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Fwamba prié de publier ses données s’il conteste les chiffres de Wameso !

La parution récente, sur le réseau social X, d’un communiqué du ministère des Finances critiquant ouvertement les analyses de la Banque Centrale du Congo -BCC- relatives à l’impact de l’appréciation du Franc congolais sur les recettes fiscales, met en lumière les tensions sous-jacentes qui existent entre deux institutions majeures de la gouvernance économique du pays.

Pour nombre d’observateurs et de professionnels du secteur économique, cette situation dépasse le cadre d’une simple dispute technique. Elle soulève, selon une analyse parue dans la presse locale, des controverses profondes concernant l’interprétation de la conjoncture économique, la méthodologie de collecte des données, et, au fond, la répartition des responsabilités dans l’élaboration de la politique économique.

Un débat public sans précédent et risqué

Traditionnellement, les désaccords entre le Trésor public et la Banque Centrale se règlent dans la confidentialité des comités techniques. Leur médiatisation est, selon les analystes, un signal d’alarme.

«Lorsque deux institutions d’une telle importance comme le ministère des Finances et la Banque Centrale s’opposent publiquement sur des chiffres aussi essentiels, cela remet en question la crédibilité de l’ensemble du système économique aux yeux des investisseurs et de la communauté internationale», déclare un économiste de Kinshasa sous couvert d’anonymat.

Au cœur du différend, le ministère accuse la BCC d’utiliser des «chiffres erronés et inexacts» basés sur des recettes cumulées, incluant des avances fiscales, pour soutenir que l’appréciation du Franc Congolais a eu un impact négatif sur les recettes de l’État. Les responsables des Finances affirment que les données du FMI et celles de leurs propres administrations contredisent cette thèse.

La question cruciale: qui détient la vérité des chiffres?

Une réponse virulente circule dans les couloirs des institutions et parmi les experts : «Si les chiffres de la Banque Centrale sont faux, que le ministère publie les siens».

Cette affirmation souligne une problématique essentielle. En tant que banque de l’État et régulateur du système financier, la BCC dispose d’une vision complète et quasi-instantanée des flux financiers, y compris des recettes fiscales passant par les comptes du Trésor. Ses notes de conjoncture, régulièrement mises à jour sur son site, détaillent non seulement les agrégats monétaires, mais également le niveau des dépenses publiques, l’exécution budgétaire et l’évolution du crédit.

«L’argument du ministère, selon lequel le crédit à l’importation était déjà en place avant l’appréciation et qu’il n’y a donc pas eu de choc sur les recettes, est davantage un raisonnement de trésorerie qu’une véritable analyse macroéconomique», observe un journaliste économique spécialisé. «En revanche, la BCC évalue l’impact des fluctuations de change sur la valeur en francs congolais des recettes prévues en dollars. Il s’agit d’un point de vue: la situation présente face à la santé financière à moyen terme».

Transparence contre opacité: Un choc culturel

Pour de nombreux observateurs, la véritable question latente est d’ordre culturel. «Qu’est-ce qui empêche la BCC de publier ses analyses?», s’interrogent-ils. Grâce à une politique de communication proactive, alignée sur les standards internationaux du FMI, l’institution monétaire a su gagner en crédibilité en rendant ses données, diagnostics et décisions accessibles.

En revanche, le ministère des Finances et l’administration fiscale ont historiquement évolué dans une opacité plus marquée. Leurs chiffres détaillés, prévisions de recettes ou analyses d’élasticité ne sont pas régulièrement publiés ni mis à la disposition du public.

«Le véritable problème réside dans le fait qu’une institution publie des données tandis qu’une autre ne le fait pas, ce qui fausse inévitablement le débat public», explique un consultant international. «La BCC met des chiffres sur la table. Pour les contester efficacement, il est impératif de produire d’autres données, tout aussi solides et transparentes. Sinon, cela s’apparente à une simple dénégation.»

L’enjeu fondamental : coordination ou chaos?

Le communiqué du ministère souligne pourtant un point vital unanimement reconnu par les experts : «La coordination des politiques économiques est plus qu’une nécessité.»

C’est précisément ici que l’échange public engendrerait le plus de dégâts. Le FMI, évoqué par les deux entités, souligne dans ses rapports l’importance d’un « policy mix » cohérent en République Démocratique du Congo : une politique budgétaire prudente doit s’accompagner d’une politique monétaire restrictive pour combattre l’inflation, tout en préservant la croissance.

«Ce qui est préoccupant, ce n’est pas l’existence du débat, mais le fait qu’il s’exprime en public avant que les canaux de dialogue internes n’aient été pleinement utilisés», remarque un ancien responsable du FMI. «Cela laisse penser que les comités de coordination, tels que le Comité de Politique Monétaire, ne fonctionnent pas ou que leurs conclusions sont négligées.»

Perspectives : Vers une sortie de crise technique ou politique?

Plusieurs scénarios émergent pour l’avenir :

  1. L’escalade : Les deux camps publient des communiqués de plus en plus virulents, créant une confusion totale autour des indicateurs économiques, ce qui nuirait à la confiance des investisseurs.
  2. Le statu quo tendu : Le débat public se tarit mais les divergences persistent en coulisse, menaçant de générer des incohérences dans la politique économique (par exemple, une banque centrale qui resserre les taux Pendant que le Trésor dépense excessivement).
  3. La résolution technique : Les deux institutions acceptent, sous la houlette de la primature ou du président, de créer un groupe de travail commun pour harmoniser leurs méthodologies statistiques et dégager un diagnostic commun. Cette option est plébiscitée par la plupart des économistes.
  4. L’arbitrage politique : L’exécutif se prononce en faveur de l’une des lectures, au risque de fragiliser l’indépendance opérationnelle de la Banque Centrale, un principe pourtant fondamental pour les partenaires financiers.

Quoi qu’il en soit, cette polémique représente un test de maturité pour la gouvernance économique congolaise. Elle met en évidence les progrès réalisés en matière de transparence mais aussi les faiblesses persistantes dans la coordination inter-institutionnelle. La manière dont les autorités géreront ce conflit – par le dialogue technique ou l’affrontement politique – enverra un message bien plus fort que n’importe quel chiffre sur la crédibilité et la résilience des institutions de la République. L’intérêt supérieur de l’économie congolaise exige une résolution par le haut, reposant sur des données vérifiables et un échange constructif.

La BCC met régulièrement à jour sur son site une note conjoncturelle, où sont disponibles des informations sur le niveau des dépenses, le taux d’inflation et les dépenses budgétaires, attestant ainsi de sa transparence. Un expert de la banque centrale souligne que les recettes sont cumulées mois par mois et que la pratique du crédit impôt était déjà en cours avant l’appréciation du Franc Congolais, appliquée également par le ministère des Finances !

En somme, il est largement conseillé au ministère des Finances de publier ses chiffres s’il estime erronés ceux de la Banque Centrale du Congo, et d’avoir l’élégance d’initier un échange responsable avec la BCC avant de provoquer une polémique sur les réseaux sociaux qui pourrait entacher sa crédibilité.

AfricaNews avec Agences

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