
Sanction à la tête de la commune de Ngaba. Le vice-Premier ministre en charge de l’Intérieur, de la Sécurité, de la Décentralisation et des Affaires coutumières, Jacquemain Shabani, a suspendu, à titre préventif, le bourgmestre Aimé-Francis Lolinga Nkwako. Dans une correspondance datée du vendredi 21 août 2026, dont «AfricaNews» a obtenu copie, le patron de la Territoriale évoque des «manquements graves dans l’exercice de ses fonctions» et ordonne l’ouverture d’une action disciplinaire à l’encontre du bourgmestre. Cette décision intervient une semaine après la scène qui a suscité une vague d’indignation: l’interpellation jugée «brutale et arbitraire» de Willy Leyiba, conseiller communal de Ngaba. Derrière l’interpellation musclée se cache une affaire de gestion locale qui empoisonne la commune depuis le mois d’avril.
Tout part d’une opération de prospection parcellaire, d’assainissement et d’identification des parcelles, présentée par le bourgmestre au Conseil communal. Après examen, les élus avaient encadré le projet: montant fixé à 5 000 FC par ménage, compte tenu de la précarité des habitants, sélection de 60 agents recenseurs et mise en place d’un mécanisme de traçabilité des paiements. Selon plusieurs conseillers, ce dispositif a été contourné sur le terrain. Des perceptions en espèces, sans quittance, auraient été effectuées directement auprès des habitants. D’où l’ouverture d’une commission d’enquête par le Conseil communal pour recueillir les fiches de possession parcellaire. Or, au moment des faits, Willy Leyiba n’était pas en divagation. Il était en mission officielle, muni d’un ordre de mission signé par le président du Conseil communal, Blondel Mazebo.
Le rapporteur de cette commission, Willy Leyiba, a sillonné les quartiers de Bulambemba, Mukulwa et Mateba. Là, des habitants affirment avoir payé 15 000, 20 000, voire 50 000 FC, soit trois à dix fois le montant voté par l’organe délibérant. Des interrogations surgissent alors sur le volume réel des recettes, le nombre de parcelles concernées et la destination des fonds. Le malaise est monté d’un cran lors d’une audition devant le Conseil. Jean-Luc Kubarika, chef du service de l’environnement, a déclaré avoir remis l’intégralité des sommes collectées au bourgmestre. Version contredite par Angel Tshila Mbombo, comptable communale, qui jure n’avoir reçu aucune recette issue de cette opération. Deux versions contradictoires qui, sans établir à ce stade une irrégularité, ont renforcé les soupçons des élus. C’est en pleine vérification de ces paiements que le conseiller Willy Leyiba a été interpellé sur instruction présumée du bourgmestre.
Devenue virale depuis le week-end dernier, une séquence montre le conseiller communal violemment maîtrisé, traîné au sol, puis ligoté par des policiers communaux qui lui reprochent de «bouder» le bourgmestre. Une tension qui dépasse le seul cas de la commune de Ngaba. Pour leur première législature, certains conseillers communaux disent se heurter au même mur: des bourgmestres qui peinent à reconnaître leurs prérogatives. Au-delà du cas de Ngaba, cette suspension sonne comme un avertissement. Le ministère de l’Intérieur entend rappeler que l’époque des bourgmestres intouchables est révolue et que l’exercice du mandat d’élu local ne saurait être entravé.
Deborah MATEYI







