
C’est un coup dur. Le Centre hospitalier Monkole, établissement de référence dans la prise en charge des soins de santé à Kinshasa, a annoncé la suspension temporaire des services gratuits de maternité et de néonatologie assurés dans le cadre de la convention avec le Fonds de solidarité de santé, pilier du programme de la Couverture santé universelle -CSU- en RD-Congo. Cette décision, effective à partir du 7 juin 2025, fait suite à d’importants arriérés de paiement non réglés par le Fonds depuis octobre 2024, mettant en péril l’équilibre financier de l’établissement.
«Nous regrettons sincèrement cette mesure difficile, mais nécessaire pour préserver notre capacité à offrir des soins de qualité de manière durable», indiquent dans un communiqué le Directeur général Eder Mbi-Masiala et le médecin directeur Rémy Kashala.
Préserver l’engagement envers la population
Fidèle à sa mission sociale, Monkole rappelle son engagement à garantir un accès équitable et de qualité aux soins pour tous. Toutefois, sans soutien financier effectif de ses partenaires publics, il devient impossible de maintenir des services gratuits à large échelle sans compromettre la qualité des soins et la viabilité de l’établissement. L’hôpital souligne qu’il reste ouvert au dialogue et œuvre activement à un règlement rapide de la situation avec le Fonds de solidarité de santé. L’objectif demeure de rétablir au plus vite la gratuité des services suspendus, dans l’intérêt des mères et des nouveau-nés qui dépendent de ces prestations vitales.
Un signal d’alerte pour la Couverture santé universelle
Cette suspension met en lumière les défis structurels du financement de la CSU en RD-Congo, désormais en panne. Elle rappelle l’importance de garantir la régularité des financements pour permettre aux structures de santé partenaires de fonctionner efficacement. Le Centre hospitalier Monkole en appelle à la responsabilité des autorités et des partenaires financiers pour pérenniser les avancées en matière d’accès aux soins universels. Le Syndicat national des médecins -SYNAMED- avait déjà mis en garde en 2023 contre un «fiasco annoncé» par la voix de son secrétaire général, le cardiologue John Senga, qui dénonçait l’absence de concertation, le sous-dimensionnement du budget mais aussi l’exclusion de certains actes, comme l’échographie ou la biologie, dans le financement du programme.
«A Kinshasa, l’Hôpital général, ceux de Ngaliema, de Biamba Marie Mutombo, l’Hôpital mère-enfant de Barumbu sont vent debout», avait-il énuméré. Et de sonner le tocsin: «nous avons fait remonter au mois de février ces problèmes, dûment argumentés, auprès du ministère de la santé et du Fonds de solidarité de santé. Si l’Etat ne rectifie pas le tir, nous craignons que les établissements soient obligés de rétropédaler et de revenir à l’ancien système».
Brigitte Sabangu, médecin conseil auprès du Fonds de solidarité de santé, la structure chargée de gérer les fonds de la gratuité de la maternité, avait contesté cette présentation de la situation. Elle avait affirmé que les frais qui ne sont pas remboursés, étaient ceux qui n’ont pas été réalisés et que des contrôles étaient faits sur le terrain pour vérifier la validité des demandes de remboursement. Deux ans plus tard, les craintes prémonitoires du cardiologue tendent à se confirmer.
Natine K.


