
Le processus de paix de Doha piétine alors que les combats s’intensifient dans l’est de la RD-Congo. Des frappes aériennes menées par les Forces armées de la République Démocratique du Congo -FARDC- ont ciblé, dimanche 21 septembre 2025, plusieurs positions du mouvement rebelle AFC/M23 dans les territoires de Masisi et Walikale, au Nord-Kivu. Ces bombardements marquent une nouvelle escalade dans un conflit de plus en plus meurtrier, malgré les engagements pris dans le cadre du processus de paix de Doha.
Selon des sources locales, les frappes ont visé les localités de Mukwengwa, Bibwe, Nyarushamba, Nyenge et Hembe, situées dans la chefferie des Bashali à Masisi, ainsi que Peti, dans le territoire voisin de Walikale. Ces opérations interviennent après deux jours d’intenses combats au sol entre les rebelles et les FARDC, appuyées par les groupes locaux dits «Wazalendo».
Représailles et violations du cessez-le-feu
Des sources concordantes, bien que sans bilan officiel, font état de plusieurs morts et de nombreuses habitations incendiées dans les villages de Mukwengwa et Nyabikeri, attribuant ces actes aux représailles du M23.
La situation sécuritaire dans le territoire de Masisi demeure extrêmement tendue, théâtre de violents affrontements depuis plusieurs semaines. Cette résurgence des hostilités illustre les limites et les difficultés du processus de Doha, censé réunir autour d’une même table le gouvernement de Kinshasa et les rebelles de l’AFC/M23, soutenus par le Rwanda.
Accusations croisées
Les deux camps s’accusent mutuellement de violer le cessez-le-feu, en dépit de la signature, en juillet dernier à Doha, d’un mécanisme d’échange de prisonniers dans le cadre d’une déclaration de principe visant à désamorcer le conflit. Dans un communiqué publié vendredi 19 septembre, la rébellion de l’AFC/M23 a dénoncé des bombardements contre des zones densément peuplées -notamment Bibwe, Chytso et Hembe-, attribuant ces attaques aux FARDC qui auraient utilisé un drone CH-4 et deux rotations d’un avion de chasse Sukhoï-25. Le M23 y voit une remise en cause flagrante des efforts de médiation menés par les leaders régionaux et les partenaires internationaux.
La réaction de Kinshasa
De son côté, Kinshasa réaffirme sa détermination à défendre l’intégrité du territoire national. Lors de la 59e réunion du Conseil des ministres, tenue également le 19 septembre à la Cité de l’Union africaine, le vice-Premier ministre, ministre de la Défense nationale et des Anciens combattants, Guy Kabombo, a assuré que l’armée congolaise reste «en alerte maximale» face à toute menace.
«Les FARDC sont pleinement engagées à protéger le territoire national, que ce soit dans l’Ituri, le Nord ou le Sud-Kivu, ou encore aux abords de Kinshasa. Les forces de sécurité poursuivent leurs opérations pour restaurer la paix et la sécurité dans les zones affectées», souligne le compte rendu de la réunion ministérielle.
Une paix toujours hors de portée
Malgré les efforts de médiation menés à Doha et les initiatives diplomatiques régionales, la relance des hostilités compromet sérieusement toute avancée vers une sortie pacifique du conflit. Le Nord-Kivu reste aujourd’hui l’un des épicentres de l’instabilité en République Démocratique du Congo, dans un climat de méfiance, d’accusations réciproques et de souffrances accrues pour les populations civiles.
