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Issues de secours, extincteurs, détecteurs de fumée…, Tychique Bongo plaide pour une meilleure prévention dans les bâtiments recevant du public

L’incendie de la salle des fêtes Panacée relance le débat sur la sécurité des établissements recevant du public à Kinshasa. Pour l’architecte Tychique Bongo, ce drame met en lumière les insuffisances persistantes en matière de prévention et d’évacuation. Il appelle les architectes, les maîtres d’ouvrage et les autorités à faire du respect des normes de sécurité une priorité dès la conception des bâtiments. La sécurité des établissements recevant du public ne peut plus être reléguée au second plan à Kinshasa. L’incendie de la salle des fêtes Panacée vient rappeler, avec brutalité, les risques auxquels sont exposés quotidiennement les Kinois dans des espaces destinés à accueillir de nombreuses personnes.

Salles de fêtes, bistrots, bars, hôtels, églises, hôpitaux, centres de santé, écoles et universités: ces lieux accueillent chaque jour des milliers de personnes, alors que les normes élémentaires de protection civile et de prévention des incendies ne semblent pas toujours être respectées. Contacté le dimanche 6 septembre par le trihebdomadaire «AfricaNews», l’architecte Tychique Bongo tire la sonnette d’alarme et interpelle ses confrères, les maîtres d’ouvrage ainsi que les autorités sur l’urgence de renforcer les mesures préventives. Pour lui, tout se joue dès la conception. «Un bâtiment mal conçu est un piège», estime-t-il, avant de poser une exigence fondamentale: «Un bâtiment qui reçoit du public ne peut pas avoir une seule issue».

Tout commence sur la planche à dessin

Selon Tychique Bongo, la sécurité doit être intégrée dès les premières étapes de conception et de construction. «Dès la conception et la construction d’un bâtiment, notamment d’une salle de fêtes, il faut anticiper les situations d’urgence, à savoir: des issues de secours clairement identifiées, des plans d’évacuation affichés, des flèches indiquant les différentes sorties, des voies d’évacuation alternatives et des fenêtres sécurisées. Tout cela doit répondre à des normes de sécurité strictes et obligatoires», explique-t-il.

L’architecte insiste également sur la nécessité de disposer de dispositifs d’alerte efficaces. «Il faut également installer des détecteurs de fumée et des systèmes d’alerte incendie capables de signaler rapidement un début d’incendie et de permettre une évacuation à temps. Ce sont des notions de base qu’on nous a enseignées ici en RD-Congo», confie-t-il.

L’unique sortie, un véritable piège

Au-delà du risque lié au feu, Tychique Bongo attire l’attention sur un autre aspect souvent négligé: l’accessibilité. En cas de panique, explique-t-il, l’unique porte peut rapidement se transformer en point de congestion et aggraver le bilan humain. Certaines victimes peuvent ne pas succomber directement aux flammes, mais à l’étouffement ou à la bousculade. Cette situation est particulièrement préoccupante pour les personnes à mobilité réduite. «Cette manière de construire posera toujours problème aux personnes à mobilité réduite, précisément aux personnes vivant avec un handicap physique. Si ces personnes se retrouvent dans une salle à une seule sortie, ce sera vraiment très compliqué pour elles de s’en sortir», déplore-t-il.

Des équipements de première intervention indispensables

Autre faiblesse pointée par l’architecte: l’absence ou l’insuffisance des équipements de première intervention dans certains établissements. «Comment une grande salle peut-elle ne pas avoir un extincteur pour essayer de maîtriser un début de feu?», s’interroge-t-il. Pour lui, la protection civile doit devenir une véritable culture au sein de la population. Il estime également que les grands espaces recevant du public devraient disposer de dispositifs adaptés de lutte contre les incendies. «La sécurité ne doit jamais être une option ni une simple formalité administrative. Elle doit plutôt être une priorité dès la conception de chaque bâtiment», martèle Tychique Bongo.

Les autorités appelées à renforcer les contrôles

L’architecte ne se limite pas au constat. Il interpelle directement les autorités urbaines et préconise des contrôles réguliers dans les bâtiments commerciaux et autres espaces recevant du public. «Les autorités doivent organiser régulièrement des contrôles rigoureux dans les salles commerciales et autres espaces recevant du public, afin de vérifier celles qui respectent les normes architecturales. Ce contrôle préventif éviterait bien des drames», plaide-t-il. Tychique Bongo dénonce, dans le même temps, le désordre urbanistique qui caractérise certaines zones de Kinshasa. Il relève notamment les constructions qui empiètent sur le domaine de l’État, malgré les autorisations de lotir et de bâtir délivrées par les services compétents.

Le Nigeria comme point de comparaison

Pour illustrer la nécessité d’un meilleur respect des règles, l’architecte évoque également son expérience au Nigeria. «Le respect des normes de construction est devenu un véritable casse-tête en RD-Congo. Un client nigérian dont j’ai conçu la maison m’a dit qu’au Nigeria, il est interdit d’acheter une demi-parcelle, alors qu’à Kinshasa, c’est monnaie courante. À terme, cela engendre de sérieux problèmes», raconte-t-il. Il évoque également la nécessité de maintenir des espaces de retrait entre les parcelles, afin de favoriser une urbanisation plus ordonnée.

«Observez les habitations de Kinshasa. Elles sont coincées les unes contre les autres, par exemple à Bandal, Lemba, Ngiri-Ngiri, et ce, dans toutes les communes. Nous réclamons simplement de l’ordre», conclut-il. Pour Tychique Bongo, le message est sans ambiguïté: la prévention doit précéder le drame. Le respect strict des normes de construction, la multiplication des issues de secours, la disponibilité des équipements de lutte contre l’incendie et le renforcement des contrôles constituent, selon lui, des impératifs pour mieux protéger les vies humaines dans les espaces recevant du public.

Deborah MATEYI

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