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Débat autour de la Constitution: Mukwege exhorte Tshisekedi à ne pas céder aux pressions de son entourage

Le Prix Nobel de la paix Denis Mukwege a, dans sa récente tribune rendue publique le lundi 23 mars dernier, interpellé directement le Président de la République Félix-Antoine Tshisekedi face aux «sirènes» de la révision constitutionnelle. En dénonçant les «tambourinaires» de l’entourage présidentiel, le célèbre chirurgien de l’hôpital Panzi a mis en garde contre les trahisons de l’histoire et a appelé le Chef de l’État à privilégier la voix du peuple et sa propre conscience, plutôt que les calculs de courtisans en quête d’intérêts personnels.

«Nous exhortons le Président de la République à ne pas suivre les tambourinaires, selon leur propre expression, car ils sont là pour leurs intérêts personnels et non pour l’intérêt supérieur de la Nation. Demain, ils seront les premiers à vous poignarder dans le dos, comme l’ont fait certains caciques et ténors du régime précédent contre leur autorité morale qu’ils défendaient avec tant de force, mais qui, au changement du régime, lui ont tourné le dos. Écoutez plutôt votre conscience et la voix du peuple. Levons fièrement nos fronts, tel que nous le commande notre hymne sacré, et ne les courbons pas. Notre liberté est à ce prix», a-t-il interpellé dans sa déclaration percutante.

Réagissant aux démissions successives de Vital Kamerhe et Bahati Lukwebo, l’ancien candidat à la présidentielle a dénoncé une humiliation de la représentation nationale devant le pouvoir exécutif. Pour le Dr Mukwege, le motif de ces évictions ne fait aucun doute: les deux ténors de la coalition au pouvoir auraient payé le prix de leur opposition à un projet de révision de la Constitution.

Ce projet, porté par les «courtisans du régime», a-t-il expliqué, viserait à modifier les règles du jeu électoral pour permettre au Président Félix Tshisekedi de se maintenir au-delà de ses limites constitutionnelles. «Ce qui choque ici, c’est la raison de ces démissions: oser s’opposer à un éventuel projet de changement de la Constitution», a martelé le Prix Nobel. Selon lui, exercer son rôle de représentant du peuple est devenu un acte de rébellion sanctionné par la présidence.

L’humiliation comme mode de gouvernance

L’aspect le plus sombre de ce tableau, selon Mukwege, réside dans la posture adoptée par les démissionnaires. Voir des chefs de corps constitués «implorer la grâce présidentielle» et clamer leur loyauté absolue après avoir été écartés est, pour lui, le signe d’un abaissement moral profond. Il a, cependant, dénoncé une inversion dangereuse des principes républicains: «dans une démocratie normale, les représentants du peuple contrôlent l’action présidentielle. Mais, en RD-Congo, c’est le Président qui sanctionne les députés qui osent exprimer leur désaccord». Dans ce même registre, Denis Mukwege s’est adressé directement aux élus RD-congolais avec une question provocatrice: «où est votre dignité?».

Pour Mukwege, si les élus ne sont plus capables de protéger leur propre intégrité face aux pressions du Palais de la Nation, ils perdent toute légitimité pour défendre celle du peuple RD-congolais, meurtri par des décennies de conflits. Par ailleurs, il a indiqué que la crise que traverse la RD-Congo n’est pas seulement sécuritaire ou politique: elle est avant tout morale. En s’appuyant sur le patrimoine culturel immatériel du pays, le réparateur des femmes a tenté de réveiller les consciences endormies par les calculs de pouvoir.

Selon lui, l’unité nationale ne se décrète pas dans les chancelleries, elle se vit à travers une sagesse partagée du Nord au Sud, de l’Est à l’Ouest. Insistant sur la dignité humaine, il a rappelé avec force qu’«un bon citoyen peut mourir, mais il ne pourrit pas». À travers cette métaphore, le Prix Nobel a posé une exigence absolue: même sous la menace, qu’elle soit politique ou physique, l’honorable citoyen se doit de rester debout. Il a cité en exemple Patrice Lumumba, figure tutélaire de la résistance, pour rappeler que la mort est préférable à la déchéance morale. En outre, l’attaque la plus virulente du Docteur Mukwege vise directement les parlementaires et membres du gouvernement. Il a dénoncé une «lâcheté générale» et une hypocrisie systémique. Selon lui, si beaucoup s’opposent en privé au projet de changement de la Constitution, la majorité se tait, soumise à ce qu’il appelle cruellement le «diktat de la mangeoire».

Hénoc AKANO  

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