Avec 450 tribus et ethnies, la RD-Congo est d’une richesse culturelle immense. De Moanda à Uvira, de Zongo à Kasumbalesa, les réalités de chaque peuple sont singulière. Chez les Yansi dans la province du Kwilu, une coutume veut que les mariages se déroulent entre cousins, c’est le «Kintuidi». Ce phénomène, voulu pour perpétuer la richesse culturelle de ce peuple de l’ex-Bandundu, est rapidement devenu un problème de société dans un monde de plus en plus globalisant et où les femmes ont autant des droits que les hommes. En effet, le Kintuidi veut que la jeune femme n’ait pas son mot à dire dans le choix de son conjoint. Cette sorte de mariage forcée est très répandue en RDC.
«Kintuidi», c’est surtout des coutumes ancestrales et des liens familiaux solides au sein de certaines communautés de la RD- Congo. Pourtant, derrière cette apparente tradition se cache une réalité sombre et préoccupante: celle des mariages forcés, une pratique qui brise des vies et bafoue les droits fondamentaux de milliers de jeunes filles. À l’origine, le «Kintuidi» désignait un système de parenté et d’alliance au sein de certaines communautés. Il impliquait souvent des mariages arrangés entre cousins germains ou entre une fille et son oncle maternel. Cependant, au fil du temps, cette pratique a évolué et s’est transformée en un outil pour perpétuer des unions précoces et forcées, souvent motivées par des considérations économiques et sociales.
Avec l’exode rural, le «Kintuidi» s’est également exporté à Kinshasa. Chaque année, des femmes sont obligées soit de concéder à un mariage forcé, soit trouver leurs chemins loin du rejet social. Marie-Josée Bulungu a été victime de ce phénomène. Son refus de se plier à la décision de sa famille a été à la base de ses ennuis. «Au départ, c’était comme de la blague, jusqu’à ce que mes parents me disent clairement que je devais épouser Ya José [nom du conjoint lui imposé] ou alors je serai maudite», se rappelle-t-elle. Comme si cela ne suffisait pas, José Nsona, le conjoint et cousin de la victime est agent des renseignements en RD-Congo. «C’était clair qui lui était dans le jeu et se disait amoureux de moi. Il commençait à me menacer, promettant d’utiliser son influence pour attenter à ma vie», poursuit cette jeune dame qui vit depuis en clandestinité après un court temps de ménage avec son «mari coutumier».
Le silence des autorités face aux mariages forcés
En RD-Congo, l’Institut nationale de la Statistique a du mal à fonctionner convenablement. Difficile dans ce contexte de trouver des données sur l’ampleur exacte des mariages forcés en RD-Congo. Les quelques études disponibles convergent vers une même conclusion: «le phénomène est largement répandu, en particulier dans les zones rurales et les milieux défavorisés». Selon l’UNICEF, près de 52% des filles en RD-Congo sont mariées avant leurs 18 ans, et ce chiffre atteint même 14% pour les filles de moins de 15 ans.
Ces mariages forcés ne sont pas sans conséquences. «Je crains pour ma vie. Ya José a promis de me tuer», révèle Marie-Josée Bulungu. Même son enfant Offranel Bulungu, mineur, né le 10 août 2016, éprouve des craintes d’atteintes graves pour les mêmes motifs. Aujourd’hui, Marie-Josée Bulungu et son fils Offranel sont portés disparus par crainte d’être tués par un ce sanguinaire, agent des services de renseignements, soupçonné des plusieurs meurtres en RD-Congo. Un psychologue approché par «AfricaNews» a noté que ces mariages forcés ont des répercussions sur la santé, l’éducation et le développement des jeunes filles. «Les conséquences sont multiples et dévastatrices.Les jeunes épouses sont souvent confrontées à des grossesses précoces, qui mettent leur santé en danger et augmentent les risques de complications obstétricales. Elles sont également plus exposées aux infections sexuellement transmissibles, notamment le VIH/SIDA», explique Dr Anselme Kadikoko. Selon lui, les mariages forcés obligent également les filles à mettre fin prématurément à leur scolarité. «Les traumatismes liés aux mariages forcés peuvent avoir des conséquences psychologiques à long terme, telles que la dépression, l’anxiété et le sentiment d’impuissance», poursuit-il.
Aussi, des études ont prouvé que les femmes mariées de force ont souvent des opportunités économiques limitées, les obligeant à rester dépendantes de leurs maris, devenant ainsi plus vulnérables à la pauvreté et à l’exclusion sociale. Dans le pays, des ONG appellent fréquemment au renforcement des lois existantes en matière de protection et de promotion des droits des filles. Ces ONG, comme Afia Mama, ont mis en place des dispositifs de protection pour venir en aide aux filles victimes de mariages forcés et leur permettre de sortir de cette situation. «LeKintuidi est une violation grave des droits de l’homme et un obstacle majeur à l’émancipation des femmes en RD-Congo», soutient pour sa part Grace Mukaleng, défenseure des droits de la jeune fille. Au niveau des instituions, les lignes semblent ne pas bouger, au grand dam des victimes.

