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Tribune – Infox et Intox au Sommet de l’Etat!

Pour l’amour du ciel, qui au cabinet présidentiel a fait mettre dans la communication du Chef de l’Etat le dossier Eximbank of China dans le Conseil des ministres du 29 mai dernier? Dans le compte rendu dudit conseil le Président Félix Tshisekedi a chargé le VPM de la Justice et gardes des sceaux d’entreprendre des négociations avec la firme chinoise Eximbank d’une plainte portée à charge de la RD-Congo devant des Tribunaux de commerce internationaux de Paris et de New York. Pour le banquier chinois, la plainte serait fondée sur un montant d’USD 555 millions.

Du coup, deux personnalités réputées proches du Président Félix Tshisekedi montent au créneau inondant les médias par des prises de position sensationnelles: le  député national André-Claudel Lubaya et l’avocat activiste devenu lanceur d’alerte Georges Kapiamba, président de l’ACAJ. Dans leurs écrits relayés par certains opposants et les internautes, Lubaya et Kapiamba ont présenté l’affaire Eximbank of China comme la preuve du détournement, par les dirigeants du régime sortant, de la somme d’USD 555 millions.

Des lettres, des communiqués et des tweets dont ils sont les auteurs font foi. Cas du communiqué de presse de l’ACAJ du 2 juin 2020 sous le titre «Quelle est la dette de Eximbank vis-à-vis de la RD-Congo». Georges Kapiamba affirme que son organisation «soupçonne la créance alléguée de Eximbank d’USD 555.364.446 à la RVA comme une stratégie pour s’assurer un détournement des fonds publics provenant de go pass».

Mise au point de la Chine

Pour ne pas laisser une telle énormité affecter les bonnes  relations que son pays entretient avec la RD-Congo, l’ambassadeur de Chine est intervenu lui même par un communiqué de presse publié le vendredi 5 juin 2020 pour clarifier la situation pendant que le ministre des Transports était, lui, en train d’être entendu au Sénat sur le même sujet. En voici le libellé: «Nous avons constaté dans un communiqué publié par l’ACAJ des informations contraires à la réalité:

  1. Eximbank Chine, depuis sa création en 1994, n’a jamais porté plainte auprès des institutions juridiques contre le gouvernement de la RD-Congo.
  2. La construction de la nouvelle aérogare de l’Aéroport international de N’Djli sera financé par un crédit préférentiel accordé par Eximbank of China, et qui va se rembourser sur une période de 20 ans. L’accord de prêt n’est pas encore entré en vigueur et attend d’être validé par le gouvernement RD-congolais.
  3. Et l’ambassade de Chine n’a jamais été contactée ni par l’ACAJ ni par la presse RD-congolaise et aucun diplomate chinois n’a fait des commentaires à ce sujet».

Pas de fumée sans feu

D’où vient cette histoire de jugement contre la RD-Congo à New York? Il y a une histoire bien connue au ministère des Affaires étrangères sur un prêt de la République de Chine, entendez par là Taiwan, prêt contracté en 1991 par le régime du Maréchal Mobutu. Il fut un temps où la République de Chine -Taiwan-, et la République populaire de Chine -Pékin-, se livraient une guerre diplomatique sans précédent à travers le monde pour une reconnaissance dans les instances internationales. C’est ainsi que la République du Zaïre en quête de capitaux frais contractera cette dette d’USD 20 millions.

Par la suite, comme la RD-Congo a jeté son dévolu sur la République populaire de Chine -Pékin-, Taiwan a porté la RD-Congo devant le tribunal de commerce de New York où notre pays a été condamné par défaut pour un montant d’USD 57 millions, intérêts compris. Que ceci échappe au cabinet présidentiel pour aller jusqu’à faire de l’amalgame et inscrire la question parmi les points de la communication du Président de la République au Conseil, démontre encore une fois le degré d’amateurisme qui a élu domicile au sommet de l’Etat.

