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L’ASBL Voix de la presse ambitionne de défendre les droits des journalistes

Le paysage médiatique RD-congolais s’est enrichi d’un nouvel acteur. L’Association sans but lucratif Voix de la presse a officiellement lancé ses activités, le mercredi 29 juillet 2026 à Kinshasa. Portée par un collectif de jeunes journalistes issus de différentes rédactions de la RD-Congo, cette nouvelle structure ambitionne de promouvoir un journalisme libre, innovant et rigoureusement attaché aux principes de l’éthique et de la déontologie professionnelle. La cérémonie inaugurale s’est tenue sous le thème: «Le journalisme à l’ère de l’intelligence artificielle: dangers et opportunités». Elle a réuni un parterre d’invités composé d’autorités publiques, de responsables d’institutions, d’universitaires, de chercheurs et de professionnels des médias. Tous étaient mobilisés pour réfléchir aux transformations profondes que connaissent les métiers de l’information à l’heure des nouvelles technologies.

Dans son allocution, le président du Conseil supérieur de l’audiovisuel et de la communication -CSAC-, Christian Bosembe, a qualifié la création de Voix de la presse de signal fort en faveur du renouveau de la presse RD-congolaise. «Ce n’est pas seulement la création d’une structure, mais c’est un signal. Ce signal veut dire qu’une nouvelle génération refuse la médiocrité, refuse la manipulation, refuse l’instrumentalisation et toutes sortes de mauvaises pratiques», a-t-il souligné.

La crédibilité, condition essentielle du contre-pouvoir médiatique

S’adressant directement aux journalistes, il les a appelés à faire de la recherche de la vérité, de l’indépendance, de la rigueur professionnelle et du sens des responsabilités les fondements de leur engagement au service du public. «Vous n’êtes pas appelés à être des relais d’opinion. Vous êtes appelés à être des producteurs de vérité. La presse est un contre-pouvoir. Mais ce contre-pouvoir doit être crédible. Et pour qu’il le soit, il doit reposer sur trois piliers: la vérification des faits, la responsabilité dans la parole et l’indépendance réelle», a-t-il déclaré. Abordant le contexte sécuritaire, le président du CSAC a insisté sur le rôle des médias dans la construction de la mémoire collective.

«Vous êtes ceux qui donnent du sens à l’histoire. C’est à vous de nommer l’agresseur. Vous le savez bien, nous sommes agressés par le Rwanda, et le criminel de Kagame nous attaque depuis longtemps. Chaque vie perdue dans les montagnes du Kivu doit être comptée», a-t-il affirmé. Furieux, il a fustigé certaines dérives observées dans le paysage médiatique national. «Aujourd’hui, il y a beaucoup trop de dérives. L’injure est présentée comme une opinion. La rumeur est présentée comme une information. Et la jungle cachée est présentée comme un engagement», a-t-il regretté.

Face à cette situation, Christian Bosembe a revendiqué des actions concrètes. «Nous avons sanctionné des médias et des journalistes pour propagation de fausses informations et de discours haineux. Nous avons interdit l’usage abusif des plateaux par des personnes non mandatées parlant au nom d’organisations sans légitimité. Désormais, il faudra un mandat pour parler au nom d’un parti politique», a-t-il annoncé. Il a également mis en garde contre les plateaux de télévision et de radio transformés en espaces de confrontation.

«Nous avons pris des mesures fortes contre les plateaux qui se transforment en cirques, où les gens s’insultent avec la complicité des présentateurs. Nous avons mis un terme à la propagande de l’agresseur et aux émotions antipatriotiques visant à démobiliser nos forces armées», a-t-il rappelé. Se voulant rassurant, il a tenu à clarifier la mission du régulateur. À l’en croire, le CSAC n’est pas une corporation de journalistes, mais une institution d’appui à la démocratie. «Je ne suis pas le protecteur des journalistes. Je suis le gardien de l’État de droit informationnel», a-t-il fait savoir.

Trois exigences pour Voix de la presse

S’adressant directement à la nouvelle association, Christian Bosembe a formulé trois exigences, à savoir: le refus de la facilité, la vérification de l’information et le refus de la dépendance. Selon lui, un journaliste acheté est un citoyen vendu. «Refusez la peur. Mais ne confondez jamais le courage et la responsabilité», a-t-il averti. L’autorité de régulation des médias RD-congolais a conclu en promettant l’accompagnement du CSAC. «La porte est ouverte. Notre plénière est publique. Venez voir combien nous faisons un travail remarquable. Nous ne combattrons jamais la liberté. Mais nous combattrons tous les désordres. Car une nation qui perd le contrôle de son information perd, à terme, le contrôle de son destin», a-t-il conclu. De son côté, le coordonnateur du bureau provisoire, Prince Mayiro, a présenté la feuille de route de l’association.

Portée par la devise Liberté – Équité – Excellence et le slogan «Pour une presse libre et émergente», Voix de la presse se fixe plusieurs axes, notamment la défense des droits et des intérêts des journalistes, la promotion d’une information de qualité, le renforcement des capacités des professionnels et l’accompagnement des mutations de la profession face aux défis technologiques. «Celle-ci entend fédérer les énergies autour des valeurs de liberté, d’équité et d’excellence afin de contribuer au renforcement du paysage médiatique en République démocratique du Congo», a-t-il précisé.

Soucieux de dissiper toute ambiguïté, il a insisté sur la posture de l’organisation. «Cette initiative ne vise nullement à se substituer aux structures existantes, notamment à l’UNPC, mais à travailler en complémentarité avec l’ensemble des acteurs du secteur pour contribuer à l’émergence d’une presse RD-congolaise plus libre, plus crédible, plus innovante et économiquement plus forte», a-t-il rassuré. Représentant le président de l’Union nationale de la presse du Congo -UNPC-, Jasbey Kamil, secrétaire général de l’organisation, a salué l’initiative. Il a exhorté les journalistes à demeurer attachés à l’éthique, à la déontologie et au respect des exigences de leur profession. La dimension scientifique n’a pas été occultée. Un panel a réuni le Professeur Pierre Nsana, le chercheur Axel Gontcho et le chef de bureau Ghislain Kabeya.

Les trois experts ont passé en revue les opportunités qu’offre l’intelligence artificielle pour le journalisme, mais aussi les risques liés à la désinformation, à la perte de repères éditoriaux et à la précarisation des métiers. Les échanges avec la salle ont permis d’approfondir ces différentes questions. Au terme de la cérémonie, les fiches d’adhésion à Voix de la presse ont été officiellement présentées. Elles ont recueilli de nombreuses signatures, traduisant l’attente des professionnels pour un espace dédié à la formation, à la solidarité, à la protection, à la réflexion stratégique et au développement des partenariats. Avec ce lancement, la RD-Congo se dote d’une nouvelle plateforme qui entend faire de l’adaptation technologique un levier de crédibilité et de viabilité économique pour la presse. Reste désormais à Voix de la presse à transformer ces ambitions en actions concrètes au bénéfice des journalistes et du public.

Céleste BOLA
Julia DITENDA
Chancelvie KABANGE
Jeannot NSANGANA

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