
Nommé en mai 2024, Doudou Fwamba a engagé une transformation ambitieuse des finances publiques congolaises. Moins de deux ans après sa prise de fonction, son ministère trace une feuille de route technique et politique qui vise à remettre de l’ordre dans les comptes de l’État, accroître les recettes internes et restaurer la crédibilité de la République Démocratique du Congo auprès des partenaires internationaux. Voici les dix actes qui composent cette refondation.
Acte 1. Le Compte Unique du Trésor: centraliser pour contrôler
La mise en place du Compte Unique du Trésor -CUT- est le socle de la réforme. En concentrant toutes les ressources de l’État dans un compte central, Kinshasa cherche à mettre fin à la dispersion des fonds publics et à limiter les pratiques de gestion parallèle. Le CUT facilite la visibilité des flux et permet un pilotage plus rigoureux de la trésorerie.
Acte 2. Le Plan de Trésorerie: de la prévision pour maîtriser le déficit
Complément du CUT, le Plan de trésorerie -PTR- instaure une gestion prévisionnelle des liquidités. En planifiant les entrées et sorties, l’exécutif ambitionne de rationaliser les dépenses, d’anticiper les besoins de financement et d’éviter les dérapages budgétaires qui pèsent sur la stabilité macroéconomique.
Acte 3. Discipline salariale et rationalisation des dépenses
La chasse aux gaspillages passe par un contrôle accru de la masse salariale et une rationalisation des dépenses publiques. L’objectif est double: réduire les points de pression sur le budget et garantir que les ressources disponibles soient orientées vers les priorités nationales.
Acte 4. Digitalisation et facture normalisée: traçabilité accrue
La digitalisation des procédures financières et l’introduction d’une facture normalisée visent à tracer chaque transaction publique et à limiter les fuites. En numérisant les opérations, le ministère veut améliorer la collecte fiscale, faciliter les contrôles et rendre la dépense publique plus transparente.
Acte 5. Réformes fiscales et élargissement de l’assiette
Pour augmenter les recettes internes, la réforme fiscale combine modernisation de la fiscalité directe et élargissement de l’assiette. Des mesures techniques cherchent à rendre le système plus équitable et plus efficient, tout en luttant contre l’optimisation abusive et l’évasion.
Acte 6. Coopération internationale et lutte contre l’évasion -BEPS
Kinshasa se rapproche d’outils internationaux -notamment les instruments de l’OCDE contre l’érosion de la base d’imposition BEPS- afin de contrer les transferts artificiels de bénéfices. Cette coopération est conçue comme un levier pour récupérer une part de recettes aujourd’hui captées hors du pays.
Acte 7. Lutte contre le blanchiment et renforcement de la crédibilité
Le renforcement des dispositifs anti-blanchiment complète la traçabilité financière. En rendant les flux plus lisibles et en durcissant les contrôles, Kinshasa vise à améliorer sa crédibilité sur la scène financière internationale, condition essentielle pour attirer investissements et financements.
Acte 8. Réforme du secteur des jeux de hasard: une nouvelle source de revenus
Identifié comme un réservoir de recettes sous-exploité, le secteur des jeux fait l’objet d’un nouveau cadre fiscal et d’une identification numérique des parieurs. Si la réglementation et le recouvrement sont effectifs, ce segment pourrait devenir une source significative de ressources pour l’État.
Acte 9. Budget‑programme et gouvernance axée sur les résultats
La transition vers un budget‑programme marque une volonté d’aligner dépenses et résultats. En renforçant la transparence budgétaire et en évaluant les politiques publiques sur la base d’indicateurs, le gouvernement cherche à améliorer l’efficacité des investissements publics et la responsabilisation des gestionnaires.
Acte 10. Coordination macroéconomique et partenariat avec le FMI
La stabilité des comptes exige une coordination étroite avec la Banque centrale: stabilisation du franc congolais et lutte contre l’inflation figurent parmi les priorités. Parallèlement, la République Démocratique du Congo engage des programmes avec le Fonds monétaire international -plus de 2,8 milliards de dollars- pour financer les réformes et rassurer les partenaires internationaux.
Une stratégie à quatre piliers
Ces dix actes se structurent autour de quatre piliers: transparence -digitalisation, facturation normalisée-, rigueur budgétaire -CUT, PTR, contrôle des dépenses-, mobilisation des recettes -réformes fiscales, secteur des jeux- et crédibilité internationale -FMI, BEPS, lutte anti‑blanchiment. Ensemble, ils dessinent une trajectoire qui veut faire de la gestion publique un vecteur de développement et non un frein. L’ambition se heurte toutefois à des défis concrets: capacités techniques limitées, résistance d’intérêts établis, besoins de formation magistrale et risques politiques liés aux ajustements à court terme. La réussite dépendra de la continuité des mesures, de l’appropriation par l’administration et du passage effectif des annonces aux actes -audits, contrôles, déploiement informatique et contractualisation d’assistances techniques.
Quel impact pour le citoyen?
Pour qu’elles gagnent la confiance populaire, ces réformes devront se traduire par des résultats tangibles: recettes accrues, investissements publics ciblés, salaires payés à temps et services publics améliorés. Les mesures sociales intégrées -revalorisations ciblées des salaires, allègements pour les produits de première nécessité- montrent que l’exécutif cherche à conjuguer rigueur et justice sociale, mais l’équilibre est fragile.
Du discours aux résultats
Fwamba a posé une feuille de route solide et techniquement cohérente, pensent nombre d’analystes. La question centrale reste désormais l’implémentation: transformer les dix actes en instruments opérationnels et durables.
YA KAKESA