Un cabinet en dysfonctionnement total

La préoccupation pour l’instant n’est pas de savoir pourquoi Lubaya et Kapiamba ont cherché à créer de façon délibérée le trouble dans l’opinion publique. Elle est plutôt de savoir qui a fait introduire le point relatif à Eximbank of China dans la communication officielle du Président Félix Tshisekedi. De part mon expérience comme ministre des Médias et porte parole du gouvernement, et par la suite Secrétaire particulier du Président de la République, la tradition en la matière, veut que tout dossier à aborder au cours d’un Conseil des ministres, et encore lorsqu’il engage le Chef de l’Etat, soit au préalable ficelé par son cabinet. Du moment qu’il s’agit d’un dossier d’ordre économique et financier, il revient au collège Ecofin de le mettre au point et d’obtenir le quitus du directeur de cabinet qui, à son tour, doit en discuter avec le Président de la République avant de le porter à la connaissance des membres du gouvernement au cours d’un conseil, et en plus de l’évoquer dans un compte rendu à publier.

Faut-il rappeler que tout ce qui se discute au cours d’une réunion du gouvernement ne se publie pas. D’où l’existence de la notion «secrets des délibérations». Tous les membres du gouvernement sont tenus de garder les secrets d’Etat. Il faut retenir que, autant au pays qu’à l’étranger, autant dans les organisations nationales qu’internationales, le premier et souvent le seul point à intéresser les décideurs est celui relatif aux interventions du Chef de l’Etat ou du chef du gouvernement au cours d’un Conseil des ministres. Tous les mots que le Chef de l’Etat prononce sont examinés et analysés minutieusement par les services compétents du monde entier.

L’image du pays en dépend

En l’espèce, cette image est écornée par le fait de voir le Chef de l’Etat charger son ministre de la Justice de trouver des arrangements amiables avec Eximbank of China pour une affaire qui n’en est pas une puisqu’on découvre qu’il y a une confusion sur les relations économiques que le Zaïre entretenait avec Taiwan sous le Maréchal Mobutu, et le projet de construction des aéroports de N’Djili à Kinshasa et de la Luano à Lubumbashi, projets négociés par le Président Joseph Kabila avec Eximbank de la République populaire de Chine.

Pour ce dernier projet, il s’avère que c’est plutôt la partie congolaise qui n’assume pas sa part de responsabilités. Au nom de la continuité de l’Etat, Eximbank of China attend plutôt des nouvelles autorités RD-congolaises la ratification du contrat signé en 2018 avec le gouvernement Tshibala avant de libérer son financement. D’où l’interpellation au Sénat du ministre des Transports et voies de communication par le sénateur José Makila Sumanda, lui qui connait bien le dossier pour avoir été à ce poste dans le gouvernement Tshibala.

Pour peu que le cabinet du Président Félix Tshisekedi aurait pris le temps de s’informer à la source -ambassade de Chine en RD-Congo, Eximbank of China, ministère RD-congolais des Transports et RVA-, l’incident aurait pu être évité. J’ose espérer que l’honorable André Claudel Lubaya et l’activiste Georges Kapiamba auront le courage et l’honnêteté de démentir leurs propos et reconnaitre leur paresse intellectuelle, alors qu’il aurait suffit d’un coup de fil à l’ambassade de Chine ou à Eximbank of China pourquoi pas, pour vérifier les faits avant intoxiquer l’opinion publique par une désinformation mesquine.

J’ose espérer également que le jour de l’inauguration des nouveaux aéroports de N’Djili et de la Luano, mention sera faite que le projet avait été initié en son temps par le Président honoraire Joseph Kabila Kabange.

Quant à l’intox et à l’infox au sommet de l’Etat, c’est au Président de la République de faire attention à certains de ses  proches collaborateurs et experts de tous bords, mus par des intérêts n’ayant rien à voir avec le pays, encore moins avec le peuple.

Prof. Barnabé KIKAYA BIN KARUBI

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