière, plusieurs effets flottent: sacs, habits, ustensiles de cuisines, appareils électroménagers, seaux et autres. «Vous voyez, nous avons tout perdu. Mes documents, mes livres et cahiers, des sacs à mains, etc. J’avais fait monter quelques valises sur le toit de la maison, la pluie a encore tout abîmé», a-t-elle regretté. Et de déplorer: «pour le moment, nous n’avons pas de place pour passer la nuit, nous qui n’avons pas fait le déplacement des sites choisis notamment les stades Tata Raphaël et des Martyrs. Si l’Etat peut passer identifier des gens à partir du quartier, ce serait une très bonne chose. Nous avons besoin du secours de notre gouvernement».
Au problème de logement se greffe celui de la nourriture. Privées de tout et coupées du monde, la famille de Noëlla Ngalula et celles de ses voisins ont besoin d’une assistance pour faire face à la vie quotidienne. Sa voisine, Laurette, a évacué la maison ce dimanche les mains vides, disant que tous les effets sont inondés. Elle va trouver refuge dans sa famille dans la commune de Kinshasa. Devant cette catastrophe, Noëlla Ngalula a également décidé d’évacuer le lieu pour trouver refuge en famille. «Nous avons connu les inondations par le passé, mais celle-ci a dépassé tout entendement. Les eaux qui se limitaient au niveau des chevilles et des genoux ont atteint le niveau de linteaux des maisons. Rien n’a pu résister», a-t-elle confié.
Dans la parcelle, avenue Mokamo n°8, quartier Ndanu, tout est devenu une rivière. Que ce soit l’avenue ou la parcelle. Pour évacuer ce quartier, il faut des pirogues. «Nous sommes inquiets. L’eau avait commencé a baissé. Mais on ne comprend pas depuis samedi jusqu’aujourd’hui dimanche, elle monte rapidement. Nous avions envie de rester mais ce n’est pas possible. Nous ne voulons pas mourir, la nuit, submergés par les eaux», a indiqué le voisin de Noëlla, Shadrac, 18 ans, vivant avec son frère qui est en mission de service en dehors de Kinshasa. La situation de Noëlla Ngalula est la même pour la plupart des familles victimes des inondations.
Depuis le 5 avril, le gouvernement a donné un bilan provisoire de 75 morts, 20 disparus et plus de 150 blessés et une centaine de maisons détruites sans compter les routes coupées. Les autorités compétentes ont aménagé des sites pour accueillir des sinistrés. Notamment aux stades Tata Raphaël et des Martyrs. Les besoins sont nombreux et pressants. Le mois d’avril étant fortement pluvieux, la peur plane sur les habitants de Kinshasa. Le gouvernement a qualifié ces inondations de catastrophe naturelle. Jusqu’ici, on ne sait plus quand le Ndanu retrouvera son calme. Le quartier est classé parmi les zones non constructibles. Malheureusement, les populations y ont construit, s’exposant à des catastrophes naturelles. L’Etat RD-congolais est interpellé.


